Zabou the terrible

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Pour que tout feu tout flamme

 

 

 

La question était systématique et finalement très légitime ; depuis ces derniers mois, elle s’est malheureusement souvent muée en incompréhension ou en plainte douloureuse me concernant.

- Comment ? Toi ! Toi, catholique si à fond, tu travailles dans l’enseignement public ? »

Horreur, enfer, damnation et toutes les vieilles chaussures de Satan !

 

En général, cela finit par passer en expliquant que oui, que c’est un choix, un vrai. Mais là, récemment, j’ai eu droit à un complément : « Mais tu es en ZEP en plus !!!! Tu es une vraie martyre ! »

 

Dans le fond, c’était gentil et plein d’inquiétude pour ma personne. Mais c’était utilisé dans le sens de celui qui meurt : or, quitte à utiliser ce terme, j’aimerais que ce soit avant tout dans le sens étymologique de celui qui témoigne (ce qui peut aller jusqu’à ce genre d’extrémités, certes).

 

Le christianisme, rappelons-le, ce n’est pas le masochisme. Le christianisme, c’est avant tout une fabuleuse histoire d’Amour entre Dieu et l’humanité, histoire d’amour dans laquelle nous avons chaque jour plus à entrer, hommes tournés vers Lui.

 

Là encore, cela fait poncif éculé mais pourtant c’est vrai. Cette fabuleuse histoire, elle est contée dans l’Évangile. Et l’Évangile, ce n’est pas le pays des bisounours, cela passe par la croix, par l’exigence : parce que l’amour vrai – comme la vie - n’est pas un long fleuve tranquille comme dirait un fameux film.

 

La Parole est belle, elle enchante mais elle est aussi « tranchante comme un glaive », l’Évangile ne se contente pas de demi-mesures : c’est l’Amour, c’est la Vie, à l’état brut, à l’état de croix. Or, chrétiens, nous sommes appelés à être contemporains de l’Évangile, c’est-à-dire à être du même temps que ces paroles, c’est-à-dire à les vivre et à être au même tempo aussi, ce qui peut parfois déranger.

 

La radicalité évangélique, je postule, je suis sûre qu’elle est la même qu’on soit prof en ZEP ou dans l’enseignement catholique, qu’on soit moine dans un monastère, qu’on soit pape au Vatican.

La radicalité évangile, elle se vit dans la conversion du quotidien pour chacun là où il est, là où il est appelé : pas dans un ensemble de lieux, bien précis, bien délimités, bien fermés.

 

Prof catholique en ZEP, je suis toujours comme entre deux. Le week-end, dans mes temps libres, dans mes engagements, je côtoie mes frères chrétiens ; en semaine, au travail, je côtoie mes collègues que j’aime tout aussi profondément souvent athées ou agnostiques. Je côtoie d’un côté – même s’il y a plein d’exceptions – des gens plutôt très à droite, de l’autre – même s’il y a aussi des exceptions – des gens plutôt très à gauche. Il y aurait parfois de quoi devenir fou à entendre des discours si différents.

 

Je n’ai pourtant pas deux vies. Ma conversion, elle est aussi de me laisser recentrer, partout, sur l’Évangile. De laisser mes frères chrétiens m’appeler à un christianisme plus brûlant ; de laisser mes frères collègues me faire découvrir toujours plus la palette variée de l’humanité. Et, moi, d’être cohérente, partout. Dans un catholicisme ni triomphal, ni triomphant mais un christianisme se laissant toujours déplacer vers plus de justesse.

 

Cette grâce de la conversion pour vivre la radicalité évangélique là où je me trouve, je ne peux que la demander dans la prière, mon ancre de stabilité profonde dans le Seigneur.

 

… je n’ai donc rien d’une triste martyre, souffrant de la situation ! Je trouve le challenge beau et humain, afin que le Seigneur transparaisse dans ma vie, en ZEP, comme ce doit tout autant être le cas dans l’enseignement privé : il n’y a pas de différence, sinon, simplement, dans les circonstances.

 

Justement, la Pentecôte peut aussi être l’occasion de tendre nos mains nues vers le Seigneur et de Lui demander, et de laisser Son Esprit inonder nos vies.

 

Commentaires

1. Le dimanche, juin 8 2014, 21:29 par nicole 86

Bonsoir chère soeur et collègue,

D'une autre génération, j'ai connu les batailles entre les deux écoles aussi ne suis-je guère étonnée que la question te soit posée. Ce qui m'étonne davantage, c'est que tu la trouves légitime, le Saint Père (et Jésus bien avant lui) nous demande d'aller "aux frontières", de ne pas nous replier sur nous mêmes. C'est exigeant, pas toujours gratifiant (mais ce n'est pas le but).

Que l'Esprit Saint nous envahisse de Sa lumière afin que nous soyons les témoins de Celui qui est mort et ressuscité pour tous les hommes.

2. Le lundi, juin 9 2014, 22:27 par Zabou

@nicole 86 : je la trouve légitime parce que... je me suis la suis moi-même posée au moment de passer les concours ! :) Mais, justement, j'ai fait pleinement ce choix d'être dans le public. 

Que l'Esprit Saint vienne, oui, au secours de notre faiblesse ! :) 

3. Le mardi, juin 10 2014, 14:08 par Tigreek

Vu de l'autre côté de la barrière : en famille, le débat a eu lieu, pour décider de la scolarisation en école primaire des enfants... Les échanges furents houleux, douloureux, les points de vue de l'un incompréhensibles par l'autre et inversement. En tant que chrétiens, je pense que justement, nous avons notre place dans le public... Sinon, comment pourrions-nous être le sel de la terre ? Si le sel reste dans son pot, il est sur une étagère de la cuisine et n'est pas très utile... Même si je peux comprendre le principe du "je veux le mieux pour mes enfants"...

Enfin... Tout ça c'est peut-être un peu brouillon, pour dire que la question n'est pas toujours simple, et qu'elle se retrouve à tous les niveaux...

Et l'Esprit souffle... Où il veut ! Et nous, nous entendons sa voix... Si nous voulons bien y prêter l'oreille... ;)

4. Le mardi, juin 10 2014, 22:01 par Eliette

"Ma conversion, elle est aussi de me laisser recentrer"
Du coup tu votes au centre? ;)

Bon plus sérieusement, merci beaucoup. Je crois que ce centre à tenir entre des milieux chrétiens/ktos et d'autre non on la rencontre beaucoup, dans l'enseignement où ailleurs. Et clairement, ça habite aussi beaucoup ma vie. Ligne de crête. Et je te rejoins profondément sur ta vision. Merci :)

5. Le lundi, juin 23 2014, 17:38 par Cha

Bonjour Zabou et merci !
Un an d'enseignement en collège public ZEP, un an de découvertes et de questionnement ... un an aussi à chercher à approfondir mon expérience en cherchant des blogs intéressants ... et ce n'est que maintenant que je découvre le tien !
Voilà de quoi passer un bon début de vacances : )
Bien fraternellement,

Charlotte

6. Le jeudi, juillet 3 2014, 18:21 par Zabou

Bienvenue en ces parages et... à se lire alors, avec joie ! 

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