Zabou the terrible

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samedi, octobre 26 2019

De la laïcité, des laïcards et autres considérations religieuses

http://www.prefectures-regions.gouv.fr/var/ire_site/storage/images/ile-de-france/documents-publications/pref-actualites/2018/16-mai/laicite-des-formations-civiques-et-laiques-d-aumoniers-dispensees-en-ile-de-france/305863-1-fre-FR/Laicite-Des-formations-civiques-et-laiques-d-aumoniers-dispensees-en-Ile-de-France_articleimage.jpg

La laïcité revient dans les débats comme on en a périodiquement l’habitude. Ce qui a mis le feu aux poudres c’est une histoire où le plus choquant à mon sens est le ton méprisant de l’élu prenant la parole : quelle que soit l’opinion sur le voile (et encore est-il si simple d’être juste pour ou contre ?), comment peut-on se permettre de rembarrer ainsi une personne au nom de la République alors que cette dernière est censée avoir pour fondement le respect de l’humain ?

 

Pour le reste, pour ou contre ? La question n’est jamais si facile qu’on le pense et demande tout sauf des réponses binaires et arbitraires. Il va falloir très certainement la repenser pour permettre à chacun de vivre sereinement sa croyance ou sa non-croyance dans une société pluraliste.

 

Vivre sereinement cela ? C’est justement, pour moi, l’un des sens de la laïcité à l’école et plus spécialement de la neutralité du fonctionnaire de l’état. Elle est souvent un délicat exercice d’équilibriste tant les élèves arrivent religieusement « chargés » en classe, tout spécialement les musulmans. Il faut reprendre les innombrables « sur le coran de la Mecque », « inch’Allah » etc etc en rappelant que la règle principale du prof est le non-engagement personnel dans telle pensée religieuse (ou athée, ne l’oublions pas) et nous, nous taire fermement sur nos opinions propres : nous ne sommes pas là pour influencer un esprit encore en formation. En revanche, la réelle question d’aujourd’hui selon moi, face à cette demande forte émanant du fait religieux est : « comment éclairer cet esprit en formation ? ». Et là, actuellement, soyons clairs, nous ne nous en donnons pas réellement les moyens aujourd’hui, avec une forme de peur irrationnelle au lieu de nourrir la connaissance de nos élèves sur le « fait religieux » et ce que vivent les croyants d’ici ou de là.

 

Pour preuve, un élément qui m’est arrivé récemment et dont j’ai hésité à parler ici mais voici ce que j’ai appris il y a quelques semaines : avant que je n’arrive dans mon nouvel établissement, avant que je ne dépose l’équivalent d’un quart d’orteil de pied dans celui-ci, des collègues m’ont googlisée et, évidemment, ils sont tombés sur toute la partie religieuse de ma vie. Cela aurait pu en rester là s’ils n’étaient allés se plaindre à la direction... alors que personne ne me connaissait encore ! Je fus défendue et, dans un grand élan positif, maintenant que je le sais, je crois que c’est un appel à rencontrer, à connaître et à aimer ces personnes davantage : car ma vie donnée au Christ l’est aussi pour eux !

 

Mais, pour être en même temps tout à fait honnête, j’en demeure aussi profondément blessée car c’est le sens même de ma consécration pour Dieu et pour le monde qui semble balayé d’un coup. Alors même que ma vie est tout entière à Dieu, je n’ai effectivement jamais porté atteinte à la laïcité dans le cadre de mes fonctions de professeur : j’ai posé résolument le choix d’enseigner dans le public et je sais quelles en sont les conséquences. Même en voyage scolaire au début du carême, je me suis privée de messe et de jeûne. Même si je demeure baptisée tout le temps, même si je demeure consacrée tout le temps et que je cherche à en rayonner car c’est le fondement de ma joie, je cherche une neutralité exemplaire et, dans le même temps, je cherche aussi à fonder ma réflexion théologique dans ce cadre-là. Quand certains collègues affirment sans coup férir leur athéisme, jamais je n’ai partagé a contrario ma foi à un élève. Et, là, alors même que l’on ne me connaissait pas, il y a eu soupçon : pareille attitude est-elle vraiment saine et signe d’une laïcité fonctionnant bien ? Je n’en suis pas sûre : pour moi, c’est le signe d’une peur des religions. Sans cette peur a priori - et, disons-le, assymétrique, hélas, selon les religions et selon ceux qui s'expriment - quelle laïcité réelle pouvons-nous offrir ? 

 

Alors, avant toute redéfinition de la laïcité, avant des règles quelconques, s’il vous plaît, que cela soit au niveau des collègues ou des élèves, arrêtons d'abord là les soupçons et brisons les murs de l’ignorance ! Que chacun apprenne à connaître sa foi et ce qu’il y a de beau dans ce que l’autre veut vivre ! Quand on connaît vraiment, la haine s’écroule : tel est mon souhait et mon espérance pour que l’école puisse poursuivre profondément sa mission.

samedi, octobre 19 2019

Une histoire de coeur et de partage

Dans le magazine Vocations de l'Oeuvre des vocations (voir le site : mavocation.org), ce mois-ci, un sujet qui me tient spécialement à coeur et auquel on n'est jamais suffisamment sensibilisé il me semble. Petit partage donc : 

 

 

 

 

 

mardi, octobre 8 2019

Traduction OR - Et vous madame, est-ce que vous croyez en moi ?

Aujourd'hui est paru dans L'Osservaro Romano, le journal du Vatican, un petit article de ma part témoignant de ma rentrée, pour toute une série de leur part sur l'école et l'éducation. On peut le trouver en italien donc ici sur le journal complet ou encore sur l'article spécifique.  

 

http://w2.vatican.va/content/dam/osservatore-romano/homepage/os_logo.png

 

            Encore une rentrée. Une rentrée ordinaire ? Oui et non car un enseignant ne peut jamais s’habituer à la rentrée : il y a de nouveaux visages à découvrir, d’autres élèves, c’est-à-dire d’autres êtres en croissance qu’il va falloir aider à grandir et c’est toujours neuf, comme un défi à relever. Le mélange d’excitation et de stress qui nous habite les jours précédant la rentrée est assez caractéristique : saurons-nous non pas continuer mais bien commencer à nouveau cette année ? Avec un regard si neuf qu’il porte l’espérance chez ceux sur qui il se pose ? Pour moi, professeur de Lettres dans l’enseignement public, cette rentrée marquait aussi le passage dans un nouvel établissement, du collège au lycée mais qui n’est pas un grand déménagement puisqu’il se trouve dans la même zone de cette banlieue dite pudiquement sensible dans laquelle j’enseigne depuis six ans. Je n’ai pas choisi d’y être envoyée mais, touchée par ce que j’y ai découvert, j’ai décidé d’y rester. 

 

            Ici, la pauvreté, matérielle ou humaine, est fréquemment présente, parfois de manière cachée : il faut simplement gratter les apparences pour la voir apparaître. Tel élève n’a pas de famille, cet autre vient arrive toujours en retard mais c’est parce qu’il vient de chez son parent qui habite loin, tel encore est en situation de souffrance. Et il faut faire cours dans ce contexte trop souvent lourd qu’ils apportent avec eux : si ces soucis viennent de dehors, on ne peut leur demander d’en faire totalement abstraction. Je crois qu’il s’agit pour chacun de nous, enseignants, de rester présents et de savoir donner généreusement de notre temps dans des relations interpersonnelles, à leur écoute. 

 

Un problème dramatique ici est la quasi-absence de mixité sociale, notamment sur le plan culturel : comment montrer autre chose aux élèves que ce qu’ils côtoient au quotidien ? C’est l’importance pour moi des sorties scolaires, grandes ouvertures sur le monde, mais, sans changement sociétal réfléchi, cela ne peut aller loin. Comment favoriser une culture de la rencontre et non la ghettoïsation actuelle, aggravée par l’individualisme moderne ? Selon que votre banlieue sera riche ou misérable, votre établissement aura une réputation favorable ou bien minable. Cela a aussi des conséquences très pratiques sur la manière de faire cours : mes évidences culturelles ont dû faire place à de longues périphrases pour expliquer certains textes. Et j’avoue ne jamais être aussi heureuse que lorsque mes élèves comprennent enfin une œuvre en se l’appropriant avec leurs mots, parfois fleuris : la barrière de la compréhension a été franchie, on peut alors avancer et faire savourer la beauté d’une langue. 

 

En banlieue française fortement marquée par la présence de jeunes issus de l’immigration, la place des filles se pose également de manière cruciale : beaucoup se sentent en effet limitées par le poids culturel dans le choix de leurs études alors qu’elles sont d’une grande intelligence. Comment leur laisser les mêmes chances, les mêmes ouvertures qu’à leurs collègues masculins ? Il y a tout un travail de sensibilisation, ne serait-ce que pour les aider à croire en elles et je me rappellerai toujours de cette élève qui, un jour, s’était effondrée en larmes devant moi en me questionnant : « et vous, madame ? Vous croyez en moi ? ». Enfin, de manière plus large, dans l’ensemble de la France, la réforme du bac et du lycée laisse aussi augurer de nouveaux défis dont il va falloir apprendre à se saisir : les filières ont été supprimées au profit de choix de spécialités pour permettre des parcours normalement plus personnalisés. Cela sera-t-il le cas ? Le temps seul le dira. 

 

            Mon travail est d’être professeur mais mon être profond est tout au Seigneur comme vierge consacrée. L’insistance du pape François sur la joie me marque beaucoup : « Là où il y a des consacrés, il doit y avoir de la joie » a-t-il martelé à plusieurs reprises. C’est très vrai. Alors, je crois qu’il s’agit également d’une part essentielle de ma mission : diffuser cette joie profonde que donne l’amour de Dieu parce que, je le crois, mes élèves sont aimés eux aussi. C’est l’humble fidélité du quotidien, les manches retroussées pour servir, et c’est ma joie. Et ce métier de professeur, qui est aussi vocation, en devient alors à chaque rentrée plus rayonnant : il s’agit d’aider, chez nous par notre prière, en classe par notre témoignage et par notre proximité à tous, à faire signe vers un Amour plus grand, qui précède chacun. 

samedi, octobre 5 2019

La case "père"

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            Cette année, je suis professeur principal d’une classe très difficile. Oh, en cas individuels, j’ai déjà géré pire : mais, en termes de collectif, d’ambiance de classe, non. Je n’ai jamais vu ça, je n’ai jamais géré ça. Plusieurs élèves posent problème et l’ensemble de la classe n’est pas au travail : il n’est pas de journée sans que je reçoive des mails de collègues pour me faire part de leurs doléances. Dans cette ambiance délicate, quatre cas plus problématiques se dégagent du lot et je note que, dans ce cadre, trois sur quatre ont un père absent, d’une manière ou d’une autre ; pour le quatrième, c’est encore plus compliqué familialement parlant. Un cinquième cas, qui vient d’arriver, se réveille aussi et est géré par l’ASE. En réalité, si je regarde la liste de ma classe, ils sont encore plus nombreux à ne pas avoir de case « père » renseignée ou en indiquant un bien loin géographiquement (sans même tenir compte des divorces où les parents restent relativement à proximité). 

 

            Bien sûr, il ne s’agit pas de nous servir de cas particuliers pour en tirer des conclusions générales, hâtives : certains sont élevés par un seul parent et s’en sortent très bien. Mais mon regard de prof en zone sensible, là où vivent les plus pauvres d’entre nous, constate tout de même que la plupart des élèves les plus problématiques sont aussi des victimes, en quelque sorte, de familles défaillantes. Je n’ai pas l’aplomb de statistiques pour le montrer : c’est juste ce que je vois, au quotidien. 

 

            Vous me voyez venir… Je ne comprends pas pourquoi un projet de loi puisse créer les conditions dans lesquelles un enfant n’aurait plus, dès le commencement, de père biologique. Je conçois qu’on rêve d’un enfant plus que tout, je conçois la souffrance des personnes homosexuelles (et pourquoi mettre les femmes seules dans le même sac ?) mais l’enfant à venir ? Je pose vraiment cette question, avec inquiétude. Même un divorce – et je le dis en connaissance de cause, en tant que fille de divorcée – est à apprendre à digérer pour un enfant (même si je sais bien qu’il est de bon ton de dire qu’un enfant s’en remet facilement : je pense qu’aucun enfant de divorcé ne le dirait), alors, l’absence de père non du fait des aléas de la vie mais par une loi le permettant ? Cela me met profondément mal à l’aise, a fortiori vu le caractère absurde de certains débats entendus à l’assemblée, même si je veux aussi garder confiance dans le bon sens des femmes à ce sujet. 

 

            De l’autre côté de cette réflexion, il me semble que les « non », que les propositions de manifestation, ont tendance à se focaliser justement sur l’unique « non », non pas assez à dire ce que nous souhaitons. Rester dans le négatif me semble insuffisant. Le titre du document des évêques, dirigé par Mgr d’Ornellas, Quelle société voulons-nous pour aujourd’hui et pour demain ? posait une bonne question : il faudra aussi l’exploiter. Je rêve d’une société en tout cas moins technique, plus simplement humaine de mon côté mais je sais aussi qu’il faudra discerner davantage pour l’avenir. Peut-être que nous manifester, c’est avant tout aussi cela : discerner, comme chrétiens, parmi les autres, ce que nous souhaitons vraiment, et dans tous les domaines, comme suite pour la vie, pour notre monde, pour notre humanité. 

 

samedi, septembre 21 2019

L’art de la liberté et de la nuance

Alors, il faudrait ceci ou cela ? J’ai été agacée des débats façon pattes de mouche (je dis cela pour rester polie) à propos de la position des évêques quant à la manifestation prévue le 6 octobre : manifester, se manifester, rétropédalage, manque de conviction... tous ces mots ont agité la toile catholique plus que de propos ces derniers jours, offrant un large éventail et de toutes les sensibilités, et de tous les trop habituels noms d’oiseaux.

 

Pourtant, cela avait bien commencé : une belle soirée largement diffusée sur l’enjeu de la révision des lois de bioéthique avec des évêques présentant des arguments clairs et concrets permettant de nourrir sa réflexion. Oui, cela me semble assez évident qu’un chrétien ne peut être en accord avec ce qui se prépare et il est heureux de nourrir sa raison à ce sujet. Et puis là, paf, soudain c’est le drame : mais alors que faut-il faire face à ces lois ? Que les évêques nous disent-ils de faire ? 

 

Falloir ? Devoir ? Même si ici ou là un mot maladroit a pu échapper, pourquoi tant de chrétiens semblent pris de détresse quand il n’y a pas un « tu dois faire cela » clair ? 

Nos évêques en appellent à notre conscience. Ils ont fait leur job, ils ont contribué à l’éclairer : à notre charge de continuer à la former - et à la laisser former par le Seigneur car il ne faudrait pas voir à oublier le rôle primordial du Patron dans tout cela - et de discerner, en conscience, ce qu’il convient de faire. Ce n’est pas un chemin laxiste, c’est un chemin exigeant qui nous pousse à nous placer toujours davantage sous le regard du Seigneur. 

 

À lire toutes ces réactions, je repense à l’épître à Philémon de Candiard : puissions-nous entendre combien notre foi nous pousse à la liberté ! Il n’est évidemment pas question de lire la liberté comme un appel à ne pas s’engager dans un combat mais bien d’en avoir le choix er celui de sa modalité. 

 

Qu’il est ardu l’art de la liberté ! Mais c’est aussi en grandissant en celui-ci que nous apprenons celui de la nuance et que nous parvenons à distinguer en l’autre un frère dont la conscience se forme à l’école du Seigneur et de ses pasteurs, pour lui aussi, même s’il ne pose pas les mêmes choix visibles que nous.

lundi, décembre 24 2018

Communauté éducative, communauté eucharistique

 

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            C’était il y a une dizaine de jours : en plein Avent, nous nous préparions à Noël par la messe mensuelle des étudiants du Centre Sèvres, lieu où j’étudie la théologie à temps partiel. Lors du chant final : O Come, all ye faithfull ou, si vous préférez selon votre sensibilité Adeste fideles ou « Peuple fidèle », il y avait quelque chose de très beau à nous dire que nous venions vraiment tous L’adorer, réunis, étudiants et professeurs, en cette église jouxtant notre lieu d’études par le même désir de mieux connaître et de mieux faire connaître Celui qui anime nos vies. 

 

            Communion, unité malgré notre diversité trouvée dans le Christ, rendue encore plus forte par la participation à la même table de l’eucharistie. Même action de grâce s’élevant des cœurs : nous formons une véritable communauté éducative. 

 

            Je m’en faisais la réflexion en retournant ensuite dans l’établissement scolaire dans lequel j’enseigne. Nous y parlons volontiers de communauté éducative. Mais, qu’est-ce qui nous unit ? Une même citoyenneté, une envie de grandir et de faire grandir, des programmes, un même ministre… la liste est longue et importante. Mais il faut bien constater que le tissu fraternel est plus lâche, plus multiforme et les mailles qui le constituent, dans les temps actuels, semblent se défaire chaque jour davantage et les accrocs s’y multiplient, de manière parfois inquiétante. 

 

            Faut-il pour autant en conclure que cette communauté n’a de commun qu’un lieu, un établissement scolaire, et que nous sommes condamnés à tâtonner, sans vraiment rien y trouver d’unifiant où nous soyons vraiment ensemble ? Ma foi me pousse à refuser cette option… Feu mon premier père spirituel, moine de son état, m’écrivait, dans une de ses dernières lettres, alors que je commençais mon travail en éducation prioritaire : « Tu trouveras Dieu en tes lascars qui sont, en secret, à Lui ». Dieu, mystérieusement, unit et unifie, de manière souterraine toutes ces vies, toutes nos vies : ramifications venues de Son centre. Le lieu d’unification est le même… mais c’est de nuit, mais c’est peu clair, mais c’est lointain et tout ténu. Alors à nous de cultiver, de faire jaillir cette même sève, même en ses extrémités, même en Ses « périphéries ». 

 

Mais rien de cela n’est possible sans Lui. Alors, en cette nuit, en cette vie : viens Seigneur Jésus, apporte Ta lumière en nos vies pour nous rendre capables de La porter à notre tour, par nos vies, à tous ceux qui en ont besoin, pour aider à l’unification et à l’édification de ce qui doit l’être. Amen. 

 

mercredi, septembre 26 2018

En lisant, en écoutant, en recevant Ta Parole et Ton pain

 

Première lecture du jour : « Ne me donne ni pauvreté ni richesse, accorde-moi seulement ma part de pain. » (Pr 30). Ni trop, ni trop peu, mais bien "ma" part, celle qui est prévue, ajustée pour moi. 

 

Vivant et travaillant dans le monde, je ne parviens pas à aller à la messe tout à fait tous les jours, même si je le souhaiterais et que cela m’est fortement recommandé : « Appelées à vivre l’intimité avec le Seigneur, l’identification et la conformation à Lui, elles reçoivent le Pain de vie de la table de la Parole de Dieu et du Corps du Christ, dans la participation, si possible quotidienne, à la célébration eucharistique. » (Ecclesiae Sponsae Imago

Ce jeûne involontaire de certains jours me montre la valeur de cette « part de pain », de cette part de pain vivant qu’est l’Eucharistie quand je peux y participer. Elle est force et nourriture sur la route ! 

 

Et, en même temps, j’ai bien conscience que cette part du pain dont il est question est aussi très concrètement celle de chaque jour, celui qui peut constituer notre repas et cela me rappelle la récente lettre du pape François au peuple de Dieu : « En même temps, la pénitence et la prière nous aideront à sensibiliser nos yeux et notre cœur à la souffrance de l’autre et à vaincre l’appétit de domination et de possession, très souvent à l’origine de ces maux. Que le jeûne et la prière ouvrent nos oreilles à la douleur silencieuse des enfants, des jeunes et des personnes handicapées. Que le jeûne nous donne faim et soif de justice et nous pousse à marcher dans la vérité en soutenant toutes les médiations judiciaires qui sont nécessaires. Un jeûne qui nous secoue et nous fasse nous engager dans la vérité et dans la charité envers tous les hommes de bonne volonté et envers la société en général, afin de lutter contre tout type d’abus sexuel, d’abus de pouvoir et de conscience. » 

 

J’y pensais en lisant la suite de ce chapitre des Proverbes : « Car, dans l’abondance, je pourrais te renier en disant : « Le Seigneur, qui est-ce ? ». N’est-ce pas ce qui nous arrive quand nous vivons une routine confortable de notre vie chrétienne, n’est-ce pas ce qui nous est arrivé quand nous sommes dans l’opulence, dans l’insouciance, oubliant le Seigneur à force d’oublier d’écouter le plus petit, le plus faible, le blessé ? 

 

Et si jeûner, et si se contenter, certains repas, d’un peu de pain, dans la discrétion, était aussi ouverture à une communion plus grande mais aussi d’un retour à l’Essentiel, pour mieux savoir reconnaître Celui qui nourrit toutes nos vies et Celui qui guérit toute vie ? 

 

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dimanche, août 26 2018

Miserere nobis

 

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Au nom du Père du Fils et du Saint Esprit. 

Tracer sur soi ce « signe indélébile de Son amour », et se préparer à demander pardon. 

 

Je confesse à Dieu… Kyrie eleison ; 

Seigneur, prends pitié : pardon ! Pardon, pardon, pardon !!! J’ai envie de le crier aujourd’hui. 

Dans l’Église, nous ne sommes pas des Caïn, nous sommes responsables de notre frère, de nos frères. 

Pardon Seigneur pour tous ces « petits » qui sont les tiens, où Tu demeures, et qui ont été blessés d’une manière terrible. 

Pardon Seigneur à Toi, pardon à eux, j’ai envie de leur dire à genoux, pour me mettre pleinement à leur hauteur, humblement. 

Je ne saurais leur demander pardon correctement mais je crois qu’on ne leur demandera jamais suffisamment pardon : pour les actes et de toutes les complicités pour garder obscur ce qui aurait dû être révélé en pleine lumière, pour soigner, pour redresser, pour guérir. 

 

Et puis, le Gloria : 

… Domine Deus, Agnus Dei, Filius Patris, qui tollis peccata mundi, miserere nobis… 

C’est Toi qui as déjà porté et continues de porter le péché du monde : mon Dieu, Toi le Miséricordieux, porte-les…

 

Parce que nous sommes les membres de Son corps disait la deuxième lecture. 

Parce que l’Eglise, ce n’est pas « eux », c’est « nous ». 

Et pardon Seigneur pour leurs agresseurs, parce que, dans l’Église, le péché d’un seul concerne bien nous tous, réellement et spirituellement : 

 

Parler de péché social veut dire, avant tout, reconnaître que, en vertu d'une solidarité humaine aussi mystérieuse et imperceptible que réelle et concrète, le péché de chacun se répercute d'une certaine manière sur les autres. C'est là le revers de cette solidarité qui, du point de vue religieux, se développe dans le mystère profond et admirable de la communion des saints, grâce à laquelle on a pu dire que "toute âme qui s'élève, élève le monde" (É. Leseur). A cette loi de l'élévation correspond, malheureusement, la loi de la chute, à tel point qu'on peut parler d'une communion dans le péché, par laquelle une âme qui s'abaisse par le péché abaisse avec elle l'Église et, d'une certaine façon, le monde entier. En d'autres termes, il n'y a pas de péché, même le plus intime et le plus secret, le plus strictement individuel, qui concerne exclusivement celui qui le commet. Tout péché a une répercussion, plus ou moins forte, plus ou moins dommageable, sur toute la communauté ecclésiale et sur toute la famille humaine. (Jean-Paul iiReconciliatio et pænitentiae, §16) 

 

Alors, même à ceux qui viendront mépriser notre appartenance à l’Église certains jours plus visiblement constituée de pécheurs que sainte, il ne sera peut-être pas de trop de demander aussi « pardon ».

 

Et l’évangile qui vient se poser là où il faut sur nos questionnements : 

- Voulez-vous partir, vous aussi ?

- Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle.

 

Alors prier éperdument, 

Alors T’adorer, 

Alors Te recevoir dans Ta parole et dans Ton pain de Vie pour être uns dans l’Amour, en Église, malgré tout. 

 

Il est évident que le spirituel ne suffira pas, qu’il faut mettre les faits en lumière et poser des sanctions et des critères nets, aussi bien de discernement que de fonctionnement pour que « JAMAIS PLUS ! ». 

 

Mais il est aussi évident que c’est à genoux, en adorateurs vrais du Père, en nous approchant de Sa Lumière qu’Il nous donne, Lui qui est la Vérité, que nous saurons à notre tour lutter contre les ténèbres, arrêter toute conspiration du silence, en résumé être ce qu’Il nous appelle à être pour nos frères : non des conspirateurs préférant l’ombre pour agir mais bien lumières du monde, appelés à servir et à aimer en plein jour. 

 

vendredi, août 10 2018

A pied mais dans Ses mains

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En sortant de confession, il m'avait dit, alors que je m’apprêtais à partir pour une semaine de pèlerinage avec des jeunes adultes sur le chemin d’Assise : "surtout, prends souvent la main du Bon Dieu". 

 

Dans ma tête, en entendant cela, j'ai pensé à tous les péchés, à tous les « ratés » de ma vie et à la main du Seigneur qui venait toujours m’y relever : c’était très vrai, très essentiel et je venais encore de le vivre. Mais en marchant, concrètement, comment prendre la main du Seigneur ? 

 

Prendre Sa main, c’est sans doute avant tout cette attitude profonde de la prière, appelée à devenir celle de notre vie : celle des heures qui rythme le temps et qui commence toujours par un bel appel à l’aide ; celle de la prière du cœur, courte ou longue, pour grandir en confiance et pour que ma main, timide, ose pleinement aller vers Lui particulièrement quand elle se fait intercession ; celle de la prière en petite communauté de pèlerins ou encore celle de la messe où, bien mieux qu’une simple main, nous Le recevons tout entier. 

 

Prendre Sa main, cela passe aussi par le service concret des autres et par la recherche de mener la vie la plus évangélique possible : c’est un acte de conversion de vie, pas celui d’un instant. 

 

Mais est-ce vraiment prendre Sa main ou plutôt se la laisser saisir qu’être émerveillée par la magnificence d’un paysage de montagne ou par celle d’un cœur au détour d’une conversation ou d’un acte de charité, pleinement fraternel ?

N’est-ce pas surtout se laisser saisir la main, voire être saisie tout entière, que d’avoir bien souvent le cœur en action de grâces de la beauté de ce qui se vit dans un pèlerinage partagé ? 

 

Peut-être qu’en réalité, on ne peut que tendre notre main vers Lui plutôt que L’agripper – Il échappe à ces tentatives-là ! –, avec la confiance du jeune enfant l’élevant pour la glisser dans les grandes mains rassurantes de ses parents, a fortioriquand sa marche est mal assurée.

Et, alors, si nous élevons main et cœur vers le Seigneur, c’est Lui qui vient toujours prendre notre main dans les Siennes, marchant avec nous et nous donnant la stabilité nécessaire pour, ensemble, avec des frères, mieux nous édifier et nous élever vers Lui. 

 

C’est ainsi qu’en pèlerinage à plusieurs, nous pouvons expérimenter qu’Il nous a gravés sur la paume de Ses mains (Is 49, 16) et qu’Il nous y tient solidement, car amoureusement. 

 

 

 

 

jeudi, juin 14 2018

Témoignage or not témoignage ?

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Ces derniers mois ont été riches en « témoignages » : ceux un peu officiels lors de soirées vocations ou d’après-midi dédiés, ceux plus officieux de l’échange privé ou encore celui plus surprenant d’une situation d’interview. De l’audience large à l’aventure de deux cœurs en dialogue à bâtons rompus, des enfants qui viennent de faire leur première communion et sont pleins de questions douces de fraîcheur, aux priants âgés simplement heureux de t’écouter, en passant par les ados qui se la jouent blasés mais en réalité sont très intéressés, aux mamans qui viennent te demander ce que tu es concrètement, le style est très différent… et pourtant, c’est toujours le même Seigneur. 

 

            Tous, comme chrétiens, nous sommes appelés à témoigner de ce Dieu qui sauve auquel nous croyons. Mais, comme consacrée, on vient te chercher pour parler de Celui à qui tu as donné, de manière si étrange, ta vie. Un appel ? Es-tu vraiment comme nous ? Alors, évidemment, quand tu parles de Lui, tu parles aussi de toi… et quand tu parles de ta vie, tu ne sais plus le faire convenablement sans parler de Lui. 

 

            Tout l’enjeu est de ne pas trop se raconter soi-même mais bien de dire les merveilles que Lui a faites et fait encore dans ta vie… Exercice si simple et, dans le même temps, si périlleux : Lui avant toi… et cela même quand on te ramène souvent à toi, tes choix et ta petite vie. Alors, tu fais ce que tu peux pour ne pas devenir autoréférentielle mais bien « christo-référentielle », en te disant que, dans le fond, c’est aussi très précisément le chemin de ta vie que l’être ou en tout cas chercher à l’être chaque jour plus. 

 

Mais ce qui est certain, c’est que le témoignage est un exercice provoquant à chaque fois dans le cœur une immense gratitude pour ce qui fut et ce qui est donné. Joie du don de Dieu, joie d'un oui chaque jour redit à celui-ci, tout simplement. Alors, même si tu ne sais jamais très bien ce que cela sème dans le cœur des autres, tu peux te glisser au moins pour toi-même dans les mots de Marie en en revenant, confiante que ces mêmes mots sauront aussi germer chez d’autres, que tu le saches ou non : 

 

Mon âme exalte le Seigneur ! 

 

mercredi, mai 30 2018

Mieux que la mémoire d'Abraham, la prière d'Abraham

Dans le cadre de mes études de théologie, j'ai la chance de participer à un groupe de lecture d'un ouvrage d'exégèse commentant la si délicate épître aux Romains. Dans cette dernière, il est fait référence à la foi d'Abraham, ce qui semble assez surprenant de prime abord puisque celui-ci ne connaissait pas encore le Christ et j'aime beaucoup l'interprétation qu'en tire l'auteur, assez nourrissante. 

C'est la foi qui nous a engendrés et c'est par elle que nous sommes ce que nous sommes : et par "foi" il nous faut certes entendre celle d'Abraham, mais aussi la nôtre, puisque l'acte de croire nous donne une ascendance, nous rattache à une histoire, celle des croyants. 

On voit ainsi pourquoi l'Apôtre choisit le cas d'Abraham, père de tous les croyants. Si'l y a une chose que le fils ne peut se donner, seulement recevoir, c'est son identité de fils. Il n'a rien à faire pour l'obtenir, seulement la recevoir, c'est-à-dire croire qu'il l'est. Mais il nous faut aussitôt ajouter que ce qui vaut pour les fils - que nous sommes - vaut d'abord pour Abraham, puisqu'il reçoit de la parole divine même son identité de père.

L'économie de la grâce ou de la foi acquiert ainsi son extension maximale, comme histoire d'une promesse en voie de s'accomplir, comme histoire d'une immense famille : du père jusqu'au dernier des fils, tant qu'il y aura des croyants ! Le plus beau est évidemment que l'acte de foi d'Abraham ne peut être le seul : d'une certaine manière, son identité de père il la reçoit aussi des croyants, de tous ceux qui, "aussi nombreux que les étoiles du ciel" (Gn 15, 5), croiront comme lui. Notre acte de croire confirme donc l'identité d'Abraham comme père des croyants, bref la fécondité de son (de tout) acte de foi. (...)

L'Apôtre considère avant tout l'enjeu de l'acte de croire, non ses modalités. Il retient surtout l'inouï de la situation d'Abraham, qui permet en quelque sorte de décrire à l'état pur l'acte de confiance : d'un côté la vieillesse du patriarche, la stérilité de Sara, de l'autre une promesse folle, celle d'une immense descendance. S'abandonner à l'apparente folie de Dieu, à une parole que tout semble frapper d'interdit, tel fut le choix du patriarche. Et en rappelant cela, Paul montre bien comment s'en remettre à la parole divine, accepter d'en dépendre totalement, ne fait pas tomber dans l'hétéronomie mais signifie qu'on opte pour la vie.

Il faut faire cette expérience pour en percevoir toute la vérité, en ses effets même, car seule la foi est féconde. Au demeurant, cette fécondité n'authentifie pas seulement l'acte du croyant, elle est le signe du vrai Dieu, celui qui, par la foi, fait vivre, parce qu'il veut la vie (cf. Rm 4, 17) : l'acte de croire révèle la gracieuseté, la confiance et la justice du Dieu qui, aprce qu'il est le Dieu de tous les hommes, les appelle tous à la même dignité de fils, d'héritiers. 

J.-N. Aletti, Comment Dieu est-il juste ? Clefs pour interpréter l'épitre aux Romains, Seuil,  p. 104-105

 

dimanche, mars 18 2018

Le voir ?

"En ce temps-là, il y avait quelques Grecs parmi ceux qui étaient montés à Jérusalem pour adorer Dieu pendant la fête de la Pâque. Ils abordèrent Philippe, qui était de Bethsaïde en Galilée, et lui firent cette demande : « Nous voudrions voir Jésus. »" (Jn 12)

Quel grand désir de la part de ces Grecs : voir Jésus !

https://storage.gra1.cloud.ovh.net/v1/AUTH_10e1a9235c63431c95e5b84a247830db/prod/artwork/15947_1_m.jpgManessier, Suite de Pâques, l'arrestation de Jésus.


Est-ce que ce même grande désir m'habite toujours vraiment ? C'est facile de dire : "ben, oui, bien sûr, c'te question !" mais en vérité ? Si je ne fais qu'écouter mon coeur, oui, j'aimerais Le voir : en plus d'être Dieu, Il est l'humain par excellence qui ne cesse jamais de me fasciner, de m'inspirer, de m'aimer, de me donner envie d'avancer.


Mais en même temps, est-ce vraiment toujours Lui que je cherche ? Ou l'image que je me fais de Lui ? Il est parfois facile de rogner sur l'amour absolu, il est souvent aisé de grignoter mine de rien sur le caractère tranchant de l'Amour et de la Parole de Dieu : nous sommes toujours tentés de Le ramener à notre mesure humaine. Pas forcément volontairement, d'ailleurs, mais parce que nous ne faisons que balbutier la langue de l'amour. 

Alors, je crois qu'en face de Lui, je serais éblouie par l'incarnation de l'amour, comme parfois, déjà, Sa Parole vient frapper fort, façon coup de bélier, en mon coeur. Car Jésus nous aide en ramenant nos rêves de sainteté bien lisses ou rose bonbon, croyant L'imiter vainement par là, à leur juste mesure, en annonçant déjà que l'amour va jusqu'à la couronne d'épines, que l'amour va jusqu'à la croix, que l'amour va jusqu'à la mort. 

"Amen, amen, je vous le dis : si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit. Qui aime sa vie la perd ; qui s’en détache en ce monde la gardera pour la vie éternelle."

"Stop aux fanfaronnades semble-t-Il nous dire, cessez vos idolâtries qui ne font que morceler la totalité de Ma vie. Choisissez tout !" 

Le suivre, c'est oser regarder le Christ souffrant... pour apprendre à y discerner le Christ, triomphant.
Le suivre, c'est vraiment désirer Le voir et, du coup, ne pas se voiler les yeux devant les épines du quotidien, notamment celles qui frappent durement nos prochains... pour apprendre à y discerner le Christ, présent. 

lundi, décembre 25 2017

Conte pour la nuit

Une fois n'est pas coutume... Avant de vous souhaiter plus longuement un joyeux Noël, voici un petit conte rédigé pour cette Nuit différente des autres.

 

Saint François et la crèche

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En ce temps-là, François, celui qu’on nomme aujourd’hui Saint François d’Assise, avait déjà créé son ordre religieux et avait fait le choix de vivre dans une immense pauvreté. Il aimait dire qu’il avait épousé Dame Pauvreté pour être disponible afin de suivre le Christ. Malgré cela, il continuait à chercher tous les moyens pour mieux dire le message chrétien : c’était là toute sa joie et il y mettait toute sa force d’homme. Dire et transmettre la joie de l’Évangile à tous, en chantant la louange de Dieu. 

            Nous sommes en 1223. Cette année-là, l’hiver est rude en Ombrie, cette province d’Italie dans laquelle il vit, et François cherche comment il souhaite fêter Noël cette année avec ses frères. Il y faut de la joie et de la simplicité.

Lire la suite...

lundi, novembre 21 2016

Femmes croyantes, femmes engagées...

La semaine dernière, j'ai eu l'occasion d'intervenir à côté (géographiquement : dans la paroisse d'à côté ; internetement... sur un blog presque d'à côté aussi !) pour une petite introduction à un chouette temps d'échange et de débat intitulé : 

Femmes croyantes, femmes engagées... une place dans l'Eglise ? 

Ca commence par ici et ça se suit sur plusieurs billets >>

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dimanche, septembre 4 2016

Jamais en solde, toujours gratuit

"Si j'avais eu à prêcher ce dimanche, j'aurais prêché sur la gratuité ! Et toi, tu aurais dit quoi sur ce thème-là avec l'évangile ?" m'a demandé un ami prêtre. Je n'ai pas dit, évidemment, j'ai écrit (du coup, je n'ai même pas encore écrit sur cette riche et belle rentrée !). C'est complètement décousu, écrit d'une traite au fil du clavier, mais voici donc quelques lignes de méditation sur la gratuité, bref, sur l'amour jamais en soldes. 

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G. Rouault

Choc. Un des summums de l'Evangile en matière de propos intolérables ! Et pourtant si, en logique humaine, c'est insupportable, en logique d'amour, c'est-à-dire en logique de Dieu, c'est l'inverse... Un amour de préférence est-il blâmable ? 

L'amour serait-il calcul rationnel des conséquences selon une fine prospective ? Non, l'amour est gratuit. D'ailleurs, l'amour qui se monnaie, cela ne s'appelle pas de l'amour mais de la prostitution et l'amour qui calculerait serait un amour prostitué, un amour déchu, un amour au rabais... Et, quand on ajoute un qualificatif à l'amour, ce n'est plus de l'amour. L'amour soldé, ça ferait doucement rigoler : il n'est jamais bon marché... Il est cher mais il est gratuit. 

L'amour est gratuit. Quel serait cet ami qui comparerait sans cesse avec un autre qui offre et reçoit plus dans leurs relations ? Qui propose les meilleurs apéros, les meilleures bières (d'abbaye, cela va sans dire) ou les repas les plus fins ? Avec un ami, on n'entre pas dans des comptes d'apothicaire, on rentre dans une relation humaine inédite, attirés un peu mystérieusement, où il ne s'agit pas de compter ou de comparer, où il ne s'agit pas d'attendre quelque chose de l'autre, mais d'apprendre à se rencontrer, à s'aimer, avec toute notre fragilité humaine. Plus l'amitié grandit, plus elle se purifie et plus elle est alors gratuite : l'ami, c'est celui qui nous connaît de plus en plus tout entier jusque dans nos pires faiblesses mais qui nous aime quand même ! Quoi de plus gratuit ? Personnellement, j'aime voir dans l'amitié un des plus grands cadeaux de Dieu sur cette terre : c'est une relation à Son image, gratuite. 

L'amour est gratuit. On le voit bien dans chaque vocation, ce à quoi d'ailleurs l'évangile semble nous renvoyer plus directement. L'amour dans le mariage n'est pas calcul du style "je ne serai plus tout seul, ouf", ni un mariage d'argent ou de convenance ou encore un quelconque calcul sur le rendement en enfants ! L'amour entre l'homme et la femme, c'est une étincelle, c'est une invitation, c'est un cadeau, c'est un don... Et une réponse gratuite d'un oui que l'un fait à l'autre, dans l'unique don de Dieu, signe de Son amour. De même, on ne s'engage pas dans une forme de vie radicale à la suite du Seigneur en calculant sur l'avenir, en espérant être quelqu'un de mieux considéré ou de différent. C'est que l'appel de Dieu est aussi mystérieux que gratuit : Il continue de ne pas choisir les gens sur CV comme Il le faisait déjà pour ses apôtres. Pourquoi lui ? Pourquoi elle ? Bien malin qui saurait y répondre... Amour gratuit du Seigneur, amour bouleversant, auquel on répond gratuitement. D'un oui balbutiant au oui engageant, en passant par tous les oui quotidiens. Gratuité d'une réponse, de laquelle on sent pourtant bien qu'elle est imparfaite... Le célibat, si souvent décrié, est la réponse qu'on y fait avec notre corps, parce qu'on sent bien qu'on ne peut répondre à cet Amour-là qu'avec tout notre être, qu'avec toute notre vie... On ne peut y répondre autrement. Mais, au loin, l'horizon de la croix nous fait percevoir dans le même temps combien nous sommes loin du don parfait, loin du don gratuit. 

Où, chacun dans notre vocation, en sommes-nous en termes non de comptabilité de nos actes d'amour mais bien en termes de gratuité de notre amour ? Où en sommes-nous de la reconnaissance première, foncière, essentielle de l'amour de Dieu dans notre vie ? 

L'amour est gratuit... Et il a fini sur une croix. "Avant que ses bras étendus dessinent entre ciel et terre le signe indélébile de Ton Alliance" dit une prière eucharisitique ; le groupe Glorious l'a dit autrement en popularisant cette formule † = ♥. 

Pas de plus grand signe d'amour que la croix ; 

Pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime. 

Comme une invitation à retrouver la saveur du don qui nous est fait, à savourer la vie, don de Dieu, à savourer tous les cadeaux de Dieu, gratuits, en chacune de nos vies. 

 

dimanche, août 7 2016

Pèleriner par temps de terreur

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C'était l'autre soir, après une journée de pèlerinage. Je marchais, croix au cou, dans les rues de cette ville italienne pour chercher une glace. Et soudain, en passant dans une rue sombre et peu fréquentée, je me suis dit : "Tiens, et si je me faisais attaquer ?". J'ai un peu frissonné, j'ai pensé au récent assassinat du père Jacques... 

C'est vrai que cela changeait la donne : jusque là, c'était plutôt notre société occidentale post-moderne que Daesh semblait attaquer. Et là, clairement, un chrétien, et en plus un prêtre. Une volonté derrière de monter les religions entre elles ? Peut-être. Semer la terreur par des gestes incompréhensibles et imprévisibles ? Sûrement. 

Qu'on le veuille ou non, la personne du pèlerin a un caractère sacré. On peut ricaner de sa démarche mais, toujours, on la respectera et lui avec. Souvent, on l'aidera et, parfois, on l'aimera. Le plus souvent, il y a même de très belles rencontres et de beaux échanges à la clef. Nous ne sommes que des êtres de passage, à qui il est facile de se confier... J'ai souvent eu l'impression d'être considérée comme un cadeau, comme le Christ Lui-même parfois, par ceux qui m'accueillaient : et moi, j'ai dû apprendre aussi à recevoir ces cadeaux et à y voir le don de Dieu. Je ne dis pas que je n'aurai jamais de problème durant mes longues marches pèlerines – cela ne m'est jamais arrivé en 10 ans mais j'ai conscience que cela peut arriver – mais je sais surtout que, pèlerine, j'ai une "aura" qui me dépasse et cela me donne une grande confiance durant ma marche. Je marche, seule, sans peur, sûre en plus que le Seigneur fait route avec moi. Ma foi me porte. Je ne suis qu'une pèlerine, c'est ma seule identité en route, mais je m'efforce d'être pleinement cela. 

Et si j'étais attaquée pour cette raison même que je suis une pèlerine ? Ce serait dérisoire... Mais ni plus ni moins que l'attaque contre ce prêtre humble dans une petite ville de la banlieue de Rouen. Ce serait presque une suite logique car aussi absurde. 

Mais à quoi bon avoir peur et faire le jeu de la terreur ? Il suffit de continuer à marcher, à pèleriner, le cœur en paix... Poser un acte de confiance. 

Car le pèlerin, c'est celui qui découvre le monde à la seule vitesse de son pas ; 
Quand le terrorisme détruit l'homme et cherche à anéantir les ponts patiemment bâtis entre les civilisations, 
Le pèlerin reste celui qui rencontre le monde simplement à hauteur d'homme pour y découvrir les traces de Dieu. 

À poursuivre, sans cesse. 

jeudi, mai 26 2016

Pouce ?

 

Stop ! Pause ! Pouce !

Petit geste accompagnant la parole que je ne peux faire ces temps-ci. Rien de grave, mais un peu d’immobilisation forcée d’un doigt… bien utile.

 

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Le rapport avec la choucroute avec Dieu et ce blogue ?

Que je suis lente à tout faire et ai donc encore moins le temps d’écrire ? Certes.

Que cela me permet évidemment de goûter la charité des frères par leur sollicitude attentionnée dans les petits gestes du quotidien ? Oui ! Et mille fois oui !

 

Mais en réalité, ce petit incident au pouce est aussi joliment métaphorique.

 

Le pouce, ce doigt auquel on ne pense jamais et, quand il est bloqué par une attelle, on se trouve bien embêté pour faire les petits gestes du quotidien. C'est comme une invitation à faire attention au petit, à celui auquel on ne pense pas, à celui qu’on ne voit pas ou plus tant on y est habitué et qui pourtant fait tellement ! Il ne faudrait pas qu’il ne soit plus là pour qu’on se rende compte combien il est important. Cela vaut pour les personnes, cela vaut pour la prière.

 

Mais chez nous, humains, ce pouce possède la particularité non négligeable d’être opposable. Il faut ainsi l’opposition puisqu’on l’on puisse saisir adroitement (actuellement, je n’y arrive plus !) : n’est-ce pas un encouragement à la discussion, au débat fraternel dans le rapport même Corps / même main ? Invitation à l’unité dans la pluralité, invitation à une communion vraie même dans les oppositions apparentes, pour chercher à saisir, mieux, le mystère du Christ ?

 

Et si, aussi, il y avait une forme de « pouce » au rythme effréné de la fin d’année déjà en train de se cadencer, ou en tout cas le « pouce » vital de la pause prière à prendre, à garder, de l’attention à Dieu pour rester attentif à l’autre, même dans la tension ? 

 

Bref, depuis une semaine, la prière a muté des mains plus ou moins jointes aux pouces (mi)-en l’air en guise d'aide-mémoire... et c’est pas mal non plus ;-)  

 

mardi, mars 15 2016

Et si, entre le silence et les bruits... ?

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Comment ne pas être touchée par ce qui se passe actuellement autour du Primat des Gaules ? Comment ne pas être touchée dans le même temps dès qu’un scandale de pédophilie éclabousse notre Église ?

 

Je ne peux pas être d’accord avec ce qui s’apparente présentement à un lynchage en bonne et due forme du cardinal, un lynchage où les médias et les politiques semblent se répondre avec une escalade de violence jusqu’à demander, sans forcément connaître l’affaire, une démission de cet homme. Que diable, il est cardinal : c’est clerc et forcément pas clair ces bestioles-là.

 

Mais que cela soit clair, justement, je ne peux en aucun cas non plus cautionner un acte aussi grave que la pédophilie. C'est une honte ! Un acte gravissime qui brise des vies ! 

Je ne peux que reconnaître que, dans l’Église, il a trop souvent régné sur ces affaires la loi du silence. Pour étouffer tout cela et ne pas nuire à la réputation de... C’est grave et il faut le dire : nous n’avons pas le droit au silence ! Ne pas se taire : pour les victimes, avant tout, pour les aider à se reconstruire. Mais il faut le dire aussi pour les chrétiens : un chrétien, ce n’est pas quelqu’un appelé à une vie médiocre, c’est quelqu’un qui est appelé à la sainteté… un chrétien qui n’aide pas son frère en détresse, c’est un contre-témoignage. Un chrétien qui se tairait sur ce genre d’affaires, c’est pire qu’un contre-témoignage : c'est un complice, en état de péché grave.

 

Le chrétien n’est pas appelé au silence : il est appelé à écouter, à suivre le Verbe de Dieu et à Le proclamer.

 

En revanche, si je ne suis pas d’accord avec le silence, je ne suis pas d’accord non plus avec les « bruits », ces choses qui courent, qui se disent sans fondement et qui ne provoquent que médisance et mépris croissants. On attaque comme si c’était le cardinal qui avait commis les actes en personne, on attaque comme si la présomption d’innocence n’existait pas, on attaque comme si l’affaire était déjà entendue, jaugée et jugée et qu’on avait déjà à prononcer un verdict.

 

Je ne connais pas l’affaire et ne m'étendrai donc pas sur ce que j'ignore : mais il faut tout de même reconnaître que Mgr Barbarin n’était pas archevêque de Lyon au moment des faits… on ne demanderait pas la démission du ministre actuel de l’Éducation Nationale ou du recteur de telle académie lors de la découverte de cas de pédophilie d’un prof remontant à des années où il ne l’était pas encore. Pas pareil ? Certes : le chrétien a un idéal de sainteté et, par là même, une exigence d’exemplarité s’il veut témoigner. Mais il y a aussi une exigence d’humanité et c’est à nous tous de la respecter.

 

Je ne sais pas quelle est la part de responsabilité de cet homme :

Ce que je sais, c’est que je lis des réactions aux tons de plus en plus énervés, partant inconsidérées.

Ce que je sais, c’est que j’ai reçu une proposition de pétition à signer demandant la démission du cardinal.

Ce que je sais, c’est que les bruits ne font jamais de bien : ils sont cacophonie et n’éclaircissent jamais les esprits.

 

Il me semble qu’entre le silence oppressant et le bruit médisant, il devrait y avoir place à l’écoute et à la parole. Celles des victimes, celles des témoins, celles des accusés et celles des juges.

 

C’est un peu comme dans l’Évangile de dimanche dernier avec la femme adultère : il a fallu écarter les bruits véhéments pour accéder à la Parole… Il a fallu écarter les bruits pour que le silence de la pécheresse s’ouvre aussi à la Parole et qu’elle puisse entendre et s’exprimer.

 

Laissons la justice faire son travail.

Et nous, prions pour les victimes et pour leurs agresseurs,

Prions pour les juges et pour le cardinal Barbarin ;

Et que chacun d’entre nous grandisse sur son propre chemin de conversion, en écoutant Sa parole. 

 

dimanche, mars 6 2016

Malgré tout, malgré nous... laetare ! :-)

 

Le père qui ouvre les bras, toujours, qui n’écoute même pas nos pseudo-excuses embarrassées dans lesquelles nous ne ferions que nous embourber…

Le père qui nous accueille, malgré toutes nos bêtises, malgré tous nos éloignements, malgré nos pires fautes, malgré nos manières de lui dire parfois brutalement « je n’ai pas besoin de Toi ! » - c’est bien là le péché dans le fond - ;

Le père qui nous attend toujours, toujours, toujours,

Le père qui nous montre qu’Il nous aime : toujours, toujours, toujours.

 

On peut avoir l’impression d’avoir entendu cette parabole des centaines de fois, et ce n’est pas faux ;

Mais on n’a jamais assez eu l’impression, on n’a et on n’aura jamais assez la certitude profonde de nous savoir attendus par Dieu à la maison, chez Lui et c’est donc aussi chez nous, c’est notre vraie maison familiale, tout le temps.

 

C’est, pour reprendre une expression historique, l’amour qui nous aime malgré tout, mais aussi malgré nous. Mais nous, nous ne sommes jamais incorporés de force : non, nous sommes patiemment attendus, nous sommes patiemment espérés…

C’est à nous de décider quand nous revenons au bercail où Il est là, déjà au seuil, sans doute déjà à nous guetter depuis bien longtemps, en fait, depuis toujours :

Malgré tout, malgré nous.

 

Bien sûr, ce « malgré tout », on pourrait se l’appliquer à nous vis-à-vis de Dieu, quand notre foi défaille devant l’énigme de la souffrance ou du mal : pour nous, humains, c’est parfois ainsi que s’appelle notre foi, un « malgré tout » poussif… mais là encore, elle est pourtant donnée.

 

Il n’empêche que, le « malgré tout », c’est le saut de la foi, dans les deux cas.

Pour nous, c’est donc croire en Dieu malgré les apparences météorologiques parfois bien sombres de nos vies ; croire en Lui, malgré tout.

Pour Lui, c’est sa foi indéfectible en l’homme : celle qui s’appelle amour.

C’est aussi pour la foi de Dieu en l’homme ce saut de la foi qui donne la vie et ne se lasse jamais de la redonner par amour quand venons à nous en éloigner.

C’est l’Amour qui nous espère toujours sur le chemin de retour, sur le chemin de la conversion et qui ne peut cesser de nous attendre parce qu’Il nous veut heureux avec Lui : on ne pourra jamais se lasser de la prévenance incroyable de cet Amour… malgré tout, malgré nous.

 

Et l’on peut louer et prier encore avec les beaux mots du p. Paul Baudiquey : « Bénis soient les regards assez tendres, assez fous, assez vrais, pour me donner le cœur de m'espérer encore, de m'attendre à quelqu'un d'autre en moi. Les vrais, les seuls regards d'amour sont ceux qui nous espèrent ».

Tels sont ceux du Seigneur qui ne cesse de nous regarder, même quand nous semblons déjà perdus à l’horizon où la lumière s’efface,

Tels sont ceux du Seigneur qui ne cesse de nous espérer et de nous aimer, malgré tout, malgré nous.

 

mardi, janvier 5 2016

Petits mots de confiance pour mal de foi

 

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Qu’aimerais-je te dire, à toi qui doutes ?

Je ne sais pas, ce n’est pas simple, c’est même redoutable.  

Il est difficile d’oser répondre à des doutes,

Il est difficile d’oser poser des mots qui pourraient sembler définitifs, certains, clairs…

Alors que la Foi n’est pas objet de savoir, et encore moins d’un savoir dont il y aurait des maîtres.

 

La foi, c’est une grâce posée au creux d’un cœur,

La foi, c’est cette confiance mystérieuse offerte en retour,

La foi, c’est ce chemin de vie entre grâce et réponse libre de l’homme.

 

La foi, c’est un peu comme cette succession de jours et de nuits qu’est le rythme de notre temps, partant celui de notre vie ;

La foi, je l’ai déjà dit ailleurs, ce n’est jamais du tout cuit :

C’est comme une graine de grâce en notre cœur, il faut tout mettre en œuvre pour l’aider à germer, à grandir… et, parfois, on a beau tout mettre en œuvre pour qu’elle pousse, cela ne marche pas bien et on ne comprend pas pourquoi.

 

La foi, parfois, souvent, c’est de nuit.

C’est ainsi.

Et, chez nous, humains, la nuit, c’est souvent le moment des luttes et des doutes…

Et il n’y a pas un doute, il y en a pleins, autant que d’êtres humains.

 

Mais la nuit n’est pas le moment pour changer de cap, y compris pour rejeter ce qui fut fait, 

Mais le doute n’est pas le moment de lâcher,

Mais le combat n’est pas le moment d’abandonner.

 

Tu as reçu ce corps : il t’est aussi donné pour lutter ;

Avec l’aide de ton cœur et de ton âme.

Tu as tout cela pour prier.

 

Tu as peut-être mal de douter, et pourtant, c’est paradoxalement le moment d’avancer, un peu plus.

La foi, quoi qu’on en dise, ce n’est pas avant tout la certitude, c’est la confiance,

La confiance de faire ce pas dans la nuit, même si tu ne vois rien, osant croire qu’Il est là, prêt à Te récupérer, tendrement, comme un Père,

L’audace de la prière quand personne ne semble là, à t’écouter, 

L’audace du cri vers Lui, quand tout semble désespéré et insoluble,

L’audace de l’agenouillement devant l’invisible quand tout paraît sombre,

L’audace du « je crois », malgré…malgré tout. Car Il est là. 

Comme un petit pas à faire, même s’il coûte bien plus parfois qu’un long périple.

 

Et peut-être que certains jours, ta foi vacillera encore plus et que rien ne te semblera plus possible :

Il restera alors la foi et la prière de tes frères : 

Leur foi qui te redira le Roc du Christ sur lequel notre vie est fondée,

La prière qui sonnera comme un cadeau de leur amitié et te redisant la plus grande Amitié sur laquelle on puisse compter, celle qui a l’unique saveur de Charité.

 

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