Et pour une fois, au lieu d’effleurer simplement mon « moi », ce billet en sera barbouillé jusqu’à plus soif… à moins qu’il ne le soit de la grâce de Dieu. Ou des deux.

 

                Je suis née dans une famille catho-aristo-pas-croyante-pour-2-poils, avec en sus des parents divorcés en bas-âge, pas trop contents de ce que l’Eglise disait d’eux (enfin, ce qu’ils croyaient que l’Eglise disait d’eux, mais c’est un autre débat).  C’est dire si la foi, à la maison, c’était ça… La messe étant gamine, c’était celle de Noël quand j’étais chez maman sinon non ou parfois avec les grands-parents l’été. Bref, je ne vais pas vous raconter ma vie quand même. Quand j’ai eu l’âge, avec un an d’avance comme à l’école pour faire pareil, l’on m’a mise au caté parce que « ça permet d’avoir des valeurs et une culture », puis parce que ça se faisait dans ma famille : « ma fille, je t’oblige juste à aller jusqu’à ta profession de foi ». Ok.

 

                Bon, le caté, c’était cool, mais, entre nous, j’ai jamais vraiment accroché, je m’éclatais à apprendre par cœur les prières affichées au mur. Et, en CM2, le vicaire qui nous faisait le caté a demandé des jeunes pour servir la messe. Je me suis dit : « Ah tiens ? ». Inutile de dire que je n’en étais pas à me dire « oulàlàlà, ça va être rigolo de prendre la place des garçons ! », ça me semblait naturel, logique. Alors, je me suis installée dans la sacristie et, depuis, je ne l’ai jamais plus vraiment quittée.

 

                Dans le groupe qui se constituait et que je rejoignais, il y avait des filles et des garçons. Et, non, messieurs-dames qui en êtes persuadés, les gentes demoiselles n’ont pas fait fuir les garçons… et réciproquement d’ailleurs. Et cela dure depuis 1994 ! Donc, alléluia, c’est possible !

 

                Ce que je découvrais ? Ca fait trop de dire « Dieu » ? C’est pourtant cela, ou plutôt, c’est bien Lui. C’est là, au pied de l’autel, que j’ai grandi, c’est là, proche de Jésus dans l’Eucharistie que j’ai découvert la Foi catholique. Vous qui prêchez la séparation des rôles, inutile de vous dire que je ne conteste pas la beauté, ni l’utilité d’un « service d’assemblée » mais… quid des cas comme le mien ? On m’aurait proposé cela, je ne serais pas venue, c’est évident. Et je ne suis pas isolée : la richesse du groupe dont je suis aujourd’hui l’humble et heureuse responsable, c’est d’avoir ces jeunes aux parcours différents. Garçons et filles, petits et grands, venus de milieux ultra-cathos ou… pas du tout. Une de nos jeunes s’est faite baptiser au caté parce qu’elle avait vu les jeunes de notre groupe servir à l’autel et qu’elle voulait les rejoindre.

 

                Ca, c’est du vécu. Après, on peut creuser : excusez-moi, mais pourquoi est-ce ici précisément que l’on tiendrait à instaurer une différence hommes-femmes ? Pourquoi la complémentarité hommes-femmes se situerait-elle explicitement au niveau du service de l’autel (service de l’autel autorisé aux filles sous certaines conditions, mais permis tout de même, rappelons-le : nous sommes dans l’obéissance de ce côté-là) qui serait une prérogative spécifiquement masculine ? Cela me semble un argument spécieux… qui tient, souvent, à plus de peur qu’autre chose.

 

                Il ne s’agit pas de faire miroiter aux filles de « faire comme les garçons », encore moins de leur croire qu’un jour, elles seront prêtres. Non. Comme j’avais commencé à l’écrire dans un commentaire, il s’agit ici d’accueil, d’exigence et, bien sûr, de liturgie. Accueillir chacun en plénitude, c’est-à-dire comme l’être humain formidable qu’il est, à l’image de Dieu, homme ou femme, avec ses qualités et ses défauts. Accueillir ainsi le jeune qui nous est confié et, peu à peu, le faire entrer dans cette formidable catéchèse « en images et en paroles » qu’est la liturgie.

 

                Mais cela ne se fait pas sans exigence : chacun, garçon ou fille, s’engage pour de bon dans ce groupe qui se veut une petite école de vie chrétienne. Au bout d’un an, s’il ou elle le souhaite, il est possible de solenniser cet engagement « au service », dans notre petit groupe… il s’engage à un service régulier et à participer à tout ce qui fait notre vie de groupe : réunions de formations, réunions festives, sorties, pèlerinages. Ce n’est pas rien dans la vie d’un jeune que tout cela ! Exigence aussi au niveau de la liturgie : assurer une formation sérieuse et servir avec sérieux, en s’apercevant combien cela aide aussi l’assemblée à prier ! Personnellement, la liturgie, c’est devenu ma passion (...avec la littérature) et j’ai été vite passionnée par les richesses des rites offerts par l’Eglise !

 

Quant à la question vocationnelle, un accueil comme celui dont je parle prouve que cela n’empêche pas les questions de ce côté-là et loin de là même ! Penser qu’un garçon qui ne verra jamais de filles pensera de façon plus simple au sacerdoce me semble tout simplement… dangereux ! Vivre la mixité confiante au sein d’un groupe me semble préférable, et de beaucoup. Et, aussi proches de l’autel, les uns comme les autres, comment ne pas penser que cela aidera à discerner l’endroit où ils seront un jour le plus heureux ?

 

                Voilà quelques éléments d’une jeune adulte qui regarde son parcours avec joie. Qui regarde grandir « ses » jeunes (ils sont pas à moi, hein, mais…) avec joie. Qui regarde toujours avec un peu d’anxiété les effectifs grandir d’année en année – car  c’est 45 que nous serons cette année – mais aussi avec de la joie : le Seigneur appelle encore et toujours à son service ! Et cela concerne tout le monde !

 

Et moi ? J’ai grandi là, dans cette sacristie, dans cette petite famille sur laquelle je savais toujours pouvoir compter : je la sers aujourd’hui comme responsable, heureuse de transmettre ce service qui a façonné ma jeunesse. Bien sûr, après cette expérience fondamentale, initiale et centrale du service, d’autres expériences spirituelles et des rencontres ont eu lieu qui, ensemble, m’ont peu à peu conduites à être celle que je suis aujourd’hui et celle que je deviendrai demain, là où Dieu me mènera.

 

Bref, Je ne suis pas féministe. Je ne suis pas progressiste, je ne suis pas traditionnaliste. J’essaye, difficilement, en chutant, d’aimer un Dieu qui m’aime : je suis juste catholique. Et c’est sans doute la plus belle chose de ma vie.

 

Isabelle