Zabou the terrible

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C’est évident mais pas tant…

 

Quand un livre commence par « contre », j’ai tendance à me méfier, à me demander quel manifeste étrange l’on me proposera encore pour démolir ce qui semblait tenir debout jusque là : comme s’il était honteux d’oser affirmer un jour que l’on est « pour » ! Pourtant, ce livre-là, je tenais à le lire tant j’avais apprécié l’auteur d’une parole osant la différence et dont le ton sonnait si juste dans Le Corps bouleversé, sur un tout autre sujet, pas vraiment évident pour le coup. Alors, j’ai ouvert Contre le Dieu des évidences.

 

Et j’en ressors mitigée : non, décidément, je n’aime pas cette volonté de tout  déconstruire, cette façon d’appliquer la tabula rasa systématiquement, avec cette rengaine qui rythme toutes les fins de chapitres : « c’en est fini de…. La voie est libre ». Ne lui faisons toutefois pas un faux procès : l’auteur démonte superbement les illusions, certaines visions trop étriquées que nous avons de la foi, à grand renfort de citations ce qui ne peut que plaire à la littéraire que je suis. Et l’on trouve des pages magnifiques, éclairantes de clarté, simples de lucidité. Celle-ci par exemple, à la fin du chapitre VIII :

 

« Quelque chose de divin qui en passe par la familiarité des tournures et des bizarreries d’accents de nos langues.

 

Dieu a choisi pour langage un Galiléen avec cet accent qui ferait rire en ville si ce qu’il disait ne tombait de si haut.

Jean Grosjean

 

Cet accent qui ferait rire en ville : la Révélation n’emprunte pas d’autre voie. L’écriture et le corps. Chemin dérisoire et glorieux. Comme le Dieu ineffable qui entre en humanité. Ce qu’il a à nous dire se perd dans nos phrases incertaines. »

 

Mais non… malgré tout, cela ne me va décidément pas comme visée. Nous sommes tous enclins à nous faire des représentations de Dieu, qui varient, qui tombent, qui s’évanouissent soudainement : je crois qu’elles sont aussi constitutives de notre Foi, comme autant de marques, de cicatrices même de nos vies avec Dieu.

 

Il est certes louable de chercher la voie la plus juste mais elle n’est peut-être pas dans le déblayement de ces idées que l’auteur combat : si elles furent ressassées ces idées de Dieu, elles ne me semblent même plus si dominantes aujourd’hui. De nos jours, n’est-ce pas plutôt la sécularisation massive qui rouille nos âmes tout en leur donnant la chance de s’ouvrir à d’autres dimensions plus qu’un engoncement dans des idées prêtes-à-penser qui prédomine ? Et puis, quelle place y a-t-il ici pour une polyphonie d’idées et de sensibilités qui ne serait pas là pour démolir mais bien simplement pour construire de concert ?

 

Tout cela fait que je ne puis aimer pleinement ce livre : il y manque en fait ce qui rend vrais nos moments d’« évidences » de Dieu comme nos pires moments de désolation : cette relation personnelle, ce tutoiement intime sans lequel rien ni personne ne saurait exister.

 

Commentaires

1. Le jeudi, décembre 23 2010, 00:54 par David

tout pareil, tout déçu

2. Le jeudi, décembre 23 2010, 08:54 par Corine

J'ai eu l'impression que l'auteur avait gommé mes dialogues avec Dieu. Elle a oublié que "mes" évidences étaient aussi "ma" foi.

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