Zabou the terrible

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lundi, septembre 21 2020

Covid et coeur abattu

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            C’est vrai que, pendant le confinement, des liens différents se sont tissés avec nos élèves, au gré de confidences qui excédaient parfois de loin les échanges que nous aurions eus en temps plus ordinaire : la vulnérabilité commune et l’éloignement physique, induit par les écrans et le téléphone, autorisaient des conversations profondes, où la pudeur s’estompait de temps à autre pour parler de ce qui était trop dur dans leurs vies. Il serait d’ailleurs intéressant de relire à cette aune le confinement et je me demandais également, après avoir traversé ensemble tout cela, comment seraient les relations à la rentrée. 

 

            Dans les couloirs, c’est facile en échangeant quelques mots ; dans ma propre classe, j’en ai quelques-uns qui sont « anciens » élèves de l’an passé mais pas trop : cela va bien mais il est vrai qu’il y a quelque chose d’une confiance plus profonde qui s’est établie. Parmi ceux-ci, il y a un filou au grand cœur, malin, intelligent, quelques soucis de discipline mais jamais rien de grave et plutôt envie de lui tirer les oreilles quand ça lui arrive pour le remettre sur le droit chemin. Sa situation personnelle, comme beaucoup de mes élèves, comporte des traits à faire pleurer dans les chaumières : sauf qu’il ne s’agit pas d’un moyen télévisuel facile pour provoquer la compassion, c’est juste la vérité. 

 

            Nous avions parlé ensemble déjà du virus qui nous préoccupe parce qu’on savait, lui comme moi, à quel point dans son cas c’était particulièrement dangereux : sa mère l’élève seule et elle est malade. Alors s’il y en a bien un qui ne rigole pas quand je grogne et vitupère avec ardeur dans les salles pour obtenir le port du masque par tous -et-pas-en-mode-glissé-par-dessous-le-menton-zut-à-la-fin !, c’est bien lui. 

 

            Or, vous voyez, c’est notamment un de ces gars que j’ai embarqués sous le bras (enfin, euh, métaphoriquement) tout à l’heure parce qu’il n’allait pas bien du tout et que cela ressemblait bigrement toujours à un certain virus. J’étais bien embêtée et j’ai carrément eu le cœur fendu quand il m’a dit ce à quoi je pensais déjà : « Madame, vous savez… enfin, vous savez : si j’ai ça, je ne veux vraiment pas le transmettre à ma mère ».  

 

Alors, oui, je râle et continuerai à râler sur les mesures non prises ou non respectées, sur la croissance du virus dans nos établissements scolaires (tenez, allez voir cette carte collaborative par exemple : https://www.google.com/maps/d/u/0/viewer?mid=1qSrisw1eZhc_imfnmmIvqeq9jjZG7VY1&ll=48.390625604709925%2C6.537248840773245&z=4 ) mais ce n’est pas que pour le principe : c’est aussi parce qu’au-delà de la santé qui reste un enjeu crucial et clairement urgentissime, ils broient les cœurs de ces sacrés lascars qui sont mes élèves, qui peuvent être les vôtres, vos enfants ou ceux de vos proches. 

 

Je crois d’ailleurs aussi que, dans cet amour manifesté, il y a quelque chose de sacré, un peu du Seigneur à travers les plaies de l’inquiétude, et sans doute cela me donne-t-il de l’espérance : parce que ma foi me dit que cet amour-là ne sera jamais perdu ; parce que je crois aussi que le Seigneur, même s’ils ne Le connaissent pas, est auprès d’eux deux, comme de tous ces « petits » qui sont Siens, même si c’est de nuit, même si c’est en apparence de loin, mais Il n’en demeure pas moins là, tout proche du cœur brisé et de l’esprit abattu. 

 

mercredi, juillet 1 2020

Ablutions hydro alcooliques

http://idata.over-blog.com/0/58/78/88/Christ-porte.jpg

 

            Depuis la reprise des messes avec assemblée, je suis la personne qui fait souvent « pschitt pschitt » aux messes de semaine, comprenez la personne qui lave les mains des paroissiens avec du gel hydroalcoolique. Forcément, ce geste n’a pas été sans me faire me demander quel sens on pourrait lui donner, au-delà de la simple norme sanitaire. 

 

            J’ai d’abord pensé au lavement des pieds mais pas la même classe que Jésus qui y révèle tout entier ce que nous sommes appelés à faire : être aux pieds de nos frères pour les aimer et les servir. Mais là, ce n’est pas franchement cela qui est en jeu. 

 

Ensuite, j’ai pensé à la pécheresse chez Simon (Lc 7, 36-50). « Toi, tu n’as pas lavé mes pieds » s’exclame Jésus à Simon le Pharisien en comparaison de la femme pécheresse jugée avec mépris par celui-ci qui non contente de laver les pieds de Jésus, les essuie avec ses cheveux et les embrasse. Geste d’hospitalité que de laver les pieds après une longue marche dans la poussière du chemin… qui est en plus allé pour la femme jusqu’à ce geste d’amour. Mais y a-t-il mesure dans l’amour ? Sans aller jusque-là, celui qui vient à la messe ne pose-t-il pas un acte de foi, cette foi qui sauve la pécheresse pardonnée ?

 

            Dans une période plus récente, ce sont les mains qui ont été / sont lavées en signe d’hospitalité, bien au-delà d’une simple contrainte sanitaire : dans de nombreux monastères bénédictins, le père abbé lave les mains aux hôtes en signe d’accueil au réfectoire. Il faut dire que la règle demande d’accueillir chaque hôte comme le Christ lui-même, ce qui n’est pas rien ! Dans des traditions plus orientales, on lave les mains aux hôtes : certes parce qu’elles serviront à manger, certes pour purifier mais c’est aussi un vrai acte d’accueil et d’hospitalité. Je garde un souvenir ému de ce geste presque ritualisé qui était parfois fait par certaines familles au Maroc : il y a quelque chose de très touchant à se laisser laver les mains. 

 

Bien sûr, nos ablutions au gel hydroalcoolique n’ont pas tout à fait la même saveur. Et pourtant, et si les normes sanitaires étaient un appel profond, pour chacun, à renouveler notre accueil en Église, et à être capable de voir dans mon frère le Christ qui se rend présent ? Sois le bienvenu, toi/Toi qui te rends chez toi/Toi !

 

lundi, juin 29 2020

A fleur de peau, à fleur d’âme

https://i0.wp.com/www.enrevenantdelexpo.com/wp-content/uploads/2018/11/Jean-Bazaine-Chant-de-laube-II-1985.jpg?w=351&is-pending-load=1#038;h=536&ssl=1Jean Bazaine, Chant de l'aube II, 1985

 

 

Variation à partir de l’évangile de vendredi dernier : la guérison d’un lépreux (Mt. 8, 1-4)

 

            Plusieurs fois dans la Bible, il est question de lépreux, ces hommes atteints d’une terrible maladie qui les ronge, en commençant par la peau. 

 

            Or, la peau, c’est notre interface avec le monde. Elle est le lieu, même quand on n’y pense pas, où s’exerce notre rapport physique premier au monde. Alors le lépreux de l’évangile est très largement un exclu : exclu parce que contagieux, exclu parce que considéré comme impur, exclu parce que son rapport au monde n’est finalement plus plénier… Sa peau est blessée et malade, elle devient insensible et s’effrite, comme un symbole de sa relation à l’autre presque réduite à néant. 

 

Là où personne ne souhaite l’approcher, là où tout le monde oscille entre mépris et peur, Jésus, Lui, s’approche. Pire encore, loin de se tenir à 1m, Il ose et risque pleinement la relation : Il vient le toucher, le guérir et le purifier. 

 

Aujourd’hui, en temps de pandémie, nos touchers se sont faits plus rares et, avant nos rares contacts, nous devons même nous protéger d’un gel frotté vigoureusement. C’est sagesse tant que le virus circule et, pourtant, nous ne devons pas entrer à cause de cela dans des relations aseptisées, qui seraient moins vraies, qui se feraient insensibles et s’effriteraient. 

 

Il est alors probablement tout spécialement bon de contempler le Christ touchant, guérissant et purifiant car Il est celui qui nous guérit à notre tour du risque de relations faussées. En nous laissant toucher par Lui, nous sommes aptes à inventer d’autres moyens, malgré les gestes protecteurs, pour entrer en relation avec l’autre. Il est Celui qui nous donne d’entrer dans des relations saines, Il est Celui qui fait retrouver la souplesse à notre peau toute protégée, loin des sécheresses et de la peur du contact : Il casse tout risque de repli et fait entrer toute relation  dans le jeu et le risque amoureux, où l’on ne s’aventure que par le don, et ce malgré le gel et les masques.