Zabou the terrible

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vendredi, septembre 5 2014

Péguy le mystique et l’antimoderne – en l’honneur du centenaire de sa mort

 

« Charles Péguy a vécu pour l’humanité et il est mort pour défendre la conception grotesque qu’avaient de l’honneur national les pires de ses compatriotes. »

 

Notice nécrologique de Charles Péguy par Walter Benjamin (traduite par Hella Tiedemann-Bartels)

 

 

 

 

 

Afin de valider mon UE d’allemand en master 2, j’avais réalisé à l’époque un mini-mémoire sur « la réception critique de Charles Péguy par Walter Benjamin ». En ce 5 septembre 2014 où nous rappelons la mort de ce grand écrivain français, je publie ici en guise d’hommage quelques extraits de ma dernière partie d’alors, intitulée « Rechtsdenken ? La réception d’un écrivain pour qui la politique est une mystique » et de ma conclusion qui ne manquent pas de lien avec les sujets habituels de ce blogue. Attention, c’est un peu long : mais Péguy mérite bien qu’on s’y arrête !

 

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jeudi, avril 10 2014

D’émois de Toi

 

A chaque fois, quand je prends une douche là-bas, je me rappelle des copains, d’une retraite ensemble et de ce délire-là d’imaginer, à chaque fois, les moines en train de suer à la tâche et de nous maudire quand nous avions besoin d’eau chaude ;

A chaque fois que je prends une douche là-bas, je pense à cela et j’explose de rire toute seule sous la douche.

 

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dimanche, février 16 2014

"Go to bed !" dit Dieu

Quelques simples paroles d'invitation à l'abandon mises dans la bouche de Dieu par Péguy : 

"Le sommeil est peut-être ma plus belle création. 

On me dit qu'il y a des hommes 

Qui travaillent bien et qui dorment mal. 

Qui ne dorment pas. Quel manque de confiance en moi ! 

C'est presque plus grave que s'ils travaillaient mal mais dormaient bien. 

Je les plains. Je leur en veux. un peu. Ils ne me font pas confiance. 

Comme l'enfant se couche innocent dans les bras de sa mère, ainsi ils ne se couchent point

Innocents dans les bras de ma Providence. 

Ils gouvernent très bien leurs affaires pendant le jour. 

Ils ne se résignent point à en confier le gouvernement à ma sagesse 

L'espace d'une nuit à m'en confier le gouvernement. 

J'en administre bien d'autres, pauvres gens, je gouverne la création, c'est peut-être plus difficile. 

Vous pourriez peut-être me les remettre l'espace d'une nuit. 

L'espace que vous dormiez

Enfin

Et le lendemain matin vous ne les retrouveriez peut-être pas trop abîmées". 

mercredi, octobre 2 2013

Quand un homme a été aimé de cet amour-là



"Mais quand un homme a été aimé de cet amour-là

il en garde le souvenir, 

et ce souvenir devient à son tour

comme un pressentiment de l'amour de Dieu." 

Madeleine Delbrêl

samedi, février 2 2013

A Dieu, père

 

 

 

Il est parti hier…

Je m’y attendais et même, je crois que je le savais.

Mais ça m’a valu une journée sonnée, à carburer au café serré.

 

Il est parti hier…

Je crois que je ne réalise pas bien encore.

Pour l’heure, à la paroisse, je m’attends encore à le trouver là, dans son fauteuil ;

Je vois presque encore sa démarche, ses gestes là, à poser sa canne contre l’autel, à saisir le pied du micro pour s’aider à marcher…

 

Tout à l’heure, j’ai fermé les yeux quelques instants devant le chœur,

Je pouvais réentendre en moi sa voix assez rauque,

J’y suis toujours sensible aux voix parce qu’elles portent beaucoup de la vie d’une personne en elles :

Chez lui, c’était beaucoup de souffrances.

 

Puis je suis allée discrétos devant le tabernacle, Te le confier.

 

Cela doit faire une dizaine d’années qu’on se connaissait

Et qu’on a beaucoup partagé : juste quelques mots quand on se croisait puis bien plus quand, en septembre 2006 je suis devenue responsable des servants d’autel avec deux autres et lui l’aumônier.

Au fil des ans, il était devenu un ami.

Pourtant, je ne me suis jamais sentie pleinement en « harmonie » sur le plan spirituel avec lui,

Préférant le léger retrait contemplatif à la fougue de la harangue : question de sensibilité.

Et finalement, on n’en a toujours que peu parlé, ou avec beaucoup de pudeur,

Mais on a bossé ensemble, des heures et des heures durant,

Mais on partageait la même passion de la croissance des jeunes,

A plein cœur,

A Ton service, Seigneur…

 

Devant le tabernacle me reviennent tant d’images :

De pèlerinages, de célébrations, de coups de gueule aussi.

Tous ces souvenirs de groupe, ici et ailleurs, tellement heureux ;

Puis aussi tous ces souvenirs plus personnels :

Cette fois-là où il m’avait raconté une partie très douloureuse de sa vie,

Ces divers moments où tout le monde croyait qu’il allait mourir et où il était déjà si faible à l’hôpital, branché de partout ; 

Cette annonce-là que j’ai tant tardé et peiné à faire et qu’il avait devinée ;

Ces communions portées à l’hôpital ou chez lui quand il était très bas – c’est à lui que j’ai porté pour la 1ère fois la communion à un malade et je ne saurais l'oublier – si pleines de Dieu ;

Ces coopérations entre nous quand on repérait qu’un de nos jeunes n’allait pas bien,

Et tant d’autres.

 

Enfin, c’était une vie, et une vie de prêtre.

Aujourd’hui, il y a à prier ;

Aujourd’hui, il y a notamment les larmes d’une cinquantaine de jeunes à essuyer, pour continuer.

Aujourd’hui, il y a désormais à s’appuyer sur son intercession pour que ce qu’il a entrepris puisse croître et se multiplier,

Fécondité de sa vie chez les autres, dans la Paix et l’Amour du Seigneur, 

En attendant de nous y retrouver : à Dieu, père.

 

dimanche, janvier 13 2013

Bernanos, ou la joie éclatante au cœur des ténèbres


 

Mettre une simple citation de Bernanos sur Facebook éveille parfois une discussion inattendue… d’autant plus quand elle est avec un de ses oncles ! Je ne vais pas rentrer dans les détails ici mais tout a eu pour source cette citation du Journal d’un curé de campagne que je trouve magnifique et qui s’adaptait à mon état d’esprit. Je cite donc :

 

« Mais c’est du sentiment de sa propre impuissance que l’enfant tire humblement le principe même de sa joie. »

 

Mon oncle a rebondi sur différents points mais, quant à l’auteur en lui-même, il disait : « Bernanos est un romancier du ressentiment, de la culpabilité et du désespoir » alors, que pour moi, Bernanos est le romancier de la joie ! D’ailleurs, l’un de ses romans porte même ce titre et je ne crois pas que ce soit un hasard.

 

L’ambiance des romans de Bernanos est certes lourde et pesante à chaque ligne comme si la bourbe du Mal et du péché empêchait aux phrases de prendre leur envol. Y percevoir la joie semble peu aisé car il ne s’agit pas d’une joie légère ou superficielle, il ne s’agit même quasiment pas d’humour dans ses romans et dans celui-ci en particulier – quel triste sire en apparence que le pauvre curé d’Ambricourt !

 

Et pourtant, et pourtant … « l’enfer, c’est de ne plus aimer » dit-il à la comtesse lors de leur mémorable entretien ! Et que lui répond-elle dans sa dernière lettre ? « Je ne suis pas résignée, je suis heureuse. […] J’irai me confesser demain à l’abbé X… [ …] J’ai péché volontairement contre l’espérance, à chaque heure du jour. » N’est-ce donc pas le curé qui la rend à la vraie joie ? En lui montrant qu’elle peut déposer, et donc dépasser aussi bien sa douleur de mère que le poids de son péché ? Que l’espérance est plus grande, que le bonheur est plus vaste ?

 

Et le curé est-il si triste pour s’exclamer en mourant, à l’instar de la petite Thérèse : « tout est grâce » ?

 

Alors que dire de cette citation si ce n’est que je la lis comme un appel à nous tourner humblement, les mains vides vers Dieu pour qu’il nous comble de joie ?

Encore plus profondément : comme un appel à savoir que nous n’avons rien à nous pour Le laisser emplir notre existence ?

« Te ipsum tibi reddam quando te mihi reddidero » (« Je te rendrai à toi-même lorsque je t'aurai rendu à moi ») fait dire à Dieu saint Augustin.

Impuissants… mais pouvant tout en Dieu !

 

jeudi, janvier 26 2012

Lire, relire Claudel

Paul Claudel, ce fut d’abord l’éblouissement d’un poème-prière à l’issue d’une messe familiale, alors que j’avais 14-15 ans.

 

L’éblouissement d’une parole tellement belle, sonnant si juste, qui me disait l’importance du regard, qui me disait Marie, qui me disait l’importance de se tenir là, même à n’en savoir bafouiller qu’un merci :

 

« Je n’ai rien à offrir et rien à demander.

Je viens seulement, Mère, pour vous regarder.

 

Ne rien dire, regarder votre visage,

Laisser le cœur chanter dans son propre langage ! »

 

Après quelques extraits poétiques lus de-ci de-là, ce fut ensuite le dramaturge que je découvris au fil des ans : cette Annonce faite à Marie tout d’abord, qui me marqua sans me rester impérissable et surtout ces œuvres qui me bouleversèrent que sont Tête d’or et Le Soulier de satin. Je ne pense d’ailleurs toujours pas maîtriser la dernière, après l’avoir lue, après l’avoir étudiée, après l’avoir relue, encore et encore… C’est un peu, selon moi, l’un des mystères de Claudel.

 

Œuvres dont le désir ardent qui les habite venait si souvent rejoindre les questions brûlantes de mon âme encore adolescente.

Œuvres qui m’ouvraient si curieusement à l’autre, à Dieu, par des chemins de traverse. Je ne suis jamais sortie tout à fait indemne de leur lecture. Et, bien souvent, aujourd’hui encore, ces « vers » si particuliers me montent à la bouche et au cœur.

 

Pourtant, Claudel sort souvent les machines bien lourdes, bien pesantes : on sait ce qui va se passer. Et je craignais en rouvrant l’autre soir L’Annonce faite à Marie de n’y voir plus qu’un mystère sordide, une première pièce jouée d’un auteur, vidée de toute sa grâce adolescente.

 

En relisant L’Annonce faite à Marie, j’ai redécouvert cette pesanteur terrestre, oui, ces ressorts bien visibles, a fortiori pour un lecteur familier de la Bible… Mais j’y ai aussi lu la grâce ; Et je me suis laissée portée par ces « versets », ces mots libres courant au fil de la plume… Et je me suis laissée touchée par ces phrases qui m’accrochaient parfois au détour d’une motte de terre ; joyeusement ou inconfortablement. Tiens, comme celles-ci :

 

Pierre de Craon : « La sainteté n’est pas d’aller se faire lapider chez les Turcs ou de baiser un lépreux sur la bouche,

Mais de faire le commandement de Dieu aussitôt,

Qu’il soit,

De rester à notre place ou de monter plus haut. »

 

Anne Vercors : « […] Et non point de charpenter la croix, mais d’y monter et de donner ce que nous avons en riant !

Là est la joie, là est la liberté, là la grâce, là la jeunesse éternelle ! »

 

 

Ou d’autres, de nombreuses autres encore, que ma pudeur de lectrice m’interdit de recopier car elles me parlent à moi comme elles vous parleraient autrement.

 

Et je me suis rappelée à cet instant que l’écriture poétique de Claudel était tout entière fondée sur une musicalité particulière : celle de la respiration, celle du souffle.

 

Et je me suis dit qu’il était bon de lire, mais peut-être surtout de relire Claudel, à différents moments de nos vies : pour confronter son souffle à celui qui nous habite à ce moment-là, notre respiration pesamment humaine, et, écouter aussi, dans l’interstice des mots, au gré de ceux-ci, résonner cet autre Souffle, virevoltant, allant et nous menant là où on ne l’attendait pas.