Zabou the terrible

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samedi, mars 31 2018

Dans le désert - 5

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Autre caractéristique du désert : le silence. Pas ce faux silence de nos rues animées quand elles commencent à s'endormir et à s'assourdir mais un silence complet, presque parfait, dense et profond. 

Grâce à lui, il semble plus aisé d'écouter le Seigneur dans notre coeur et les lectures de la Bible au désert semblent effectivement résonner plus profondément. 

J'aurai toujours dans mon coeur, justement, une messe célébrée à l'aube dans le désert marocain : sept personnes, pas plus, dont le célébrant. Pas grand chose à voir, un simple corporal posé sur le sable, une gourde comme burette, mais du pain, mais du vin et nous tous autour, assis comme nous le pouvions dans le creux d'une dune. Dans l'immensité désertique silencieuse, Dieu se rendait présent et c'était simplement fabuleux. 

Il n'y avait pas besoin de mots supplémentaires, le silence du désert était particulièrement de mise : Dieu était et cela suffisait. Foin des bavardages, Il était, Il voulait demeurer chez chacun de nous. Je fus plus éblouie par cette certitude confiante que par le soleil. 

Aujourd'hui, Samedi Saint, jour par excellence du silence, je repense à cela... Je ne peux reproduire ce silence, le bruit de la ville vient à moi et puis les pensées futiles sont moins aisément envolées. Mais Dieu est au tombeau, mais cette nuit, nous célébrerons sa résurrection et encore et toujours davantage le fait qu'Il veuille habiter chez nous, ressuscité, pour nous envoyer proclamer, bien plus fortement que tous les bruits, Sa Bonne Nouvelle. 

lundi, mars 12 2018

Dans le désert - 4

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Août 2017, désert du Néguev, lecture de l’Exode : les conditions sont campées pour comprendre qu’il fait chaud, très chaud, trop chaud et que c'est en réalité le but que nous le faire éprouver. 

 

Alors, lors d'une longue marche, à l’issue du déjeuner frugal et, hélas, sans manne, un point sur l’eau a été fait. A qui en restait-il ? Qui n’en avait plus ? Nous étions partis avec 3 ou 4l d’eau par personne le matin mais chacun réagit différemment face aux hautes températures – par exemple, je ne bois jamais beaucoup (oui, je sais que je devrais). Ainsi, pour finir notre chemin désertique, nous avons été mis en binômes, l’un ayant de l’eau, l’autre n’en ayant pas.

 

Ayant encore presque 2l., je fus mise en binôme avec une dame n’ayant plus qu’une goutte… et nous qui ne nous connaissions pas vraiment encore, nous voici lancées pour faire un bon bout de chemin ensemble. Et nous voici parties à deviser joyeusement de nos vies, de Bible, de Dieu même, un peu puis beaucoup, avec une profondeur confiante assez rare pour des personnes qui ne faisaient que vivre dans un même groupe depuis trois jours, de pays différents, d’âges différents, d’états de vie différents, qui plus est dans un état physique pas possible de puanteur après deux jours dans le désert (mais ça, nous ne nous en rendions heureusement pas compte). J’ai partagé mon eau, elle a aussi partagé généreusement sa vie et sa foi : personne ne donnait plus que l’autre, nous marchions simplement en apprenant à nous recevoir mutuellement comme dons de Dieu. Plus largement, après avoir murmuré de faim et de chaleur comme les Hébreux dans le désert, nous faisions l’expérience de nous laisser unifier les uns avec les autres, les uns par les autres et par Lui : ensemble, nous devenions un vrai groupe. 

 

Si, autour des puits, nous le savons bien, il est souvent question de mariage dans la Bible, j’ai pu constater qu’autour de l’eau, il est tout de même bien question d’Amour et de vie. Et cela était bon.

 

Et si vivre le désert, c’était laisser de la place pour mieux vivre chaque rencontre comme un don de Dieu ? Comme une Rencontre ?

 

dimanche, février 25 2018

Au désert – 3

Vivant présentement moi-même le vivifiant désert de la retraite, un petit billet programmé… parce qu’il est parfois tentant de chercher le Seigneur toujours ailleurs, dans un lieu de pèlerinage, de désert ou de retraite (eh oui !), alors que ce lieu est avant tout au plus intime de nous-mêmes. Ici, c’est Grégoire de Nysse qui s’exprime dans une lettre au sujet de ceux qui tiennent absolument à aller en Terre Sainte : à transposer à tous nos désirs volontaristes ?

 

« Qu’aura de plus celui qui s’est rendu en ces lieux, comme si, jusqu’à ce jour, le Seigneur vivait corporellement en ces lieux et qu’il soit absent de chez nous, comme si le Saint Esprit abondait chez les habitants de Jérusalem et qu’il lui soit impossible de venir chez nous ? (…) Un changement de lieu ne procure aucun rapprochement de Dieu mais, où que tu sois, Dieu viendra vers toi, si la demeure de ton âme est trouvée telle que le Seigneur puisse habiter en toi et y circuler. (…) Conseille donc aux frères, mon cher, de quitter leur corps pour aller vers le Seigneur, et non la Cappadoce pour aller en Palestine ».

 

jeudi, février 22 2018

Au désert - 2

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Quand on parle de désert, on pense souvent "solitude" : c'est vrai et, en même temps, n'y a-t-il pas le corollaire de celle-ci, au sein de ce milieu hostile à l'homme ? Quand on parle de désert, ne devrait-on pas penser à "sollicitude", dans cet endroit qui oblige les êtres humains à se rapprocher, à veiller sur celui qui est à ses côtés ?  

Juillet 2008 - Maroc : week-end dans un cadre sablonneux aussi beau que cette photo du "Routard" avec une nuit à la belle étoile prévue. Nos amis et collaborateurs du quotidien, Marocains musulmans, avaient tout organisé pour que nous puissions vivre pleinement notre première expérience du désert : l'eau et la nourriture, certes, mais aussi tout ce qu'il fallait pour notre sécurité. Ainsi, afin que nous ne soyons pas assaillis par les scorpions, ils avaient pris soin de tracer un grand cercle à l'essence autour de notre bivouac. Et, le lendemain matin, à l'heure de la messe, au lieu de faire autre chose, ils étaient à quelques pas sur les dunes, en train de veiller sur chacun de nous. 

Août 2017 - Terre Sainte : Réveil matutinal, je m'étire. Mes voisins, tout de même à quelques mètres, me demandent si j'ai bien dormi. J'acquiesce, ils explosent de rire : j'apprends qu'un fennec a longtemps rôdé autour de moi dans la nuit et qu'il a fallu l'intervention de mes voisins de sommeil pour le faire arrêter de me renifler tant il était insistant ! 

 

Et si le Carême, avant de chercher la solitude du désert, c'était avant tout de grandir en sollicitude ? Nous vis-à-vis des autres ? Mais aussi de savoir admirer, au sein des milieux hostiles de nos vies, les marques de sollicitude qui nous parviennent ? 

Peut-être que le désert du Carême, c'est aussi l'occasion offerte d'un moment pour nous découvrir davantage frères, appelés à veiller les uns sur les autres, naturellement et amoureusement. 

lundi, février 19 2018

Au désert - 1

Deux fois, j'ai eu l'occasion de vivre un temps au désert : une fois dans le sud du Maroc, en juillet 2008, le temps d'un week-end de pause découverte dans notre temps de volontariat et d'amitié ; une fois trois jours dans le désert du Néguev, en Terre Sainte, en août dernier. J'aurai certainement une belle occasion d'aller découvrir un autre désert l'été prochain mais, en attendant ce futur voyage, ces deux expériences furent uniques en leur genre. Et nous, chrétiens, nous pensons souvent au désert lors du Carême car le Christ y fut 40 jours ! Voici ce qui était proposé dans l'évangile d'hier, 1er dimanche du Carême année B : 

Evangile de Jésus Christ selon saint Marc

Jésus venait d’être baptisé.
Aussitôt l’Esprit le pousse au désert
et, dans le désert,
il resta quarante jours,
tenté par Satan.
Il vivait parmi les bêtes sauvages,
et les anges le servaient.

Quarante jours de désert... Je n'aurai pas autant à en dire mais, pour méditer, je vous proposerai au long de ce Carême quelques billets de et du désert, parce qu'en Carême, nous n'en sommes jamais privés ! (Oui, bon d'accord, c'est très mauvais comme blague). 

 

Août dernier. Nous venions d'arriver en Terre Sainte et nous, groupe de "Bible sur le Terrain", nous ne nous connaissions pas encore. Mais voilà qu'à peine arrivés, nous avons été emmenés au désert pour y dormir, pour y prier, pour y vivre en y lisant la Bible. Il s'agissait durant ce premier jour de méditer sur les Commencements. 

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samedi, février 17 2018

Dans le secret de Son cœur

 

Pas de billet… mais alors, pas là pendant le Carême ? Si, je préfère chercher à christianiser mon usage de l’internet plutôt qu’en supprimer l’accès, mais en voyage scolaire au début de ce temps : au loin, dans la belle Andalousie, carrefour de la rencontre des cultures juive, musulmane et chrétienne, lieu où apprendre à mieux connaître celui qui diffère de moi.

 

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Et, durant ce temps, entrer en Carême pour la consacrée que je suis. Comment ?

Un temps, j’ai envisagé de jeûner comme l’Église le demande, comme je le fais habituellement, mais, avec 48 adolescents compliqués à gérer autour de moi, j’y ai renoncé : cela aurait été contraire à la plus élémentaire des prudences que ne pas chercher à être la plus en forme possible, pour mieux servir.

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Aller à la messe ? Mais quand aurais-je pu ? Certains m’avaient dit avant le départ que c’était facile : ils ignorent ce que c’est qu’accompagner un groupe hors pèlerinage chrétien. Alors, avant de partir, le samedi matin précédent, j’avais demandé à recevoir l’eucharistie hors messe comme pain et force de la route pour toute une semaine sans messe et j'en gardais le souvenir dans mon cœur, comme un trésor précieux. 

 

Entrer en Carême ?

Il ne me restait que le plus ordinaire de mes jours pour entrer en Carême bien pauvrement.

Ces jours qui ressemblaient parfois à des Cendres tant l’adolescence est un âge de construction souvent ingrat, souvent compliqué. Mais je sais bien que la finalité du Carême, c’est de mieux découvrir, sous ces Cendres imposées sur nos fronts au début de ces quarante jours, le feu de l’amour de Dieu.

Alors, tout mercredi, sans ces cendres, j’ai tout de même cherché à découvrir le feu de cet amour dans le cœur, dans la vie et dans les réactions parfois houleuses de ces ados qui nous étaient confiés. J’ai cherché à Le découvrir « caché au creux du monde comme un feu, puisqu’Il est avec nous ».

 

« Choisis en toute sécurité l’amitié du Christ. Il veut que tu Lui donnes l’hospitalité : fais-Lui un lieu (ps. 131, 5). Qu’est-ce que cela signifie : ‘fais-lui un lieu’ ? Ne t’aime pas toi-même ; aime-Le, Lui. T’aimer toi-même, c’est Lui fermer la porte. L’aimer, c’est la Lui ouvrir ».

(Saint Augustin, commentaire du ps. 131)

 

Exercice du regard, exercice du cœur, exercice de la prière : pour apprendre à mieux Le trouver pour mieux L’accueillir.

 

Mercredi des Cendres de pauvreté et de simplicité ;

Début de carême dans le secret de mon cœur,

Parce qu’Il est présent, agissant, aimant dans le secret du cœur de ces ados…

Ces ados aussi présents que toi ou moi, dans le secret de Son cœur.

 

Bon chemin de Carême à tous,

Tournés vers la joie de Pâques qui illumine déjà tout !

 

samedi, avril 15 2017

Méditation devant Son tombeau – Samedi Saint

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Samedi Saint au tombeau. Tout semble fini.

 

Comme souvent, je me demande ce que j’aurais fait, ce que j’aurais dit, ce que j’aurais pensé si j’avais vécu à l’époque du Christ. C’est sûr qu’en se plaçant a posteriori il est facile de fanfaronner : « moi, j’aurais gardé espérance et confiance car Il l’avait dit ! » mais, en termes d’héroïsme facile comme en termes de lâcheté, nous ne sommes souvent pas les derniers.

Comme Pierre, peut-être que j’aurais dit : « Même si tous viennent à tomber, moi, je ne t’abandonnerai jamais » pour renier ou désespérer – y a-t-il une véritable différence ? – quelques heures plus tard. Est-ce que, même, je n’aurais pas été déçue par celui que j’aurais alors suivi des jours et des mois entiers ? Celui qui avait des paroles comme nul autre : quand on les entend aujourd’hui, elles n’ont la saveur d’aucune autre, alors de Sa bouche, qu’est-ce que cela devait être ! Je m’imagine les buvant et les laissant me transformer jusqu’au cœur. Parce qu’en plus, Il les disait en m’aimant comme chacun de ses disciples !

 

Peut-être que, devant le tombeau juste clos, j’aurais vraiment dit : « tout est fini » mais avec cette nuance amoureuse que l’on a pour les gens aimés après leur décès : « qu’est-ce qu’Il était formidable ! ». Il ne reste en apparence rien d’eux, mais, au-delà des souvenirs, il reste, même pour ceux qui n’ont pas la foi, l’amour.

 

Je me dis que, devant cette fin sordide, la seule chose qui serait demeurée aurait été l’amour que j’aurais porté à Jésus… mais seulement, cet amour était encore l’amour humain, l’amour fini de l’homme, sans ouverture, confronté au blanc tragique du point final de la mort. Avec la pointe de déception que cette fin soit si banale et si moche pour un être si sage, si aimant et si aimé.

 

Aujourd’hui, on est capable de voir dans la croix le signe de l’amour. Le contemporain du Christ le samedi saint ne pouvait pas encore le savoir : il ne lui restait que son pauvre amour humain. Je me dis que c’est cela même que l’ouverture du tombeau le dimanche est aussi venu faire voler en éclats : l’amour ne fait pas que subsister après la mort dans la forme qu’il avait, comme une simple trace, l’Amour révélé par le Christ nous indique qu’Il est le seul passage pour ouvrir à la Vie.

 

Le Christ vient aussi en grand pédagogue transfigurer notre amour humain. Il vient faire exploser la finitude de notre propre amour, Il vient transfigurer tous nos enfermements, Il vient transformer nos sentiments encore si étriqués, si repliés, si pauvres, si ancrés dans le seul « moi ».

 

Devant l’obscurité fermée du tombeau, nous pouvons tout Lui confier car Il est là plus que jamais à prendre tout ce qui semble faussé dans nos vies, toutes nos morts, tout le « Shéol » de nos vies, magma indistinct de ce que nous aimons taire.

Car Il vient pour ouvrir tout ce qui est clos, tout ce qui est nuit, tout ce qui est mort de nos vies à l’unique Lumière de Son Amour.

 

 

 

mercredi, mars 15 2017

Le carême en pont de singe

 

Deux semaines de Carême : moment où l’on constate l’écart entre les envies fringantes du point de départ cendré et la réalité plus pesante de notre humanité, ô combien apprentissage d’humilité !

 

Quand les désirs de lenteur se font course,

Quand les désirs de silence se font bruit,

Quand les désirs de « moins » se font « plus »,

Quand les désirs de « plus » se font « moins »…

 

Et pourtant demeure, au-delà de nos entraînements balbutiants, le désir, intact, ce désir de Dieu mis en notre cœur qui nous a fait entreprendre la course. Grâce à lui, nous pouvons offrir :

A Toi ces imprévus !

A Toi ces pas rapides qui ne savent pas assez prendre le temps de s’arrêter,

A Toi ces paroles trop vite échangées, ces écoutes encore trop superficielles,

A Toi ces galères de mes élèves à porter,

A Toi ces silences tout de même pris, goûtés, savourés, parfois comme un peu dérobés,

A Toi ces « efforts », même ahanants, pour mieux Te servir…

 

Le carême, comme un pont de singe de notre désir de Dieu, bien mieux arrimé que tout ce qui semble bancal ;

Le carême, ce temps souvent tout bizarre et qui pourtant nous fait tout de même avancer,

Déjà passage qui nous fait mieux aimer.

 

dimanche, mars 5 2017

Que ma prière devant Toi s'élève comme l'encens

 

« Chacun de nous a en lui son holocauste, et il embrase l’autel de son holocauste pour qu’il brûle toujours. Pour moi, si je renonce à tout ce que je possède, prends ma croix et suis le Christ, j’offre un holocauste à l’autel de Dieu ; ou si je livre mon corps aux flammes en ayant la charité et obtiens la gloire du martyre, je m’offre en holocauste à l’autel de Dieu. Si j’aime mes frères jusqu’à donner ma vie pour mes frères, si pour la justice et la vérité, je lutte jusqu’à la mort, j’offre un holocauste à l’autel de Dieu. Si je fais mourir mes membres à toute convoitise de la chair, si le monde est crucifié pour moi et moi pour le monde, j’offre un holocauste à l’autel de Dieu et je deviens moi-même le prêtre de ma victime. »

 

Origène, Homélie sur le Lévitique, IX, 9, SC 287.

 

mercredi, mars 1 2017

Parce que tu n'es ni sanglier, ni cendrier mais bien Fils bien aimé

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"Tu es un sanglier, tu es un sanglier" trouve-t-on dans Les douze travaux d'Astérix

Moi, parfois, le mercredi des Cendres, j'ai l'impression qu'on me dit "tu es un cendrier, tu es un cendrier" avant de m'apposer moult dose de cendres sur le haut du crâne. 

Evidemment, ce n'est pas le sens : on me colle des cendres sur la tête pour me rappeler que je finirai un jour aussi poussière que celles-ci car c'est ce que je suis, que ce serait tout de même assez bien, un jour, de me décider à me convertir... C'est bien, c'est exact, mais ce n'est pas tout. Si je m'arrête là, c'est pur volontarisme : c'est "aïe, aïe, aïe, ma finitude ! Hop, je retrousse mes manches et je me convertis ! Allez, vite, un sac, des sandales et quelques sauterelles sans miel et pas trop grillées pour ne pas donner l'impression d'abondance, je vends mes biens et je pars proclamer l'évangile dans les rues !". J'exagère, certes, mais c'est toujours une tentation aussi que celle de se poser plein de résolutions si dures qu'escalader l'Everest en comparaison serait sinécure et des résolutions dans lesquelles nous nous remuons mais en oubliant que le Carême, c'est avant tout grandir dans notre lien de filiation divine. C'est grandir dans le sens profond de cette certitude que "sans moi - sans Lui -, vous ne pouvez rien faire", c'est laisser plus de place à cette relation d'amour filiale pour apprendre à vivre en Fils. 

Si ces cendres délicatement déposées sur mon front étaient certes le rappel de ma finitude, de l'urgence de me convertir mais étaient aussi l'indéfectible souvenir du feu qui les a brûlées ? 

Si ces cendres étaient un appel à ranimer ce feu de l'Esprit Saint déposé au creux de moi, ce feu qui brûle et qui n'attend que ma vie pour l'embraser tout entière ? 

Si ces cendres étaient le signe que tout n'a pas encore brûlé dans ma vie et que je peux apprendre à laisser l'Esprit Saint crier vers le Père "Abba" pour apprendre à aimer comme Lui ? Un peu, au moins ?  

Peut-être que les Cendres qui ouvrent le carême, ce n'est pas un "tu es un cendrier, tu es un cendrier", mais bien  plutôt un appel à apprendre à vivre sous Son regard lumineux, Son regard qui ne nous dit pas que nous serions un bête sanglier cendrier mais un regard qui nous aime et nous modèle si nous Le laissons faire, sans aucune persuasion mais en toute liberté.  

Quarante jours s'ouvrent devant nous pour cela :
Seigneur, vivifie-moi par Ton Esprit Saint : qu'Il brûle tout en moi, surtout les mauvaises herbes ;
Seigneur, apprends-moi à me laisser aimer par Toi
Et redresse ce qui est faussé pour être modelée un peu plus à Ta ressemblance. 

Heureux et fructueux carême à chacun ! 

 

mercredi, mars 30 2016

Semaine (en demi-)Sainte

 

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Il était entré à Jérusalem : avec Lui, je voulais marcher vers Pâques, en Le suivant dans Sa Passion, en Le suivant dans Sa résurrection.

Parce que, sans tout cela, ma foi est vaine ;

Je dirais même que, sans la résurrection, ma vie elle-même est tout à fait vaine.

 

Et ce fut une semaine imprévue… Du stress d’une inspection à la joie éclatante de ce magnifique moment familial qu’est foncièrement la messe chrismale, de la profondeur d’un office à la fatigue intense de certains moments de cette même semaine.

 

En vérité, Vendredi Saint, à 15h, je n’étais ni en cours, ni au chemin de croix : j’étais au chevet d’un très proche qui venait de subir une opération urgente le matin même.

Il n’avait pas conscience du tempo, moi si, et c’était terriblement troublant…

 

J’ai vécu la Semaine Sainte plus à l’aune de cet événement qu’à celui de la Passion…

Et je crois bien que, cette année, j’ai complètement raté le tempo divin ;

Au passage, je crois que j’ai ‘pécho’ pleinement le tempo des tristesses et des joies bien humain.

 

Au passage, j’ai raté le passage à la joie de la Résurrection, et j’oublie encore parfois (ne vous moquez pas !) que j’ai à nouveau le droit de dire, voire de chanter, « alléluia » ;

Au passage, j’ai proposé et ai porté tout plein d’humanité à transformer devant le Seigneur, notamment dans la nuit du jeudi au vendredi ou plutôt d’humanité à laisser être transfigurée ;

Au passage, mon cœur aux nuages un peu bas en fin de semaine s’est finalement élargi à plus d’intentions et j’ai accepté, ou surtout je me suis laissée être « canal de prières », un peu mastoc, ne comprenant pas grand chose mais avançant en portant du monde, façon âne des Rameaux. On a les exemples que l'on peut ! 

 

Au passage… je crois que l’écho de Pâques a résonné de manière sourde en mon cœur, il est comme un bruit lointain que je n’ai pas perçu encore pleinement.

Mais, je crois qu’à force de (se faire) sonner les cloches, je vais l’entendre : 50 jours de Pâques, cela vient à bout de toute surdité partielle je crois !

 

Bref, a posteriori, on pourrait voir cette semaine comme une semaine en demi-teintes, de là une semaine en demi-Sainte.

Mais, si je n’ai pas encore récupéré le bon rythme, cette semaine, j’en suis sûre, était pleinement Sainte comme le demande son beau nom : parce qu’il y a bien eu des passages à vivre avec le Christ et avec mes frères humains ;

Et parce qu’au terme de celle-ci, Sa lumière vient relever le contraste, le rendre plus lumineux et nous irradier… Et cela est bon.

 

Alors, sans être tout à fait parvenue à être dans un rythme harmonieux - même si tout va bien mieux -, c’est toutefois de toute ma foi et de tout mon cœur que je proclame à chacun :

« Il est ressuscité : belle fête de Pâques à tous ! »

 

mercredi, mars 9 2016

Carême d'essence-ciel #4

L'essence première du chrétien, c'est dans ce qu'il a reçu : son baptême. Il trouvera d'autre(s) essence(s) en cours de route, mais ce baptême, bam, c'est le cadeau reçu qu'on n'a jamais fini de découvrir, qu'on n'épuise jamais et qui nous fait porter ce beau nom de chrétien. 

Le carême, c'est finalement un peu fait pour mieux nous faire redécouvrir ce qu'est être chrétien et, donc, pour l'être mieux. 

Dans le cours de théologie sacramentaire que j'avais la joie de suivre ce jour, on nous parlait justement de "vivre le baptême aujourd'hui" et du "don pluriforme du baptême". En listant les cinq traits de ce don, je me suis dit qu'il en ressortait quelque chose d'un examen de conscience à la saveur différente, d'un appel à une conversion, façon... 

 

Où est-ce que j'en suis de l'essence de ma vie de chrétienne ? 

(N.B. : la jauge n'est jamais vide !) 

"Qu'ai-je fait des promesses de mon baptême ?" 

 

1/ Le baptême nous délivre de ce qui nous sépare de Dieu. 

2/ Le baptême nous fait entrer dans une relation nouvelle à Dieu. 

3/ Le baptême fait de nous des membres du peuple de Dieu. 

4/ Le baptême nous fait prendre de la distance par rapport aux logiques dominantes dans le monde. 

5/ Le baptême change les rapports entre les hommes. 

 

Cela semble simple... et c'est pourtant moins évident d'en vivre dans le concret qu'il n'y paraît ! ;-) 

 

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lundi, février 29 2016

Carême d'essence-ciel #3

Elle était là, posée en apparence négligemment mais en réalité soignement pliée, dans un coin de la pièce. 

On en trouvait dans toutes les pièces de ce couloir d'ailleurs : dans ces parloirs monastiques.  

Bien sûr, quand on fait une semaine de retraite, il est logique de faire appel à celui qui peut la porter et nous apporter le pardon du Bon Dieu... 

Mais j'ai bien aimé la voir posée là en permanence, cette étole violette.

Elle avait comme des accents de trousse de secours toujours disponible.

Disponible et largement pourvue : du petit bobo aux grands accidentés fortement mal en point, elle pouvait toujours aller vers une bonne réconciliation avec la vie, ou encore plus précisément avec Celui qui est la Vie. 

 

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jeudi, février 11 2016

Carême d'essence-ciel #2

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Quitte tes semelles de plomb ! 

Et va vers le pays que je te montrerai avec un moteur désencrassé et rugissant :
plus haut, plus vite, plus fort :
afin de connaître "avec tous les fidèles quelle est la largeur, la longueur, la hauteur, la profondeur pour connaître ce qui dépasse toute connaissance : l'Amour du Christ". (Eph 3, 18-19)

Le Carême, certifié meilleur carburant allégé de tout métal lourd et naturellement riche en Amour depuis 2000 ans ! 

 

mercredi, février 10 2016

Carême d'essentiel #1

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Croix dénudée, dépouillée de ses rameaux;
Croix dépouillée de ses oripeaux,
Aujourd'hui ne reste plus au dessus de ma porte que cette croix, nue.
Des rameaux qui l'ornaient, on a fait des cendres :
Ces cendres qui marquent désormais mon front d'une autre croix, éphémère.

Croix dont on est signé,
Croix dont on se signe nous-mêmes,
Croix : instrument de torture et signe éclatant de victoire.
Croix : signe insurpassable de l'amour de Dieu pour nous.

La croix, elle n'est pas un phénix, elle n'a pas à renaître de ses/ces cendres :
Elle a à y transparaître, pleinement, en nos vies, 
Parce qu'elle nous désigne, un chemin toujours à la fois maintenant et en au-delà : la Vie.

mardi, février 9 2016

Du paradigme de la crêpe au nutella et autres concepts gustatifs incertains

http://www.recipe.com/images/brown-butter-crepes-with-nutella-and-jam-2234-ss.jpg

Vous avez remarqué ? Cette année, paf, une semaine après la Chandeleur, on passe au Mardi Gras. Nous gagnons pour l’année la création d’une nouvelle octave, après celle de Noël et avant l’octave de Pâque : l’octave de crêpes. Comme une nouvelle gamme de saveurs… ou pas.

 

La crêpe au nutella, y a pas à dire, j’aime ça. Mais, il faut bien avouer que ce n’est pas super fin… C’est même méga-gras. Certes, c’est très bon, on ne s’en lasse pas vraiment mais il faut bien avouer qu’il n’y a guère d’originalité : c’est un peu toujours la même chose. Une crêpe, du Nutella : on sait que ça passera bien. Routine du gras.

 

Seulement, voilà le « problème » du mardi gras, c’est qu’il tombe avant le mercredi des Cendres. En gros, du concept de crêpes, on passe à celui du bol de riz. N’exagérons rien : ce n’est pas qu’il faille dire « de crêpes en carême, point » mais il y a une insistance sur le jeûne, le partage et la pénitence. Du gras grasseyant, confortable mais sans piment, on passe à la cure amincissante – qui n’est pas à confondre pour autant avec l’idée de régime.

 

Le Carême, c’est la recherche du goût en sa subtilité, via le passage de la quantité à la qualité. Moins de ceci, moins de cela (huile de palme ou autre chose : qu’importe ?), non pour faire un effort surhumain, pour se dépasser – quel intérêt, sinon se regarder soi ? – mais bien pour redécouvrir les saveurs dans leur essentiel, dans leur simplicité.

Dépouillement des sauces lourdes qui dégoulinent et autres cache goûts, ou pour cesser de parler métaphoriquement, dégrossissement des excès routiniers pour retrouver la force de ce qui était caché.

40 jours offerts en cadeau pour cela.

 

A Pâques, eh bien, vous savez ce qu’on obtient, du coup ? Du chocolat.

Retour à la crêpe au Nutella comme simple résultat ? Que nenni, quel piètre amateur de chocolat si vous pensez cela !

Le chocolat, ce n’est pas une saveur mais bien des milliers, du noir, du au lait, du blanc, du avec des noisettes ; le chocolat, c’est le passage de l’amertume à la douceur sucrée, de celui légèrement salé à l’acidité d’un chocolat allié avec un agrume.

Le chocolat, c’est un peu l’explosion des saveurs en bouche.

 

Certes, le chocolat, ce n’est pas Pâques et tous les mots comme tous les mets seraient bien insuffisants pour décrire la grandeur d’un mystère et d’une joie qui nous dépassent.

Et pourtant, il y a comme une justesse du chocolat à Pâques, qui célèbre la saveur retrouvée et renouvelée.

 

D’ailleurs, on dit bien qu’on n’adore que Dieu… et le chocolat : ça ne doit pas être un hasard, mais bien de la haute théologie (au moins).

 

Enfin, le royaume de Dieu ne consiste pas en des affaires de crêpes au Nutella mais il est bien « justice, paix et joie dans l’Esprit Saint » (Rom. 14, 17)…

Alors, bon carême à chacun : que celui-ci soit une vraie préparation du palais de notre vie à la joie éclatante d’un arc-en-ciel de saveurs à Pâques !

 

jeudi, avril 2 2015

Avoir part avec Lui - Semaine Sainte 2015

 

Rameaux qui nous font entrer dans la Semaine Sainte en nous proposant d’entendre une première fois tout le récit de la Passion du Christ ;

Mercredi saint, veille du Triduum, ce sommet de l’année liturgique où, en quelques heures, nous parcourons pas à pas la Passion du Seigneur, heure par heure, avec Lui.

 

Ce qui est terrible, c’est qu’on connaît très bien l’histoire…

 

Dimanche, j’ai repensé à ce fameux petit jeu vidéo, Run Jesus qui nous fait parcourir de manière très trop extrêmement rapide la vie du Christ : si vous ne le connaissez pas, c’est par là : http://runjesus.com  

 

Bref, dans ce jeu, quand on perd, bam, c’est la croix et le Game over.

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Dans le fond, les jours qui viennent, on va rappeler que c’est pareil : la croix, la mort, c’est radical.

Les jours qui viennent, c’est un peu comme un jeu vidéo raté… Au lieu d’être actifs, on va être passifs…

La passion, c’est de toute façon un peu ça étymologiquement parlant : et pourtant rien d’inutile !

Et rien de contraire à la liberté, bien au contraire !

 

L’avantage de ces jours, c’est :

De nous rappeler jusqu’où va la suprême liberté de l’homme vers le mal,

De nous rappeler jusqu’où va la suprême liberté de Dieu – qui a nom Amour - vers le Bien.

 

L’avantage de ces jours, c’est :

De ne pas nous complaire au jeu vidéo se terminant par un Game Over mais à passer de ce « game over » à son anagramme « Rêve ! A ! OMG ! » (OMG = Oh my God pour les pas assez geeks).

De nous inviter à une vraie traversée des apparences : marcher résolument à la suite du Christ et avec Lui,

Pour gagner, tout gagner, au-delà de nos morts et de nos croix quotidiennes,

Pour un plus de vie et de joie.

 

samedi, février 21 2015

Lumière intérieure

 

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Et, l’espace de deux jours, retrouver cette fameuse abbaye, ce fameux petit oratoire de l'hôtellerie, cette fameuse communauté…

Se retrouver comme chez soi : coutumes et visages si connus, silence si apprécié ! 

Douceur de l’air et esprit se perdant dans les voûtes romanes avant de revenir se concentrer sur l’essentiel.

 

J’avais oublié qu’en Carême, après la messe comme après les Vêpres, il y a un temps de silence, un grand temps de silence dans la crypte, autour des reliques de saint Benoît.

Silence… Prière…

Rien à voir, rien à entendre.

Juste laisser l’âme s’ouvrir, s’exposer un peu plus à la Parole de Dieu.

 

C’est le but de toute retraite,

C’est le but de tout carême.

Ouvrir, chaque jour un peu plus, notre être à la Rencontre du Seigneur.

 

mardi, avril 1 2014

Grand écart d’unité


 

8h30 ce matin : ils sont encore à moitié endormis mais commencent à se réveiller et à piailler… Il faut mettre cette classe de 6ème au travail, interroger et enseigner.

 

20h30 ce soir, je cause durant 30 min dans le cadre de l’école d’oraison de ma paroisse sur « la foi dans l’oraison » devant un auditoire d’adultes.

 

Signe d’une journée sous le signe du grand écart ?

Je n’ai jamais été capable de le faire, je manque cruellement de souplesse : je ne pense pas y arriver mieux dans mes journées.

 

Mais au début de la matinée, j’ai ouvert mon cœur à la louange divine par les Laudes ;

Mais au cœur de l’après-midi, de manière complètement imprévue encore quinze minutes avant, j’ai reçu le Pardon du Seigneur ;

Mais après la causerie dans la soirée, il y avait une demi-heure d’oraison de mise en pratique, cœur à cœur avec Lui.

 

Si notre centre de gravité est en Lui, il n’y aura jamais de véritable grand écart car tout se trouvera au seul vrai centre possible ;

Si notre centre de gravité est en Lui, on verra l’inattendu du Seigneur jaillir dans la journée en ZEP, depuis la zone éducation prioritaire à celle de l’église paroissiale.

 

samedi, mars 8 2014

Le Carême, c’est comme… #2

 

Le Carême, c’est comme…

… le café !

 

C’est parfois un peu amer, tu as un peu tendance à faire la grimace quand ça y va trop fort, qu’il est tout noir, trop serré. Peut-être aurais-tu dû mieux le doser ? 

 

Mais dis donc, après, qu’est-ce que tu es présent, (r)éveillé !

 

 

 

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