Zabou the terrible

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lundi, juillet 2 2018

Voguons sur la vie et les bénitiers - lecture estivale 2018 #1

Même si les vacances n'ont pas encore sonné, voici la première des lectures estivales de l'année. 

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Il est des livres avec lesquels on se sent consonner d'une manière profonde dans l'abord de la vie, dans le sourire qui point au pas de côté résolu sur les reliefs de celle-ci, des livres avec lesquels on est sur la même vibration de fréquence comme le dit l'auteur dans un de ses courts récits à propos des homélies. Et puis, en avançant et en constatant le nombre de références à Madeleine Delbrêl, on comprend mieux pourquoi on sent un peu en famille. 

Croisière dans un bénitier et autres petits récits à partir de la vie, ce sont 48 histoires nées d'un fait divers, toujours spirituelles, parfois dans les deux sens du terme. Alors, c'est bon, tout simplement, et le mieux, ce n'est pas d'en parler, c'est plutôt de le lire : en voici donc un extrait. 

Ma vie est simple. Je suis dans ce petit monastère caché au fond des bois. Et j'y prépare tranquillement une nouvelle étape, j'ai envie de me poser : je crois que je serai metteur en Cène. Oui, c'est ça : metteur en Cène. Alors, ici, je lis le Texte. Je l'écoute. Je l'apprends. Je le relis et je le scrute. Je le traduis. J'essaie de lire entre les lignes. Je contemple avec grande affection tous ceux qui le jouent d'une façon ou d'une autre autour de moi, et ceux qui sont plus loin, aussi. Je vais souvent les visiter, ne serait-ce qu'en pensée. Je me réjouis de leurs talents d'acteurs : ils transforment - chacun à sa manière - leur entourage et ce vieux monde. Ils transfusent leur vie qui se mêle à la sève du Texte. Je les vois impliqués dans certaines tragédies, car la vie n'est pas simple pour tous. J'en vois d'autres jouer des comédies légères : cela fait du bien. J'en connais quelques-uns qui vivent des drames, et d'autres qui semblent s'amuser dans des opéra-bouffes. Mais j'en connais aussi qui ne sont que figurants, plus à l'écart des projecteurs, presque dans l'ombre. Quand je dis "figurant", je pense au mot "visage". C'est un beau mot. Et c'est un beau métier. Sur le théâtre de la vie, ce sont les plus nombreux : il n'y a pas de vie possible sans chacun d'eux. J'ai un faible pour ceux-là, et j'aime être avec eux. Je les regarde envisager leur vie et, moi, je relis le Texte. Je croise leurs existences, ma vie et la Parole et, avec eux, je mets tout cela en Cène - il y en a qui disent "eucharisite". Quand la Cène s'allume, le soir ou à midi, chacun peut reconnaître que son histoire rejoint le grand poème de Dieu. 

In p. Raphaël Buyse, Croisière dans un bénitier, Bayard, 2018, p. 49-50

jeudi, juin 28 2018

L’inouï d’un grand amour

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            C’était il y a une semaine, lors d'une belle journée sportive avec les élèves : nous qui avions terminé l’épreuve où se trouvait le lieu du pique-nique, nous attendions. Nous ? Des élèves et trois professeurs dont deux arrivés cette année et puis moi : nous sommes encore en train de faire vraiment connaissance. 

 

            Il y avait notamment cette collègue que je sais en train de s’installer, de bâtir son foyer et, très probablement, de commencer à avoir l’idée d’y accueillir un enfant. Et elle de nous demander à l’autre collègue et à moi si nous avions des enfants, ce à quoi lui comme moi répondons non. Elle d’insister de savoir si c’était un choix, mon voisin bafouille quelques mots avant d’annoncer son homosexualité. Et moi, de bafouiller à mon tour « non, oui, enfin… c’est compliqué ». La conversation reprit entre mon voisin et elle et je me suis demandée : « si elle savait » !!! Qu’aurais-je pu répondre, a fortiori étant si proches des élèves et de leurs oreilles ? Que j’étais consacrée à Dieu ? Inaudible (« hein, consacrée ? C’est quoi ? »… loin de son champ de pensée) en plus d’être inouï, fou et incroyable ! Dire que j’étais « un peu comme une religieuse » et parmi eux, pourtant ? Rien que d’imaginer cela, ça me faisait sourire car j’étais en short et baskets, encore suante des cinq épreuves, ayant donné de l’énergie et de la voix pour soutenir mon équipe d’élèves : pas franchement le look porté par l’imaginaire commun français... Et pourtant, tout autant consacrée que mes sœurs qui ont choisi la plus cloîtrée des vies et qui en portent l’habit. Car nos oripeaux ne parlent pas seuls : ce sont seulement nos vies données qui comptent. 

 

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dimanche, juin 24 2018

Comme lui pour avancer et être comme Lui

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Comme Jean le Baptiste, savoir reconnaître le Seigneur qui s’approche, même caché… et en tressaillir d’une joie communicative ; 

Comme Jean le Baptiste, savoir si bien Le reconnaître qu’on est capable de Le désigner, clairement, nettement, à ceux qui nous entourent ; 

Comme la première lecture de sa solennité, savoir que nous ne sommes pas le fruit du hasard mais que nous sommes choisis, aimés, désirés de toute éternité ; 

Comme Jean le Baptiste, être prophète, parler de la part de Dieu… mais savoir que cela ne peut pas se faire sans lourde et permanente conversion de notre part ; 

Alors, comme Jean-Baptiste, sempiternellement savoir qu’on ne saurait même pas enlever les godasses du Seigneur mais qu’on peut parler de Lui, quand même ; 

Comme saint Jean-Baptiste, Lui laisser toute la place ; 

Comme saint Jean-Baptiste, savoir que le Seigneur peut nous faire perdre la tête, d’amour et par amour. 

 

Se servir de l’exemple de saint Jean-Baptiste pour mieux nous convertir, pour devenir un signe vivant tourné vers Son cousin, vers Lui et vivre, et aimer, et se donner, comme Lui ! 

 

 

vendredi, juin 22 2018

Le Souffle dans la presse

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Presse de fin d’année, 

Réunions bilan, mails divers, plannings de rentrée à organiser ; 

Tout est à traiter et, surtout, presse-toi, 

Tout doit être fait avant cette date : les vacances approchent ! 

Et je ne vous parle même pas des relances : bouge-toi ! 

 

Alors, il serait tentant de vivre dans l’urgence, 

De chercher à tout faire là, maintenant, tout de suite, 

A devenir orgueilleux, à se prendre pour Dieu, 

Capables de tout faire, y compris dans notre monde post-moderne

Où l’aune de l’activité semble être mesure de réussite. 

S’y épuiser et pourtant échouer ici ou là… cela vaut-il le coup, sérieusement ? 

 

Bienheureuse imperfection de nos fins d’année

Valorisant finalement notre si faillible humanité, 

Poussant à accepter le poids de l’année et nos mains vides, 

Et peut-être encore davantage tous nos ratages, toutes nos fatigues. 

 

Elle devient heureuse, bienheureuse, 

Si son effet est de, parfois, tout éteindre, 

D’allumer une bougie si le soir est déjà là,

De se planter, silencieusement, devant une icône, une croix,  

Ou d’ouvrir, amoureusement, qui une bible, qui un bréviaire, quand l’aurore se lève, 

Ou encore, aventureusement, de lire un chapitre de spiritualité en plein milieu de journée ! 

Et, au lieu de subir le temps, 

De le prendre résolument, 

De le tourner vers Celui qui peut tout, 

Sans qui, de toute façon, aucune activité, aucun blabla, n’aurait de sens. 

 

La fin d’année, une occasion toute privilégiée, 

Pour retrouver, je crois, la sève de l’armature de nos journées, 

Pour prendre souffle au coeur de la presse, 

Et venir, souvent, puiser à la relation sapide et roborative avec l’Aimant, avec le Tout Autre. 

 

Afin que, toutes nos relectures, toutes nos rencontres, tous nos bilans, 

Ne parlent que de Lui : avant tout, au milieu de tout, après tout. 

Et que tous ces moments de fin d’année soient action de grâce, 

Et qu’ils donnent envie, simplement, de vivre une nouvelle année avec Lui, à Sa seule suite. 

 

samedi, juin 16 2018

Quartier lointain... pour mieux revenir

Le temps m'ayant manqué ces dernières semaines, je ne suis pas revenue sur certaines lectures marquantes dont celle de ce manga : Quartier lointain de Jiro Taniguchi. 

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C'est l'histoire d'un père de famille qui, sombrant dans l'ivresse, se trompe de train et prend la direction de son enfance, dans les deux sens du terme. En effet, ce n'est pas seulement dans sa ville natale que le personnage principal se retrouve mais bien dans son corps d'enfant. Alors, simple manga fantastique n'ayant rien à nous apprendre ? 

Absolument pas : doté de son regard et de son expérience d'adulte dans son corps d'enfant, le narrateur revisite son enfance comme jamais, partant ses analyses s'affinent. Et le départ mystérieux de son père s'éclaircit... tout au moins suffisamment pour qu'il y ait une conversion certaine du fils. En dire plus serait trop en dire mais un beau manga, moins contemplatif mais tout aussi réussi que Le Gourmet solitaire

vendredi, juin 15 2018

Extraordinaire du menu, ordinaire de la foi

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C'était hier, nous nous réunissions pour ce que l'on appelle un "conseil d'enseignement", c'est-à-dire une réunion entre collègues enseignant la même matière. La spécificité de notre équipe est d'aimer profiter de ces moments pour prendre le temps d'un bon déjeuner pour lequel chacune (oui, nous ne sommes que des femmes) apporte une douceur, si possible distinguée (nous surnommons ces moments les "soupers fins des dames de Lettres", c'est vous dire !). 

Je savais qu'une de mes collègues ne pourrait pas profiter pleinement de celui-ci à cause du Ramadan... La nouvelle collègue de l'année le constate : "Ah oui, tu fais le Ramadan ?... Ben, c'est un peu comme chez nous le Carême, sauf que tout le monde fête Pâques et personne ne fait plus le carême !". Evidemment, moi (dont elle ne connaît pas le choix de vie à la différence de mes autres collègues mais dont elle sait que je fais des études de théologie) de lui répondre : "Ben... si, moi je le fais". 

- Ah, mais t'es vraiment une pure et dure toi ! 

- Ouais, c'est ça... une pure et dure." 

Pure et dure... parce que tu "fais" le Carême ? L'appellation me fait sourire personnellement mais ce qu'elle reflète est moins souriant. Pourquoi faire le Ramadan est-ce assez in ou tout au moins naturel et pourquoi le Carême est-il devenu visiblement un truc de spécialistes ? Quelle marche d'attractivité avons-nous ratée ? 

Je n'ai pas les réponses, ni même envie de me lamenter mais peut-être que semer, qu'évangéliser, c'est aussi dire simplement et clairement ce que nous vivons, le plus naturellement possible. Pour qu'on puisse dire : "les catholiques pratiquants existent, ils sont parmi nous, j'en ai rencontrés !"... et ils ont même l'air assez normaux, portant des vêtements ordinaires, dans un monde ordinaire... la suite dans l'épître à Diognète ! :-)  

jeudi, juin 14 2018

Témoignage or not témoignage ?

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Ces derniers mois ont été riches en « témoignages » : ceux un peu officiels lors de soirées vocations ou d’après-midi dédiés, ceux plus officieux de l’échange privé ou encore celui plus surprenant d’une situation d’interview. De l’audience large à l’aventure de deux cœurs en dialogue à bâtons rompus, des enfants qui viennent de faire leur première communion et sont pleins de questions douces de fraîcheur, aux priants âgés simplement heureux de t’écouter, en passant par les ados qui se la jouent blasés mais en réalité sont très intéressés, aux mamans qui viennent te demander ce que tu es concrètement, le style est très différent… et pourtant, c’est toujours le même Seigneur. 

 

            Tous, comme chrétiens, nous sommes appelés à témoigner de ce Dieu qui sauve auquel nous croyons. Mais, comme consacrée, on vient te chercher pour parler de Celui à qui tu as donné, de manière si étrange, ta vie. Un appel ? Es-tu vraiment comme nous ? Alors, évidemment, quand tu parles de Lui, tu parles aussi de toi… et quand tu parles de ta vie, tu ne sais plus le faire convenablement sans parler de Lui. 

 

            Tout l’enjeu est de ne pas trop se raconter soi-même mais bien de dire les merveilles que Lui a faites et fait encore dans ta vie… Exercice si simple et, dans le même temps, si périlleux : Lui avant toi… et cela même quand on te ramène souvent à toi, tes choix et ta petite vie. Alors, tu fais ce que tu peux pour ne pas devenir autoréférentielle mais bien « christo-référentielle », en te disant que, dans le fond, c’est aussi très précisément le chemin de ta vie que l’être ou en tout cas chercher à l’être chaque jour plus. 

 

Mais ce qui est certain, c’est que le témoignage est un exercice provoquant à chaque fois dans le cœur une immense gratitude pour ce qui fut et ce qui est donné. Joie du don de Dieu, joie d'un oui chaque jour redit à celui-ci, tout simplement. Alors, même si tu ne sais jamais très bien ce que cela sème dans le cœur des autres, tu peux te glisser au moins pour toi-même dans les mots de Marie en en revenant, confiante que ces mêmes mots sauront aussi germer chez d’autres, que tu le saches ou non : 

 

Mon âme exalte le Seigneur ! 

 

mardi, juin 12 2018

La conception virginale expliquée non pas à mais par mes 3èmes

Ce soir, en réunion CdEP, à la fin du repas, grosse discussion sur la laïcité, sur ce qui se dit ou pas en classe. En guise de clin-Dieu, voici une scène vécue la semaine dernière en 3ème alors que j'expliquais l'origine de Monseigneur, puis de Monsieur et enfin de Madame... 

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Elève 1 :  Madame, et Notre-Dame ? 

Moi - Prof : Tu parles de la cathédrale de Paris ? Eh bien, c'est une appellation chrétienne pour désigner la Vierge Marie, mais tu vois c'est le même principe, c'est pour honorer quelqu'un... 

Elève 1 : Nan, mais Marie, c'était la meuf de Jésus nan ? 

Elève 2 : T'as rien compris, c'était sa reum ! 

Elève 3 : Même dans le Coran, ils en parlent ! 

Elève 1 : Attends, mais comment ça peut être sa mère si elle est vierge ? C'est juste impossible ! 

(Prof, silencieusement dans sa tête en s'amusant terriblement de la scène : Rien n'est impossible à Dieu) 

Elève 4 : Ben, tu vois, là, au lieu du papa, c'est le Saint Esprit qui lui a mis un enfant dans le ventre ! 

Elève 1 : Ah oui.... (gros silence)

Prof : On vient de perdre ***élève 1*** je crois... 

 

mardi, juin 5 2018

Nouvel évêque : Deo Gratias

Peu de temps pour bloguer ces temps-ci (ça ira mieux très exactement demain soir) mais joie de recevoir un nouvel évêque dans le beau diocèse de Nanterre en la personne de Mgr Matthieu Rougé, précédemment curé de Saint-Ferdinand des Ternes. 

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Pour en savoir un peu plus sur lui, vous pouvez aller lire sa lettre aux diocésains et regarder la vidéo de KTO sur le site du diocèse par ici 

ou encore lire cet article du Parisien

Enfin, ce qui compte avant tout, c'est de prier pour lui ! :-) 

mercredi, mai 30 2018

Mieux que la mémoire d'Abraham, la prière d'Abraham

Dans le cadre de mes études de théologie, j'ai la chance de participer à un groupe de lecture d'un ouvrage d'exégèse commentant la si délicate épître aux Romains. Dans cette dernière, il est fait référence à la foi d'Abraham, ce qui semble assez surprenant de prime abord puisque celui-ci ne connaissait pas encore le Christ et j'aime beaucoup l'interprétation qu'en tire l'auteur, assez nourrissante. 

C'est la foi qui nous a engendrés et c'est par elle que nous sommes ce que nous sommes : et par "foi" il nous faut certes entendre celle d'Abraham, mais aussi la nôtre, puisque l'acte de croire nous donne une ascendance, nous rattache à une histoire, celle des croyants. 

On voit ainsi pourquoi l'Apôtre choisit le cas d'Abraham, père de tous les croyants. Si'l y a une chose que le fils ne peut se donner, seulement recevoir, c'est son identité de fils. Il n'a rien à faire pour l'obtenir, seulement la recevoir, c'est-à-dire croire qu'il l'est. Mais il nous faut aussitôt ajouter que ce qui vaut pour les fils - que nous sommes - vaut d'abord pour Abraham, puisqu'il reçoit de la parole divine même son identité de père.

L'économie de la grâce ou de la foi acquiert ainsi son extension maximale, comme histoire d'une promesse en voie de s'accomplir, comme histoire d'une immense famille : du père jusqu'au dernier des fils, tant qu'il y aura des croyants ! Le plus beau est évidemment que l'acte de foi d'Abraham ne peut être le seul : d'une certaine manière, son identité de père il la reçoit aussi des croyants, de tous ceux qui, "aussi nombreux que les étoiles du ciel" (Gn 15, 5), croiront comme lui. Notre acte de croire confirme donc l'identité d'Abraham comme père des croyants, bref la fécondité de son (de tout) acte de foi. (...)

L'Apôtre considère avant tout l'enjeu de l'acte de croire, non ses modalités. Il retient surtout l'inouï de la situation d'Abraham, qui permet en quelque sorte de décrire à l'état pur l'acte de confiance : d'un côté la vieillesse du patriarche, la stérilité de Sara, de l'autre une promesse folle, celle d'une immense descendance. S'abandonner à l'apparente folie de Dieu, à une parole que tout semble frapper d'interdit, tel fut le choix du patriarche. Et en rappelant cela, Paul montre bien comment s'en remettre à la parole divine, accepter d'en dépendre totalement, ne fait pas tomber dans l'hétéronomie mais signifie qu'on opte pour la vie.

Il faut faire cette expérience pour en percevoir toute la vérité, en ses effets même, car seule la foi est féconde. Au demeurant, cette fécondité n'authentifie pas seulement l'acte du croyant, elle est le signe du vrai Dieu, celui qui, par la foi, fait vivre, parce qu'il veut la vie (cf. Rm 4, 17) : l'acte de croire révèle la gracieuseté, la confiance et la justice du Dieu qui, aprce qu'il est le Dieu de tous les hommes, les appelle tous à la même dignité de fils, d'héritiers. 

J.-N. Aletti, Comment Dieu est-il juste ? Clefs pour interpréter l'épitre aux Romains, Seuil,  p. 104-105

 

vendredi, mai 25 2018

Prière du matin... sacré gain !

Quand on a réussi à donner de l'unité à sa journée, celle-ci en reçoit ordre et discipline. C'est dans la prière du matin qu'il faut chercher et trouver cette unité, on la conservera dans le travail. La prière matinale décide de la journée. Le temps gaspillé dont nous sommes honteux, les tentations auxquelles nous succombons, la langueur et le manque de courage dans le travail, le désordre et l'indiscipline de nos pensées et de nos relations avec les autres ont très souvent leur raison dans le fait qu'on néglige la prière du matin. 

L'ordonnance et la répartition de notre temps sont plus fermes quand elles naissent de la prière. Les tentations inhérentes aux jours de travail sont vaincues par l'ouverture à Dieu. Les décisions qu'exige ntore tâche deviennent plus simples et plus faciles, quand elles sont prises non dans la crainte des hommes, mais seulement dans le face-à-face avec Dieu. "Quel que soit votre travail, faites-le avec âme, comme pour le Seigneur et non pour les hommes" (Col 3, 23). Même le travail mécanique sera accompli avec plus de patience s'il procède de la connaissance de Dieu et de son commandement. Nos forces sont plus grandes pour travailler, quand nous avons demandé à Dieu qu'il veuille nous donner aujourd'hui la force dont nous avons besoin pour notre travail. 

D. Bonhoeffer, Bible, ma prière... 

mercredi, mai 23 2018

Les merveilles de Dieu s’offrent à notre regard

            On voit beaucoup fleurir ces derniers jours sur les réseaux sociaux le sermon d’un cardinal prononcé lors d’un certain pèlerinage de Pentecôte… or, celui-ci, en dehors de sa force oratoire certaine, me laisse perplexe. Ne pensez pas, s’il vous plaît, que j’ose me mesurer ou me comparer à un cardinal dont j’ai par ailleurs pu admirer la foi profonde lors d’un rdv assez privilégié avec lui, pas de faux procès, mais laissez-moi ajouter simplement à la première partie de son homélie quelques points. 

 

            En réalité, j’ai du mal avec la contemption de notre occident moderne, ou post-moderne, qui serait, c’est sous-jacent, devenu « sans Dieu ». Certes, je partage le constat amer concernant un certain nombre de sujets et je crois, moi aussi, que, sans le Seigneur, tout devient sombre. Mais je crois que le Seigneur pense sans cesse à nous, je crois qu’Il est présent et je ne crois pas du coup pour autant que notre société soit devenue « un bateau ivre dans la nuit », je me demande si les ténèbres ne sont pas, avant tout, dans notre propre regard, dans notre propre cœur. 

 

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lundi, mai 21 2018

Une voix s'élève parce qu'il en faut

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            Les migrants, thème à la mode… ou pas tant que ça, malheureusement, ou presque trop exclusivement chez le pape François, souvent considéré comme naïf quand il aborde ce sujet qui lui est cher : mais ce qu’il est facile d’oublier d’y penser, de se dire que ce ne sont que de pieuses pensées et, partant, de n’absolument pas se bouger ! Il est simple d'en rester à déplorer une situation et de se dire que le principe de réalité pousse à ne pas faire plus. 

 

            Alors qu’il est remuant et en même temps si bon de lire l’opuscule de Mgr Benoist de Sinety : Il faut que des voix s’élèvent ! Un appel pressant à vivre vraiment la fraternité, à ne pas confondre problème d’immigration et problème d’intégration, à ne pas regarder de haut ceux qui sont tout autant que d’autres nos frères, à ne pas se dire qu'on préfère traiter les questions bioéthiques en oubliant l'étranger qui arrive… un appel à aimer, tout simplement, clair, net, précis et efficace. 

 

Qu'est-ce que l'homme ? Toute la Bible et la pensée chrétienne ne cessent de chercher à répondre à cette question éblouissante et vergineuse. Non pas d'abord pour savoir comment il fonctionne - ce qui est important mais pas primordial -, mais bien pour cerner ce qu'il en est en totalité. Corps et esprit, chair et âme... grâce au message du Christ, je sais que toute réflexion et toute politique cessent de servir le Bien dès qu'elles ne cherchent pas à éclairer d'une manière ou d'une autre cette question. (...) On ne peut réfléchir à l'accueil du migrant si l'on met de côté cette question essentielle. Non pas d'abord en cherchant à déterminer ce qui fait le Français, Grec ou le Papou, mais en s'attachant à réfléchir à l'homme. Pour moi, chrétien, le fait que Dieu s'incarne, se fasse homme, donne à l'homme un prix infini qui dépasse toute valeur fiduciaire : le prix de l'homme, c'est Dieu. Dès lors, toute vie est unique et essentielle et nous devons proclamer cet intangible : aucune vie n'est inutile, aucune vie n'est méprisable. De sa conception au sommeil de la mort. (P. 48-49) 

Passant en revue sans aucune concession nos peurs et nos choix trop étriqués de société, ce court ouvrage nous invite à ouvrir nos yeux, à nous réveiller, afin d'ouvrir nos bras et notre coeur comme nous y presse le dernier chapitre avec une magnifique conclusion. 

Depuis longtemps, je sais que nous ne sommes sur terre que pour une seule chose : aimer l'autre. Ce que nous laissons derrière nous, ce n'est pas un souvenir pour des proches et des amis, ce n'est pas ce que l'on a construit pendant notre passage sur Terre. Même si l'on est un entrepreneur de talent, un génial architecte ou un peintre, les traces, les seules, qui demeurent vraiment et se transmettent aux générations suivantes, c'est cet amour. Un amour qui ne meurt jamais parce qu'il vient de Dieu et mène à Dieu. (p. 131) 

Et maintenant ? 

 

samedi, mai 19 2018

7 dons tournés vers Toi

 

 

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Jean Bazaine, Vitrail de la Confirmation, église Saint-Séverin (Paris)

 

Seigneur, envoie Ton Esprit de Sagesse, afin que je sache ce qui « plaît à Tes yeux, ce qui est conforme à Tes décrets » et que je m’y fie pour l’accomplir ;

Seigneur, envoie Ton Esprit d’intelligence, pour que j’entre chaque jour davantage dans Ton mystère et que je sache un peu mieux « rendre compte de l’espérance qui est en moi » ; 

Seigneur, envoie Ton Esprit de science, que j’apprenne à Te voir à l’œuvre en tout être et en toute chose ; 

Seigneur, envoie Ton Esprit de force, pour que jamais je ne rougisse de Toi et que mes actes, dans le courant ou à contre-courant, à temps ou à contre-temps, puissent Te dire ; 

Seigneur, envoie Ton esprit de conseil, afin que mes décisions se prennent uniquement selon Toi et non pas selon moi avec pour unique règle l'Amour ; 

Seigneur, envoie Ton Esprit de piété, afin que j’apprenne, chaque jour, à un peu mieux Te parler, Te prier et que j’entre plus avant en Ton amitié ; 

Seigneur, envoie Ton Esprit de crainte, afin que je n’hésite jamais à venir me blottir, d'un appel, d’une prière, d’un je T’aime, en Tes bras. 

 

 

Neuvaine de Pentecôte de prof

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Je ne sais pas si cela fait cela à tous les profs mais j’admets que j’ai du mal avec les corrections de concours, non pas pour l’acte un peu répétitif mais parce que, contrairement aux copies de nos élèves, cela manque de chair et d’os. Certes, il y a de vrais candidats derrière les lignes et il est essentiel de l’avoir toujours en tête mais ce ne sont pas des personnes avec lesquelles nous avons écrit patiemment un bout d’histoire ensemble, cours après cours et que l’on continue d’aider à grandir par notre travail de correction. Je l’avoue, je n’aime pas trop ces corrections « hors-sol ». 

 

Alors quand tu es convoquée pour corriger un concours une fois, ça passe en serrant déjà un peu les dents, mais quand tu es convoquée pour deux sessions d’affilée, ça passe franchement moins bien : surtout quand le temps de correction du deuxième paquet est plus que restreint, te forçant à travailler à des heures indues et à rater de nombreuses heures de cours auprès de tes élèves, ce que tu penses être ta première mission. Et d’ailleurs, c’est cette mission-là qui te passionne. C’est ainsi, tu l’acceptes quand même, mais quelle neuvaine de Pentecôte !!! Et Dieu dans tout ça ?

 

Quasi-quotidiennement, je prie les vêpres avec un vieux prêtre de mes amis. Mercredi en fin de journée, agacée de la situation, j’ai ajouté à l’intercession : « pour que nous sachions chercher et trouver Dieu en tout ». Évidemment, il m’interroge après l’office sur le sens de cette prière : mes fichues copies, père… ces copies… comment y chercher, comment y trouver Dieu ? Aridité maximale et qu’est-ce que j’en ai assez ! 

 

Au fil des (très) longues heures devant mes copies numériques, j’ai beaucoup repensé à cela : comment y chercher Dieu ? 

 

Peut-être que la clef conjuguait à la fois cette humanité dont je déplorais le manque et la très proche fête de Pentecôte ? 

Je n’ai pas réellement trouvé une réelle clef, magique, mais, souvent, après cette réflexion, je me suis mise à prier : Viens Esprit Saint. 

 

Quand je commence à fatiguer, viens Esprit Saint, pour me donner ta clairvoyance et ta justesse ; 

Quand je m’énerve sur une copie, viens Esprit Saint me donner ta douceur et ta patience ; 

Quand le temps s’étire, viens Esprit Saint, me donner ta force. 

Mais, surtout, viens Esprit Saint sur chaque candidat jouant ici une partie de son avenir : 

Viens Esprit Saint l’aider à écrire sa vie bien plus en grand, bien plus en profondeur que dans ces quelques lignes. 

 

jeudi, mai 10 2018

Être ami de Dieu

Une petite citation savoureuse croisée au gré des pages... belle fête de l'Ascension à tous ! 

Contrairement à l'amour, l'amitié est par définition réciproque. On peut aimer quelqu'un sans qu'il le sache, mais on ne peut être l'ami de quelqu'un à son insu. Cela ne veut pas dire que la relation d'amitié est identique chez les deux amis, car chacun est bien lui-même, il a son histoire, sa manière d'aimer, de faire confiance, de manifester sa sympathie. Mais la relation est réciproque : chacun éprouve de l'amitié pour l'autre et se réjouit de sa présence. Cela est vrai de la relation que Dieu cherche à vivre avec l'homme. 

Il n'y a pas d'égalité entre Dieu et l'homme, car l'un est Dieu et l'autre est l'homme, mais il y a réciprocité dans la relation. Si chacun se donne totalement, si l'homme se donne comme Dieu se donne, ils entrent en relation de manière égale, totalement. Cela permet de regarder la foi, par exemple, d'un oeil renouvelé : la foi est l'une des dimensions essentielles de cette relation entre l'homme et Dieu. Elle participe donc à la réciprocité. Tu donnes à Dieu ta foi, et tu découvres que déjà, il croyait en toi. Tu cherches à l'aimer, et tu comprends qu'il te faisait confiance. La mesure de sa confiance en toi n'est pas ta confiance en lui. Car il t'a fait confiance, il t'aime en se donnant totalement

In Jean-Marie Gueulette, Laisse Dieu être Dieu en toi - petit traité de la liverté intérieure, p.32

mardi, mai 8 2018

Dans l'absence, la présence

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/0/0b/53_Montsûrs_église.jpg

C'est une église de campagne comme il y en a tant d'autres :
Un clocher autour duquel sont groupées les maisons du village.
Ici, la messe est encore assez régulièrement célébrée vu le nombre d'habitants. 

C'était la fin de journée et j'ai trouvé l'église ouverte, alors je suis entrée.
Dans la chaleur du jour, la fraîcheur et, oh, une lampe rouge ! Jésus était là.
Comment ne pas rester prier ? 

Je pensais à ces églises isolées dont, souvent les rangs se clairsèment à chaque décès ou quand Mme Machin devient décidément trop âgée pour venir. Et, pourtant, qu'ils sont grands, qu'ils sont beaux et qu'ils sont forts ces vaisseaux de pierre ! Construits pour rassembler l'Eglise, pour prendre vraiment soin du peuple de Dieu célébrant en leur giron. Et, si souvent, vides : sans tomber dans le misérabilisme et le catastrophisme, quelle forte espérance il doit falloir certains jours ! 

Et pourtant ici se sont déjà succédé des générations et des générations de croyants :
Seigneur, continue de donner la grâce de la foi comme Tu le veux chez ton peuple.
Donne-leur de Te connaître, de T'aimer, de Te suivre. 

Il était peu ou prou l'heure des vêpres alors, pour faire vivre davantage ce lieu, j'ai fait ce que je fais rarement quand je suis seule : je me suis mise à chanter l'office et ma voix résonnait, étrangement seule, dans ce vaste bâtiment. 

Il m'a semblé qu'ainsi j'aidais un peu cet endroit à vivre, à respirer ce pour quoi il a été bâti. 
Car ce n'est pas seulement en chaire que s'écrit la foi mais aussi bien en chair ;
Dans nos voix, dans nos mains, dans nos vies, dans notre prière,
S'élevant avec assurance vers Lui,
Continuant à veiller mystérieusement sur ce peuple, même sur les plus absents. 

vendredi, avril 27 2018

La charte de l’Évangile

Au cœur de la dernière exhortation du pape François, un texte de l’Évangile : les Béatitudes. Pour le pape, c’est la clef de la sainteté ! Du coup, il les passe en revue une par une, comme manière d’éclairer notre vie tout entière par le Christ : « le Maître est là, il t’appelle » (Jn 11,28). Néanmoins, là où le pape insiste fortement, c’est sur « le » grand critère : les béatitudes doivent prendre chair. 

 

« Quand je rencontre une personne dormant exposée aux intempéries, dans une nuit froide, je peux considérer que ce fagot est un imprévu qui m’arrête, un délinquant désœuvré, un obstacle sur mon chemin, un aiguillon gênant pour ma conscience, un problème que doivent résoudre les hommes politiques, et peut-être même un déchet qui pollue l’espace public. Ou bien je peux réagir à partir de la foi et de la charité, et reconnaître en elle un être humain doté de la même dignité que moi, une créature infiniment aimée par le Père, une image de Dieu, un frère racheté par Jésus-Christ. C’est cela être chrétien ! Ou bien peut-on comprendre la sainteté en dehors de cette reconnaissance vivante de la dignité de tout être humain ? » (par. 98). Alors, la bioéthique ou les pauvres ? Le pape François nous répond ensuite : les deux !

jeudi, avril 26 2018

Entre deux écueils, la voie de la relation

Dans le deuxième chapitre de son exhortation Gaudete et exsultate, le pape désigne deux hérésies qui nous guettent et nous empêchent de marcher dans notre vocation à la sainteté : le gnosticisme et le pélagianisme. On pourrait se dire que François se contente de donner des baffes d’un côté comme de l’autre, avec justesse et bellement comme il sait le faire mais cela ne s’arrête en réalité pas là : en désignant les deux écueils d’un christianisme qui ne serait que science ou qu’effort de la volonté, il désigne ce qui est important, ce qui sauve et ce qui est l’essence de notre foi, notre relation personnelle avec Dieu : « Pour que nous soyons parfaits comme il le désire, nous devons vivre humblement en sa présence, enveloppés de sa gloire ; il nous faut marcher en union avec lui en reconnaissant son amour constant dans nos vies » (par. 51). C’est donc vers Lui que notre regard doit constamment être tourné : 

 

Cependant nous ne pouvons pas célébrer avec gratitude le don gratuit de l’amitié avec le Seigneur si nous ne reconnaissons pas que même notre existence terrestre et nos capacités naturelles sont un don. Il nous faut « accepter joyeusement que notre être soit un don, et accepter même notre liberté comme une grâce. C’est ce qui est difficile aujourd’hui dans un monde qui croit avoir quelque chose par lui-même, fruit de sa propre originalité ou de sa liberté » (Liucio Gera). (Par. 55)

 

mercredi, avril 25 2018

La rencontre de la faiblesse et de la force

Présentement en train de marcher, j’ai emporté dans mon sac un psaume à apprendre par cœur et la dernière exhortation du pape François, Gaudete et Exsultate. 

 

Voici donc un petit paragraphe issu de la lecture hier du premier chapitre et programmé pour apparaître en milieu de journée. On y invite à la beauté de la sainteté, le tout en citant un magistral roman de Léon Bloy !

N’aie pas peur de viser plus haut, de te laisser aimer et libérer par Dieu. N’aie pas peur de te laisser guider par l’Esprit Saint. La sainteté ne te rend pas moins humain, car c’est la rencontre de ta faiblesse avec la force de la grâce. Au fond, comme disait Léon Bloy, dans la vie, « il n’y a qu’une tristesse, c’est de n’être pas des saints ». 

Pape François,  Gaudete et Exsultate, par. 34.

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