Zabou the terrible

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vendredi, août 1 2014

Lecture estivale #2 – L’arabe du futur

 

 

 

Après la spiritualité, une B.D. ! Sous-titrée « une jeunesse au Moyen-Orient », cette BD autobiographique couvre les 6 premières années de vie de l’auteur, passées entre France (un peu), Lybie (beaucoup) et Syrie (encore plus !) car né d’une mère bretonne et d’un père syrien.

 

 

 

En lisant, on pense à Marjane Satrapi et à son si fameux Persépolis mais l’enjeu n’est pas tout à fait le même : ici s’affrontent deux regards, d’abord celui du père, plein de foi en « l’arabe du futur » qu’il pense retrouver progressivement dans les dictatures de Khadafi et de El-Assad avant de percevoir – sans trop oser se l’avouer – leur échec et, de l’autre côté, il y a le regard mignon, tendre mais en même temps sans complaisance de l’enfant que Riad Sattouf fut. L’ironie est décapante mais surtout, au-delà du sourire qu’elle provoque bien souvent, elle lève les voiles sur des réalités qu’on imagine peu… tout en causant presque en permanence du Moyen-Orient !

 

jeudi, juillet 31 2014

Lecture estivale #1 – L’expérience de la présence de Dieu

 

Comme souvent l’été, je posterai ici quelques citations ou quelques mots sur certaines de mes lectures estivales. Parce que c’est un moment favorable pour lire plus, dans tous les domaines. La première est un petit livre de spiritualité, tout court mais fort efficace, offert par un grand ami dans le Seigneur.

 

Fr. Laurent de la Résurrection, L’Expérience de la présence de Dieu


 

Des mots tout simples, des mots tout doux même, mais une grande petite voie de simplicité. Il n’y a rien dans ce livre que vous ignorez, il n’y a rien dans ce livre que vous ne puissiez faire et, pourtant, dans ce livre, il n’y a pas grand chose dont nous avons une réelle conscience permanente. On admire, on se sent pécheur et puis, on a finalement encore plus le désir de se tourner vers l’amour du Seigneur en le lisant.

 

« La pratique la plus sainte et la plus nécessaire en la vie spirituelle est la présence de Dieu, qui consiste à se plaire et à s’accoutumer en sa divine compagnie, parlant humblement et s’entretenant amoureusement avec lui en tous temps, à tous moments, sans règle, sans mesure ; surtout dans le temps des tentations, des peines, des aridités, des dégoûts et même des infidélités et des péchés.

 

Il faut s’appliquer continuellement à ce que toutes nos actions soient une manière de petits entretiens avec Dieu, pourtant sans étude, mais comme ils viennent de la pureté et de la simplicité du cœur.

 

Il faut faire toutes nos actions avec poids et mesure, sans impétuosité et précipitation qui marquent un esprit égaré. Il faut travailler doucement et amoureusement avec Dieu, le prier d’agréer notre travail, et par cette attention continuelle à Dieu, nous briserons la tête du démon, et lui ferons tomber les armes des mains.

 

Nous devons, pendant notre travail et autres actions, même pendant nos lectures, quoique spirituelles, pendant nos dévotions extérieures et prières vocales, cesser quelque petit moment, le plus souvent que nous pourrons, pour adorer Dieu au fond de notre cœur, le goûter en passant et comme à la dérobée, le louer, lui demander son secours, lui offrir notre cœur et le remercier. »

 

Fr. Laurent de la Résurrection, L’expérience e la présence de Dieu [1694], éd. du Seuil, coll. « Livre de vie », 1997, p.132-133.

 

Angelus du 27 juillet - Lire l’Évangile, c’est trouver Jésus et avoir cette joie chrétienne, qui est un don du Saint-Esprit

 

A défaut de partir en Terre Sainte, je suis allée à Rome avec trois autres futurs ex-pèlerins pour prier pour la paix. Dimanche dernier, nous avons participé à la prière de l’Angelus sur la place Saint Pierre.

 

 

 

C’était très beau et l’enseignement du Saint Père particulièrement fort et touchant.

 

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mardi, juillet 22 2014

Initiatives de paix

 

La violence semble se déchaîner de partout en cet été 2014 : Terre Sainte, Ukraine, violences affreuses faites aux minorités chrétiennes en Irak… et tant d’autres, sans doute, que nous ignorons ou voulons ignorer.

 

Dans tous les cas, c’est la paix qui fait défaut. Et nous qui sommes éloignés géographiquement semblons si impuissants ! Cela pourrait être désespérant ; c’est sans doute un appel à quitter toutes ces suffisances qui, trop souvent, encombrent notre prière : là, nous ne pouvons que présenter nos mains vides devant Lui et notre cœur, simplement tendu vers la paix. Prions pour la paix.

 

Il serait trop simple de n’y voir que de l’extériorité, de ne voir dans cet appel à prier pour la paix qu’un vœu pieux à la limite d’une bigote bonne conscience que je me donnerais. Non : en priant, c’est aussi tout mon être que j’engage. Parce que la violence commence en moi, dans tous ces germes tout moches là, de division, de haine, d’intolérance que je porte en moi : prier pour la paix, c’est donc m’engager à changer, à me convertir, toujours plus. Et parce que prier pour la paix, c’est aussi engager tout mon être dans cette prière : ne pas la faire du bout des lèvres comme un devoir vite accompli mais de tout mon cœur et de toute mon âme. Et avoir cette intention toujours présente à l’esprit : viens, Esprit de paix…

 

Trêve de blabla, je vous partage ici deux initiatives et vous fais une proposition :

 


* Demain soir, mercredi 23 juillet, le diocèse de Nanterre organise une « veillée de prière pour la paix et pour les chrétiens persécutés ». Celle-ci aura lieu le jour même où, nous jeunes de 18 à 30 ans du diocèse, devions partir en Terre Sainte. Elle se déroulera à partir de 20h45 à la cathédrale, en présence de Mgr Michel Aupetit. Lien facebook de l’événement



 

* Vendredi 25 juillet : une journée de prière et de jeûne pour nos frères chrétiens persécutés en raison de leur Foi au Christ.

 

 

 

Lien facebook de l’événement



 

* Tout le temps, dès que nous prenons un temps de prière, même tout court, tout petit, tout misérable, prier à cette intention.

Cela peut être en quelques mots ou pourquoi pas par exemple en reprenant la prière des chrétiens pour la paix de la rencontre d’Assise ? Elle est disponible ici : http://www.eglise.catholique.fr/foi-et-vie-chretienne/la-priere-pour-les-catholiques/prieres-pour-notre-temps/369978-priere-des-chretiens-pour-la-paix/

 Ou encore en priant avec quelques chants ! 

Frieden, Frieden 



lundi, juillet 21 2014

Donne-nous de marcher, toujours

 

En chemin sur la via Francigena, j’ai aussi glané cette belle prière qui s’adresse à tous, puisque, tous, nous sommes des pèlerins en route vers notre patrie céleste.

 

Donne-moi de marcher

 

Seigneur Jésus,

Toi qui as fait un si long déplacement

D’auprès du Père

Pour venir planter ta tente parmi nous,

Toi qui es né au hasard d’un voyage

Et as connu toutes les routes

- celle de l’exil,

celle des pèlerinages et de la prédication -,

Tire-moi de mon égoïsme et de mon confort :

Fais de moi un pèlerin.

 

Seigneur Jésus,

Toi qui as pris si souvent

Le chemin de la montagne

Pour trouver le silence

Et retrouver le Père ;

Pour enseigner les apôtres

Et proclamer les béatitudes ;

Enfin pour offrir ton sacrifice,

Envoyer tes disciples,

Et faire retour au Père,

Attire-moi vers le haut :

Fais de moi un pèlerin de la montagne.

 

Je suis tenté de vivre tranquille,

Et Tu me demandes sans cesse

De risquer ma vie comme Abraham.

Je suis tenté de m’installer,

Et Tu me demandes de marcher dans l’espérance :

Vers Toi, le plus haut sommet,

Dans la gloire du Père.

 

Seigneur qui m’as créé par amour

Et pour aimer,

Donne-moi de marcher vers Toi

Avec toute ma vie, avec tous mes frères,

Avec toute la création,

Dans l’audace et l’adoration.


 

 

P. Gratien VOLLUZ, chanoine du Grand-St-Bernard


Ici comme là et là-bas #prayforpeace


Le pèlerin ne peut être qu'instrument de paix : il marche, il prie comme il peut, il cause et rencontre. 

Il n'a rien que ce qu'il est - et les quelques pauvres affaires qu'il porte en son sac - et sa fatigue. 

Inconnu marchant dans l'inconnu, il n'apporte ni haine, ni ferment de division : 

Car le pèlerin est formidablement désarmé. 

Il n'attend rien, il reçoit tout et apprend à entrer dans une attitude de gratitude. 



Bien souvent, en quittant une maison où j'avais été si bien accueillie sur ce chemin, j'ai pensé à l'Evangile et à ce que le Seigneur demandait à ses disciples de faire... alors, je susurrais en partant un  : "que la paix soit sur cette maison". 


Un soir, dans un hébergement en famille, il y avait cette prière affichée dans la chambre qui m'était prêtée 

Alors que je portais particulièrement en mon coeur de prier pour la paix lors de mon pèlerinage, cela m'a touchée : 


Seigneur, que la paix soit sur ce monde, 

en ces temps où les conflits éclatent partout, où elle semble éteinte, éloignée, bannie de tant de pays, 

Seigneur, que Ta paix vienne ! 

Qu'elle vienne vite, habite et règne dans les coeurs ! 

Et aide-moi aussi à savoir la faire en moi pour qu'elle rayonne autour et commence ici ! 


"Que le Dieu de la paix suscite en tous un authentique désir de dialogue et de réconciliation. La violence ne peut être vaincue par la violence. La violence ne peut être vaincue que par la paix. Prions en silence pour demander la paix. Tous en silence" 

(pape François, à l'Angelus de ce dimanche 20 juillet 2014) 


mardi, juillet 15 2014

La prière massive du pèlerin comme salut

Genuflecter, hasardeusement, 

Comme on peut, en oscillant, 

Et se laisser tomber sur la chaise, 

Devant la lumière rouge, 

Comme un bloc. 


Après la journée, après la marche, 

Après tous ces kilomètres, 

Après toutes ces galères, 

Après tous ces beautés, 

Se laisser tomber, 

Oui, comme un bloc. 


La prière du pèlerin de fin de journée, 

Ce n'est pas l'art de la nuance, 

Ce ne sont pas les belles pensées, 

C'est tout un corps, fatigué, usé 

Qui vient se poser, se reposer. 


Le cerveau ne cherche pas les mots compliqués, 

Il n'y a qu'un bloc, oui, mais ce bloc, c'est moi. 

Et il y a un cœur, et il y a une âme... 

Je n'ai rien à dire, je suis tellement fatiguée

Mais j'aime venir là à peine installée, à peine douchée, même pas un peu reposée quand une église est proche. 


Je ne sais pourquoi, je ne sais que dire, 

Mais il y a au fond l'Esprit Saint qui vient au secours de ma faiblesse, 

Il ne me donne pas de mots, non, ce n'est pas nécessaire : il y a eu la marche, il y a eu la prière des Heures, il y a eu ces dialogues et ces Dialogues... 

Il vient juste ouvrir la porte du cœur de ce bloc qui se sait aimé, 

Bien au-delà de la fatigue, 

Laisser ouvert devant Lui le fond de l'être, 

Et rester là, là où les mots ne sont plus nécessaires. 


samedi, juillet 5 2014

L'habit ne fait pas le pèlerin


Bref, ce qui compte dans tout ça, c'est l'épaisseur ! 


mercredi, juillet 2 2014

The way, my way, on the way

Hasard du calendrier : j'ai vu enfin il y a une dizaine de jours le film The way et, ce soir, je dînais avec un ancien pèlerin du chemin de St Jacques, avec qui j'ai partagé les ultimes étapes l'été dernier. Forcément, en plus arrivés le même jour, cela a créé un lien très fort entre nous. 

Ça m'a fait repenser à cette séance de visionnage à propos de laquelle je reste dubitative : bien sûr, les paysages sont beaux et certaines situations me rappellent des souvenirs mais, bien sûr aussi, l'histoire est dégoulinante de bons sentiments bien qu'on ne puisse, évidemment, juger des motifs. 

Enfin, oui, il y a de tout sur le Camino et les pèlerins viennent avec ce qu'ils sont, c'est-à-dire portant des histoires plus ou moins simples en eux-mêmes en plus de ce qu'ils portent matériellement dans leurs sacs. Mais il n'y a pas que des "cas", il n'y a que l'extraordinaire de chaque vie ; mais surtout, il n'y a jamais une course à qui saura le grand secret de l'autre, il n'y a que le compagnonnage de jours partagés. 

Ce qui est beau sur le Camino, justement, c'est que, plus qu'ailleurs, chacun respecte la part de mystère que l'autre porte en lui. Seul le pèlerin choisit de révéler ceci ou cela. J'ai personnellement toujours été mal à l'aise face aux personnes qui me demandaient le motif profond de ma marche (d'ailleurs il s'agit souvent de personnes qui commencent juste leur Camino) et ceci pour deux raisons : d'abord parce que c'est éminemment personnel et ensuite parce que, exactement comme pour notre sac et nos affaires, il y a un dépouillement en cours. On pourra toujours arguer de plein d'arguments au départ parmi lesquels il y a notre vrai motif de fond : mais celui-ci va subir une cure drastique et se trouver tellement dépouillé de tout ce qui est superficiel qu'il aura peut-être une apparence radicalement différente de celle du départ. Ce fut mon cas. 

Ce soir donc, j'ai revu l'ami Y. Avec Y., on ne connaît pas exactement LE motif qui a fait respectivement entreprendre à l'autre ce pèlerinage même si nous en avons l'un comme l'autre saisi des bribes. Ce que je sais, c'est qu'Y. a radicalement changé de vie après ; ce que je sais, c'est (ce) que j'ai mûri sur ce chemin effectué au fil des années. 

The way en reste à la représentation d'instants durs de vie ; 

Le Camino "en vrai", c'est du tout mêlé : du dur, du triste, du joyeux et du comique, 

Le Camino "en vrai", c'est un instantané de vie pour rester et être plus "on the way" ou plutôt "on your own way" et ça, c'est son plus grand secret ! 

      

lundi, juin 30 2014

Dona ei requiem

 

Il y a des coups de fil qu’on n’aime pas car, en décrochant, on sait déjà qu’ils portent de tristes nouvelles.

Pourtant, il y a des moments où, au-delà, de la tristesse, l’on sent la paix d’un accomplissement :

La vie consacrée ne porte-t-elle pas en elle un primat eschatologique ?

La mort n’est-elle pas inhérente à la vie ?

Et lui, et moi… n’avions-nous pas marché ensemble « jusqu’au bout » ?

 

Il n’était pas de ma famille,

Mais il était devenu plus qu’un proche.

 

Pas loin de huit ans à m’écouter, sans cesse,

A me montrer la prise suivante de la voie,

A m’indiquer un obstacle, à me prévenir d’un faux-pas,

A m’écouter, encore, même dans mes contradictions, même et surtout dans mes merdouilles,

A me dire, à me redire, toujours, toujours, Jésus.

 

Huit ans à ne me dire que Jésus en fait,

A me dire « confiance », à me le répéter.

 

Huit ans de marche… là où, seule, je n’aurais jamais songé m’aventurer.

Huit ans de marche.

 

C’était bien.

C’était surtout plein de Toi, Tu sais…

 

Alors, au bord de son cercueil grand ouvert, au moment de bénir son corps, ce corps qui fut le temple de l’Esprit Saint et qui était de plus à toi tout entier, tandis que son âme n’était déjà plus là, j’ai susurré un « merci » qui était autant à lui qu’à Toi.

Comme un vrai à Dieu.

 

 

jeudi, juin 19 2014

You've Got/d a mess@ge

 

[Message de service]

  

 

 

Seigneur, je sais,

je suis parfois rarement souvent un peu dure très dure de la feuille à Ton égard,

Et je ne T’entends pas trop.

 

Puis, en plus, je Te l’avoue même si Tu le sais bien, parfois, j’ai pas franchement envie de T’écouter alors je reste les oreilles bien tournées vers les bruits de la surface au lieu de les laisser tournées vers les profondeurs.

 

Mais, Seigneur, Tu sais, c’est pas non plus la peine de m’écrire certains trucs

en majuscules taille 20 gras souligné surligné en jaune

le tout répété plein de fois.

 

… enfin, remarque, peut-être si…

… sans doute, même…

Ouais, bon.

 

… mais bon, quand même, hein, Tu sais, quand Tu nous balances 5 fois la même phrase dans la même journée, on se dit que c’est un peu Toi derrière quand même…

Alors, à la partie de cache-cache, T’as un peu perdu sur ce coup-là.

Voilà, je Tenais à Te le dire.

 

Puis, merci, hein, quand même :

Message tendre bien reçu... 

Et ça fait sacrément du bien :-) 

 

[/fin du message de service]

 

mardi, juin 17 2014

An un mot

 



Lire leurs fiches de bilan personnel d’année et, notamment cette première question : « et si j’avais à résumer mon année en un mot, ce serait… ? »

 

Souvent, c’est difficile et ce n’est pas « un » mot mais plusieurs. Mais, pour ceux qui ont respecté la consigne, les termes oscillent entre « bien », « normale » et, malheureusement « nulle ». Je reste frappée, comme toujours, de leur manque de confiance en eux-mêmes dès qu’il s’agit de parler d’eux et non plus de fanfaronner en classe et entre eux.

 

Cela me rend assez triste et, Tu sais, Seigneur, finalement, c’est peut-être cela qui me ramène le plus à Te prier pour eux.

 

Et puis, à côté, il y a ce beau « merci » qui claironne et tous leurs récits, plus ou moins éloquents, de leurs découvertes, de leurs défaites, de leurs joies, de leurs difficultés.

 

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En tout la paix du cœur

 



Les jours s’allongent, le temps se fait court ;

Les heures s’égrènent avec chaque classe, descendent sous la dizaine ;

Le travail, la to-do list se font montagne monstrueuse.

 

La mi-juin signe la bascule dans la fin d’année,

Dans ses presses, dans son soleil, invitation à la paresse,

Dans la fatigue des semaines accumulées.

 

Et même dans ma prière, les intentions se font nombreuses mais surtout sont bien lourdes… il y faut bien l’Esprit Saint pour les élever car j’en serais encore plus incapable que d’habitude !  

 

Il y a du stress et ce qu’il faut de fatigue.

Mais il est, au-delà, une paix de l’inachèvement des choses,

Mais il serait presque une paix des mails accumulés en retard,

Mais il est une paix de l’office prié quand même juste après avoir jeté un coup d’œil inquiet à sa montre,

Mais il est une paix des oraisons qui se finissent à moitié endormie, quand même.

 

Quand même.

 

Car, au plus profond des cavalcades effrénées, il y a cette paix, cette paix-là :

Elle a la saveur du silence, des retrouvailles, du cœur-à-cœur de profondeur,

Elle porte, ô combien, la saveur de tout ce qui émaille le quotidien,

Mais cette paix-là, elle diffuse à tout à son tour, la saveur du divin,

Portant Son empreinte et nous faisant y deviner, dans ce quotidien, la marque de Son pas.

 

 

dimanche, juin 15 2014

Job ou la torture par les amis

 


Courte pièce de Fabrice Hadjadj créée pour le Parvis des Gentils sur ce personnage emblématique de l’Ancien Testament qu’est Job, je ne l’avais pas encore lue.

 

Le scénario est d'une simplicité... biblique : Dieu, le diable, ce formidable serviteur de Dieu qu’est Job et les tentations permises pour l’éprouver, cette fois représentées par les amis successifs qui viennent visiter Job à l’hôpital.

 

La tonalité est grinçante mais pourtant si juste... On pourrait regretter que les visiteurs de Job soient finalement si « uniformes » et n’aient pas de profondeur dans leur personnalité, contrairement au personnage principal, ce souffrant si croyant et de manière si touchante. On ne pleure pas mais on est pris aux trippes de l’étoffe humaine de Job.

 

Pourtant, celui, Celui qui me touche le plus dans cette histoire, c’est le Bon Dieu. Vous me direz que c’est normal : peut-être. Mais les mots que met Hadjadj en sa bouche sont terriblement puissants et en voici quelques-uns tirés de la première scène de la pièce :

 

« Je suis

Terriblement myope.

Et c’est pourquoi je dois me tenir tout près de chacun au point qu’il puisse sentir mon haleine dans son cou…

Parce que, pour ainsi dire, je suis l’Acteur pur,

Incapable jamais d’être ce spectateur qui jouit d’observer la tour en flammes au loin depuis son balcon de marbre rose,

Incapable aussi d’être ce comédien qui s’agit sur la scène mais n’agit pas au-delà des derniers strapontins du paradis.

Je connais chaque assistant comme mon propre souffle,

Comme mon fils unique,

Comme ma fiancée sous les arbres en fleurs.

Oui, je sais de chacun d’entre vous le nom absolument propre,

Non pas ce mot général : « Hom ! Hom ! » comme le son d’une bouche qui happe le hameçon des systèmes,

Ni seulement ces menues syllabes : Renée, ou Monique, ou Jean-Charles,

Mais le nom qui t’appelle jusqu’en tes moindres retraits,

Le nom qui te recueille de part et en part et ne convient qu’à toi seul,

Le nom qui te prononce dans la pénombre nuptiale et déclare l’univers singulier que tu ouvras par la faille de tes yeux,

Et par-dessus tout, c’est cela qu’il me fallait plus que toute autre chose te révéler ce soir,

Car pourquoi es-tu ici… »

 

lundi, juin 9 2014

Joue Ta musique en moi

 

 

 

J’ai appris ce matin à la messe que saint Ephrem, fêté ce jour, était surnommé « la harpe du Saint Esprit » (ou « cithare de l’Esprit »).

 

J’ai beaucoup aimé l’expression parce qu’elle nous dit quelque chose de très juste :

Que l’Esprit doit nous « agir »,

Qu’on a à se laisser « pincer » par le Seigneur dans les deux sens du terme – car, être pincé de Lui, en pincer pour Lui en plus de se laisser faire par Lui, c’est tout de même pas mal ! –

Pour qu’Il joue avec notre vie un morceau de musique qui ne peut être que fabuleux.

 

J’aime cette idée que, dans l’abandon à Sa volonté, imprévisible mais toujours aimante,

Il puisse faire de nos vies, belles mais aussi souvent cabossées, et toutes pauvres autant que riches d’humanité,

De quoi enchanter le monde par Son Souffle.

 

Ca m’a donné la tonalité majeure de ma journée :

Viens Esprit Saint par Ton souffle faire d’harmonieux accords avec et dans ma vie !

 

 

 

samedi, juin 7 2014

Pour que tout feu tout flamme

 

 

 

La question était systématique et finalement très légitime ; depuis ces derniers mois, elle s’est malheureusement souvent muée en incompréhension ou en plainte douloureuse me concernant.

- Comment ? Toi ! Toi, catholique si à fond, tu travailles dans l’enseignement public ? »

Horreur, enfer, damnation et toutes les vieilles chaussures de Satan !

 

En général, cela finit par passer en expliquant que oui, que c’est un choix, un vrai. Mais là, récemment, j’ai eu droit à un complément : « Mais tu es en ZEP en plus !!!! Tu es une vraie martyre ! »

 

Dans le fond, c’était gentil et plein d’inquiétude pour ma personne. Mais c’était utilisé dans le sens de celui qui meurt : or, quitte à utiliser ce terme, j’aimerais que ce soit avant tout dans le sens étymologique de celui qui témoigne (ce qui peut aller jusqu’à ce genre d’extrémités, certes).

 

Le christianisme, rappelons-le, ce n’est pas le masochisme. Le christianisme, c’est avant tout une fabuleuse histoire d’Amour entre Dieu et l’humanité, histoire d’amour dans laquelle nous avons chaque jour plus à entrer, hommes tournés vers Lui.

 

Là encore, cela fait poncif éculé mais pourtant c’est vrai. Cette fabuleuse histoire, elle est contée dans l’Évangile. Et l’Évangile, ce n’est pas le pays des bisounours, cela passe par la croix, par l’exigence : parce que l’amour vrai – comme la vie - n’est pas un long fleuve tranquille comme dirait un fameux film.

 

La Parole est belle, elle enchante mais elle est aussi « tranchante comme un glaive », l’Évangile ne se contente pas de demi-mesures : c’est l’Amour, c’est la Vie, à l’état brut, à l’état de croix. Or, chrétiens, nous sommes appelés à être contemporains de l’Évangile, c’est-à-dire à être du même temps que ces paroles, c’est-à-dire à les vivre et à être au même tempo aussi, ce qui peut parfois déranger.

 

La radicalité évangélique, je postule, je suis sûre qu’elle est la même qu’on soit prof en ZEP ou dans l’enseignement catholique, qu’on soit moine dans un monastère, qu’on soit pape au Vatican.

La radicalité évangile, elle se vit dans la conversion du quotidien pour chacun là où il est, là où il est appelé : pas dans un ensemble de lieux, bien précis, bien délimités, bien fermés.

 

Prof catholique en ZEP, je suis toujours comme entre deux. Le week-end, dans mes temps libres, dans mes engagements, je côtoie mes frères chrétiens ; en semaine, au travail, je côtoie mes collègues que j’aime tout aussi profondément souvent athées ou agnostiques. Je côtoie d’un côté – même s’il y a plein d’exceptions – des gens plutôt très à droite, de l’autre – même s’il y a aussi des exceptions – des gens plutôt très à gauche. Il y aurait parfois de quoi devenir fou à entendre des discours si différents.

 

Je n’ai pourtant pas deux vies. Ma conversion, elle est aussi de me laisser recentrer, partout, sur l’Évangile. De laisser mes frères chrétiens m’appeler à un christianisme plus brûlant ; de laisser mes frères collègues me faire découvrir toujours plus la palette variée de l’humanité. Et, moi, d’être cohérente, partout. Dans un catholicisme ni triomphal, ni triomphant mais un christianisme se laissant toujours déplacer vers plus de justesse.

 

Cette grâce de la conversion pour vivre la radicalité évangélique là où je me trouve, je ne peux que la demander dans la prière, mon ancre de stabilité profonde dans le Seigneur.

 

… je n’ai donc rien d’une triste martyre, souffrant de la situation ! Je trouve le challenge beau et humain, afin que le Seigneur transparaisse dans ma vie, en ZEP, comme ce doit tout autant être le cas dans l’enseignement privé : il n’y a pas de différence, sinon, simplement, dans les circonstances.

 

Justement, la Pentecôte peut aussi être l’occasion de tendre nos mains nues vers le Seigneur et de Lui demander, et de laisser Son Esprit inonder nos vies.

 

dimanche, juin 1 2014

Choisir l'art des fioretti

 

 

Le fleuriste, pas très loin de chez moi, il me fascine. Déjà parce que sa boutique est toujours colorée et exhale toujours des fragrances attirantes et que, rien que cela, c’est une vraie invitation au sourire.

 

Et lui-même a également toujours le sourire. On le voit en train de fureter dans sa boutique, d’arroser celle-ci, de recouper d’un coup de sécateur celle-là. Et surtout, quand il compose un bouquet, il le fait avec une telle attention, une telle présence que, dans mon sabir catho à moi, ça s’appelle une prière.

 

L’autre jour, je le regardais faire avec ses gestes précis et délicats : il était beau. En l’admirant réaliser son œuvre – car c’en était une ! – je me disais que, finalement, ce qui le motivait peut-être autant, c’était de savoir qu’il travaillait à rendre les autres joyeux. Pas forcément ceux qui venaient dans sa boutique : mais plutôt ceux à qui ses clients voulaient faire plaisir.

 

Il travaillait à la joie, et il en rayonnait.

 

Pour le fleuriste, c’est peut-être plus directement évident. Mais tout de même, tout est dans le projet, dans le sens qu’on met à nos actes.

 

Si un chrétien y met Dieu derrière - et devant d’ailleurs ;

Si un chrétien sait qu’il travaille, en tout, pour le Seigneur ;

Si chaque chrétien savait, était intimement convaincu que le Seigneur ne peut qu’aimer et qu’il n’a plus qu’à faire de même, pour la joie et le salut du monde : 

Je me dis qu'il en naîtrait des fioretti, ou tout au moins, qu'on saurait les (re)cueillir et les sentir au gré des jours ! 


jeudi, mai 29 2014

Ascension (et le reste)

 

Douleur d’une disparition sensible,

Arrachement des entrailles quand il va partir,

Celui qui vous a annoncé la Vie.

 

Tristesse d’un cœur chaviré à cette idée,

Et pourtant, promesse du Seigneur :

« Je ne vous laisserai pas orphelins ».

 

Même dans le malheur, choisir d’être disciples,

Ne plus regarder vers ce qui ne sera bientôt plus

Mais rester tout l’être tourné vers cette grande aspiration au Ciel ;

 

Pour écouter la Parole résonner dans le silence,

Pour recevoir l’Esprit Saint venant au secours de notre faiblesse,

Pour entendre l’Invisible te murmurer : « allez »,

Pour se laisser, même là, envoyer.

 

lundi, mai 26 2014

Réciter, être acteur : les psaumes (P. Beauchamp)

 

 

 

 

« Comment désigner les chrétiens quand ils tiennent en main le livre des Psaumes ? « Lecteurs » des psaumes ? Cela ne satisfait pas entièrement, parce que, quand on adresse à Dieu le texte d’une prière, on fait autre chose et plus que le lire. Il arrive d’ailleurs qu’on la chante, cette prière.

 

Ne ferait-on même que la réciter, c’est déjà plus que la lire. « Réciter », je conviens que ce mot est peu attrayant : il fait penser aux leçons de l’école. Si pourtant nous cachons un moment cette ombre, comme on le fait en posant sa main sur une partie d’un tableau pour mieux voir les autres, nous découvrirons peut-être que le mot « réciter » a quelques avantages. Il signifie une absence et une présence.

 

Une absence : quand je récite un poème, j’exprime qu’il n’est pas de moi et je lui rends hommage. (S’il était de moi, je le réciterais pour dire qu’il n’est plus à moi, j’en ferais hommage, je m’en détacherais : ce serait pareil.). Mais réciter, c’est aussi faire « acte de présence », parce que c’est faire sien le texte intérieurement, en y adhérant avec sincérité. Je conclus de ces deux aspects que la « récitation » des Psaumes est un acte de tradition, dans le sens vrai (vivant) du terme : être soi-même l’actualité d’un message qui n’a pas en nous son origine. La récitation, la tradition est un acte, assumé par des « acteurs ». Des personnes qui jouent le rôle d’un autre. Saint Paul dit qu’il faut « revêtir le Christ », comme un vêtement qui n’est pas nous-mêmes. Ce vêtement, c’est le cadeau par excellence que Dieu nous fait. Et, quand on a reçu un beau vêtement, on le porte : il n’était pas à nous, il fait partie de nous. C’est la même chose pour les paroles de l’Écriture : nous entrons en elles et elles entrent en nous, qui sommes « acteurs ». »

 

in Paul Beauchamp, Psaumes nuit et jour, chap. 4 « Les psaumes du Christ et les nôtres » 


vendredi, mai 23 2014

D’actions de grâce mâtinées d’émotions

 

Entre lui et moi, tout a commencé par une confession. Une confession toute simple et pourtant des conséquences de laquelle je pourrais parler durant des heures, voire durant une vie.

 

Cela fait pas loin de 8 ans désormais que nous marchons ensemble, lui cherchant à m’aider à mettre mon pas au rythme de celui du Seigneur.

 

Rien ne nous rapprochait concrètement – ni âge, ni lieu, ni formation – et, pourtant, nous sommes devenus de joyeux compagnons de route.

 

Ici n’est pas le lieu de narrer cette route, et il n’est pas l’heure de rendre hommage mais c’est un moment favorable pour constater la profondeur de cette réalité qu’est l’accompagnement spirituel.

 

De la route parcourue,

De l’ouverture de cœur qui s’est élargie jusqu’à une liberté joyeuse de confiance,

D’une amitié imprévisible et incommensurablement profonde,

Des conseils mine de rien, sans avoir l’air d’y toucher, qui font simplement, mais vraiment, grandir.

 

Je pourrais en parler des heures là encore, surtout à ceux qui aiment se faire de l’accompagnement spirituel les contempteurs mais, alors que le grand âge et ses maladies viennent rudement toucher ce compagnon, je préfère regarder, contempler, étonnée, admirative, la justesse de cette relation qui dépasse.

 

On peut dire ce qu’on veut sur la « paternité spirituelle »… Lui-même me disait il y a quelques mois, alors que nous parlions de « fécondité spirituelle », quelque chose comme « tu sais, je ne me sens pas le père de ceux que j’accompagne, non… Mais il faut bien avouer qu’il y a quelque chose de la Vie qui se joue. Qui nous dépasse surtout et dont on n’est jamais propriétaire. »

Oui, on peut dire ce que l’on veut sur cela.

Mais, hier, en discutant avec simplicité et vérité avec ce compagnon tourné déjà vers la Vie,

En ayant le cœur tout barbouillé d’émotion, je l’avoue,

Je constatais, au-delà de la circonstance, la profondeur d’un lien qui nous unissait, qui nous dépassait : la grâce était là, dans la faiblesse, guidant le tout.

Et j’en suis restée à rendre grâce.

 

Hier, vos mains, décharnées et tremblantes, se sont posées sur ma tête pour me donner l’absolution.

Car le Seigneur agit malgré, et dans, et au travers de la faiblesse.

 

Oh, on dit souvent – et c’est vrai – que la chair est faible

Mais, tout de même… qu’est-ce que la grâce est forte !

 

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