Zabou the terrible

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mercredi, février 26 2020

Debout le mercredi des Cendres (ou pas)

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Mercredi des Cendres... et ça commence plutôt mal pour un carême debout : 

Et quand vous priez, ne soyez pas comme les hypocrites :
ils aiment à se tenir debout dans les synagogues et aux carrefours
pour bien se montrer aux hommes quand ils prient.

Certes, il s'agit de ne pas se montrer en spectacle, de ne pas se la raconter devant nos frères parce que franchement, on ne vaut pas chers nous non plus... mais s'il y avait autre chose, aussi ? 

Si, parfois, notre hypocrisie n'est pas tant dans le rapport à l'autre que dans le fait que notre posture n'est pas du tout accordée à l'élan ou peut-être à l'arrêt, de notre coeur vers Dieu ? Que nous nous mettons debout bien souvent par habitude, sans y réfléchir, sans y penser. Peut-être pour bien nous montrer à nous-mêmes comme nous prions bien. 

Et si cette parole était aussi pour nous rappeler que la prière peut se faire n'importe où, dans n'importe quelle position ? Un moyen de nous redire que ce qui compte foncièrement, c'est que cette posture corresponde à notre relation à Dieu à ce moment-là. Je n'ai pas toujours envie d'être dans le claironnant et le triomphant affirmatif avec Lui : j'aime adorer à genoux tout comme j'aime m'asseoir dans un silence d'écoute. Souvent, le soir, je prie en tailleur par commodité et, les jours où ma prière se fait offrande ou pleurs, il m'arrive de poser mon front à terre. 

Tout comme il n'y a pas que les synagogues, les églises, les carrefours et les croisées de nos chemins qui sont des lieux de prière. Ce qui compte, c'est la Rencontre et le murmure priant d'une relation sans cesse entretenue. Et si le carême était temps favorable pour mettre en place un temps plus en vérité avec Lui ? 

 

Debout en carême !

Je ne sais pas dans quelle mesure je serai capable - ou non - de proposer des méditations irrégulières mais pour ce carême, ce thème s’est imposé à moi. Pour deux raisons essentiellement : 

  • Parce que debout c’est la posture du ressuscité et que c’est bien vers Pâques que nous sommes tendus. 
  • Et puis pour une raison plus personnelle... parce que, même si j’ai reçu le don d’une joie qui ne vient pas de moi, je n’ai pas la naïveté de croire que tout va bien dans notre monde. Avant les vacances, même, saisie par la violence de ce qui se passait dans les lycées au niveau du passage des E3C, je me suis encore redit combien profondément  le monde était sombre de toutes les crises sociales, societales, écologiques et tant d’autres qui le hantent. Et c’est alors une figure debout qui est venue habiter ma prière, une femme, touchée mais non écroulée, Marie au pied de la croix, cette figure de l’espérance. 

 

C’est entre ces deux figures que je veux habiter et vivre ce carême, moi aussi debout : alors, quand le jour s’y prêtera, il y aura quelques mots ici pour vivre, avec moi si vous le souhaitez, debout en carême.

dimanche, février 16 2020

Comme un caillou dans la chaussure

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            Comme prof, il y a des moments où tu regardes avec une certaine satisfaction des bouts de chemin parcourus par tes élèves ou, tout simplement dans mon cas, une classe qui va mieux, même si c’est loin d’être parfait. Et puis, il y a toujours lui (mais ça pourrait être un autre) : lui qui a probablement un problème d’ordre psychologique, qui ne fait rien comme il faut, qui te soule grave parfois, qui n’adopte jamais le comportement d’un élève face à l’adulte, qui a un seul cahier pour toutes les matières depuis le début de l’année, qui commet des actes incroyables d’incohérence en classe, qui joue avec tes limites…

 

            Et là, tu te retrouves vraiment justement face à tes limites : tu cherches à garder patience, tu y arrives le plus souvent mais, parfois, ben non, ça rate. Tu râles, tu t’énerves, tu cries un bon coup et après, bien sûr, tu t’en veux d’avoir manqué le coche de ton rôle de prof, de ton rôle d’éducatrice auprès de lui. Et c’est dur. 

 

            Cet élève ou ces élèves qui t’échappent, qui échappent finalement aux règles du système scolaire, sur lesquels tu n’auras jamais vraiment une quelconque prise sont aussi là pour te rappeler à l’humilité. Ils sont comme le petit caillou dans la chaussure qui vient déranger une marche bien huilée, ils viennent t’irriter, te blesser mais te rappellent aussi que si tu ne prêtes pas attention à un petit bout du membre d’un corps, c’est le corps tout entier qui a mal. Non, ta classe ne va pas vraiment mieux si lui continue d’aller mal. 

 

            Alors, tu sais que ce n’est pas dans les méandres de ton intellect ou du système scolaire français que tu auras la solution. Et tu sais que si tu en restes là, tu ne feras que crier sans avancer : ce petit caillou blessant, il vient bien bien souvent te rappeler aussi combien tu as encore à apprendre à aimer. A aimer vraiment, c’est-à-dire même celui qui dérange, car quel intérêt si nous n’aimions que ceux qui nous aiment ? Même les païens en font autant dit l’Evangile ! Car, même sans solution formelle, c’est seulement dans l’amour que le regard s’éclaircit, que la patience grandit, que la commune humanité ressurgit au-delà des défaillances : alors, Seigneur, enseigne-moi, à travers lui, pour lui, toujours plus, toujours plus justement, comment Toi, tu sais aimer, à pure perte, à plein don, apprends-moi simplement comment tu aimes aimer, Toi et à le faire à Ta suite. 

 

mercredi, janvier 29 2020

Le projet en précommande

 
Addendum 31 janvier - le book-trailer 

lundi, janvier 27 2020

La vraie vie d’un prof de lycée en éducation prioritaire par temps troublés de réforme

 

Attention, il ne s’agit pas ici d’un n-ième récit plaintif de prof pour dire que c’était mieux avant : j’aime profondément enseigner et accompagner les élèves au quotidien dans leur croissance. Néanmoins, la tournure actuelle des événements m’énerve : je ne revendique rien mais je vois les annonces concernant le métier de prof s’alourdir, bien au-delà de la réforme des retraites, et de trop nombreuses personnes extérieures à notre métier, y compris parmi mes proches, expliquer que les profs doivent arrêter de râler et que cela commence à bien faire. Seulement, outre ces annonces qui risquent vraiment de continuer à diluer le sens de notre profession, ceux-ci ne connaissent pas l’état actuel survolté des lycées, en cette période où les réformes du nouveau bac commencent – ou pas – à s’appliquer et chez les lycéens, et chez leurs professeurs. Cette journée écoulée étant particulièrement paradigmatique d’une journée de prof en lycée général d’éducation prioritaire en cette période, je vous la raconte, plutôt sous la forme d’une suite d’instantanés car, mine de rien, j’ai du travail, en bonne feignasse de prof. Commençons donc, aujourd’hui, je devais assurer 4h de cours, de 11h à 13h, puis de 14h à 16h…  

 

7h, le réveil sonne. Trop tôt par rapport aux lundis ordinaires mais je dois me rendre au lycée pour 9h, rendez-vous avec plusieurs professionnels, de l’éducation et de la santé, pour une élève déscolarisée, en grande détresse, qui doit retrouver le chemin de l’école. 

 

Laudes, à moitié endormie. Je confie ce premier rdv, épineux, au Seigneur et je me dis qu’aujourd’hui, ça risque d’être la loose : les fameuses « E3C », épreuves du « nouveau bac », sont prévues chez nous mardi et mercredi et, vu les messages des collègues hier soir et les réactions des élèves la semaine dernière, ça ne devrait pas être serein. Petit-déj rapide et départ, mal au ventre car angoissée par la situation. 

 

Grrrrr des bouchons ! 

 

9h, j’arrive tout juste, je demande au secrétariat où va être la réunion. On m’indique la salle mais en m’informant d’un changement de dernière minute : la réunion ne sera qu’à 9h30. Joie. 

 

Qu’à cela ne tienne, je vais corriger quelques copies dans la « salle de collection » : ah ben tiens, comme la semaine dernière, il n’y a pas de chauffage. De toute façon, je suis vite dérangée par les hurlements dans le couloir qui me font aller voir pour renforcer la présence d’adultes : les élèves s’énervent et mettent en place un blocus progressif pour protester contre les E3C. 

 

9h30 : on se retrouve en salle de réunion, il manque encore l’élève concernée avec sa mère. On prend un café, j’en profite pour échanger sur le cas de certains de mes élèves avec l’infirmière présente, ne perdons pas un instant. On convient de se retrouver à 16h pour parler d’une élève qui nous semble en danger. 

 

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dimanche, janvier 26 2020

Le dimanche de la Parole de Dieu ? Aussitôt !

 

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« Il les appela. Aussitôt, laissant la barque et leur père, ils le suivirent. » 

(Evangile IIIème dimanche du T.O., année A – dimanche de la Parole de Dieu)

 

« Aussitôt » : quelle promptitude impressionnante ! Le lecteur de l’évangile selon saint Marc est habitué aux nombreux « et aussitôt » qui scandent l’évangile ; ils sont moins nombreux chez Matthieu que nous lisons en cette année A mais, pourtant, ils disent aussi, me semble-t-il, quelque chose de l’ordre d’une réalité forte pour chacun de nous. 

 

Pourquoi ? Pour nous dire que le changement de vie, c’est maintenant ? Oui et non. Il est facile de se dire : oui, eh bien, ils étaient déjà super disposés à accueillir la Parole du Sauveur, ils étaient du style juifs formés à 300%, attendant de pied et de barque fermes le Messie : rien à voir avec nous. Peut-être. Mais c’étaient de pauvres pêcheurs, sans doute de pauvres pécheurs : en cela, ils avaient tout à voir avec nous. 

 

Le « aussitôt » n’est pas tant dans l’action, il est de l’ordre de notre disponibilité à accueillir Sa parole vivante qui nous est adressée. Cette disponibilité consiste surtout à disposer notre cœur pour L’écouter, à conserver notre cœur suffisamment libre et non pas encombré sous les diverses idoles, de toutes sortes, que nous formons et qui embroussaillent notre vie : préoccupations, addictions, tiédeurs, bref, tout ce qui empêche d’aimer en retenant captif notre cœur. Alors, « aussitôt », la Parole tombe non dans le vide, non comme un coup dans l'eau faisant d’inutiles cercles, mais bien dans un cœur, vivant lui aussi, apte à répondre. 

 

Ce qui est en jeu, ce n’est pas alors de laisser notre barque et notre père, mais de Le suivre : c’est accepter d’entrer dans cet itinéraire surprenant de suite du Christ. Les apôtres, dans cette péricope, n’ont pas atteint une fin mais bien un début de compagnonnage fécond : c’est le même qui nous est proposé chaque fois que nous ouvrons la Bible, « aussitôt » que nous lisons la Parole de Dieu. 

 

Comme le titrait en effet le frère François Cassingena-Trevedy dans un court traité sur la lectio divina, tout change « quand la Parole prend feu ». Quand notre cœur est libre pour écouter, la Bible n’est pas un texte mort, le livre sacré d’une religion du livre, mais s’emplit des paroles savoureuses de Celui qui est vivant et qui nous aime, des paroles amoureuses qui transforment, « aussitôt » et à chaque fois à nouveau, notre existence en profondeur. 

 

mardi, janvier 21 2020

Divers mots ailleurs

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La fin bien occupée d'un projet et quelques autres priorités m'ont tenue un peu éloignée d'ici mais, en attendant mieux, j'ai commis quelques petites choses ailleurs en papier et sur le web (payantes pour accéder à la totalité du contenu malheureusement !)... Alors, histoire de vous occuper si vous le désirez :  

Pas grand chose par rapport à tant de délaissement ici ? 

Bon, ok, il y a aussi un chouette dossier autour de la "Parole de Dieu" dans le dernier numéro de la revue Vocations de l'oeuvre des vocations auquel j'ai eu la joie de contribuer parmi d'autres. Si vous ne recevez pas encore cette revue de l'Oeuvre des Vocations (qui vous permet, suivez bien, de faire une bonne oeuvre pour les vocations comme son nom l'indique ! Incroyable, non ?), c'est de ce côté-là pour vous abonner : s'abonner au magazine.  

A bientôt ! :-) 

 

vendredi, janvier 10 2020

La prière, lieu privilégié de l’interreligieux

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            Mercredi soir, à la messe, comme souvent, je pensais à mes élèves. Au moment de l’offertoire, j’aime regarder intensément ce qui se passe à l’autel et, surtout, prier d’une manière toute spéciale. Mon premier père spi de moine, quand ce n’était pas la messe conventuelle, disait souvent, à ce moment, quelque chose de ce style : « présentons, offrons toutes nos pauvres vies au Seigneur pour qu’Il les prenne en Son eucharistie » : c’est ce que je fais et, souvent, ce qui habite ma pauvre vie, ce sont mes élèves ou le souci plus spécifique de tel ou tel. 

 

            Mercredi soir à la messe donc, c’était ce garçon qui habitait plus spécialement mon cœur, arrivé plus tard que la rentrée dans ma classe mais désormais bien intégré. Ce garçon ? Un « migrant », accueilli en foyer, protégé heureusement par notre pays mais qui revient de loin sur tous les plans – et notons bien que tous n’ont pas cette chance, nous venons de le voir avec cet enfant mort dans le train d’atterrissage d’un avion. Ce n’est pas si facile pour lui mais il fait preuve d’une volonté incroyable. Et mercredi donc, j’avais appris que  mon projet de le faire participer à notre voyage scolaire, ce dont il rêvait, tombait à l’eau pour des raisons administratives. Alors, c’est cet élève que j’ai présenté au Seigneur dans le creux de ma vie lorsque le célébrant présentait les dons. 

 

            Cet élève, comme tant d’autres, comme la plupart de ceux dont je porte le souci, porte un prénom musulman. Ces élèves prient Allah et non le Dieu Un et Trine, s’étant révélé à nous en Jésus Christ, vrai Dieu et vrai homme. Et pourtant, au-delà de toutes les discussions théoriques dont je ne nie certes pas l’importance, j’aime bien voir là, dans cette simple prière à dimension eucharistique, une belle forme de dialogue interreligieux : parce que je crois qu’Ils sont aussi, d’une manière cachée, à Lui. 

 

 

dimanche, janvier 5 2020

Epiphanie 2020

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Epiphanie... Je me dis que, souvent, nous venons à Lui non avec un cadeau mais bien les mains encombrées de tout plein de choses dont nous ne savons nous défaire, sans avoir la simplicité de venir ou directement les mains vides pour Le recevoir, ou plus certainement, d'offrir ce que portent nos mains de varié pour les libérer en allant vers Lui. 

Car ce qui nous encombre peut également être cadeau et moyen tout spécial de Le rencontrer : dans l'or de nos moments lumineux, dans l'encens des moments parfumés de la prière et, enfin, aussi, dans la myrrhe de toutes nos morts. Alors, "prends Seigneur et reçois" pour que, dans nos vies, nous sachions voir Tes épiphanies ! 

 

mercredi, janvier 1 2020

Bonne année 2020 !

Ici aussi, à chacun, je souhaite une belle année 2020 : qu'elle resplendisse de Sa lumière ! 

 

 

 

mardi, décembre 31 2019

Habiter le monde ? Quelques mots au sujet du Goncourt 2019

 

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            J’étais terriblement curieuse de découvrir le roman qui avait détrôné mon « poulain » de l’année au Goncourt 2019, quel était cet ouvrage qui avait surpassé Soif – même si, entendons-nous bien, je maintiens aussi les limites réelles de ce livre mais il me semble tout de même méritant ce prix ! (Cf. https://www.nrt.be/fr/recensions/soif-13721)

 

            Donc le Goncourt 2019 signé Jean-Paul Dubois avec, dès l’abord, un beau titre, méditatif comme il faut Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon  et qui présente un rythme narratif intéressant : de sa prison close, l’imagination du narrateur s’échappe en souvenirs pour retracer le fil de sa vie. En termes ignatiens, on dirait certainement qu’il la relit et ce ne serait pas faux tant il y a certainement quelque chose d’un exercice spirituel là-dedans. 

 

            Ainsi le livre tout entier s’écrit et se tresse dans une alternance entre le fil de sa vie passée et le caractère glauque de sa vie présente, avec son co-détenu, un homme rustre dont l’unique raison de vivre est sa moto en bon – ou mauvais ? – Hells Angel. Évidemment, nous ne connaissons rien des raisons de l’incarcération du narrateur, si ce n’est qu’on devine que c’est extrêmement grave et c’est bien ce qui accroche la lecture puisque nous voudrions bien savoir ce qui a pu amener là un homme qui semble simplement être l’un de nous. 

 

            Pourtant le roman ne nous y mène pas en ligne droite et, si « Dieu écrit droit avec des lignes courbes » comme on le sait, ce qui amène à l’exercice de la violence s’écrit aussi avec les méandres d’une vie certes surprenante mais également très ordinaire, avec ses promenades primesautières, une famille qui connaît des bas, le travail quotidien ou encore un amour qui emplit l’existence. On a plaisir à la lire car on croirait lire le portrait simple d’un « honnête homme », aux nationalités plurielles. Mais c’est bien ce même homme, si simple et si bon, qui commettra un acte passible de la prison : toutefois, une fois que nous en sommes là, ce n’est plus vraiment ce qui importe. Car nous avons appris à aimer ce personnage et la fin semble affirmer que le narrateur est heureusement enfin parvenu à trouver et la paix, et ce qui fait le cœur de son identité. Et, oui, je dois le dire, sans être le livre du siècle, notamment à cause d’un style qui se lit bien mais qui n’est pas particulièrement remarquable, c’est un beau roman, comportant quelques clins d’œil intertextuels notamment à des fables de La Fontaine, comme si ce récit se voulait plus « moral » qu’il n’en avait l’air. 

 

            Il est vrai qu’en creux de la trame romanesque se perçoit aussi un questionnement religieux – était-ce la condition cette année pour être finaliste du Goncourt ? – puisque le père du narrateur, personnage secondaire prenant beaucoup de place dans l’intrigue, est un pasteur qui a perdu la foi mais qui demeure attaché de manière assez désespérée à la morale et, derrière, à une forme de vie qui tressaille malgré l’accablement. Car c’est que « tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon » dit ce pasteur dans son homélie finale, concluant en gardant une porte ouverte : « Que Dieu, s’il vous voit, vous bénisse ». Ainsi, si l’on devait mettre en relation ce questionnement dans les deux romans finalistes du prix Goncourt 2019, peut-être faudrait-il parler simplement d’incarnation et esquisser l’hypothèse que, dans un cas, celui de Soif, nous découvrons de manière originale Celui qui est venu demeurer, habiter parmi nous, homme au milieu des hommes. Dans l’autre cas, dans ce roman, c’est un homme qui découvre presque de manière initiatique qui il est réellement parmi les hommes : avant tout un être incarné, avant toute tribulation et même après, un fils qui s’est reçu de ceux qui lui ont donné la vie. 

 

dimanche, décembre 29 2019

Sainte famille 2019

 

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Sainte famille… loin des représentations sirupeuses, Marie et Joseph ont connu bien des tribulations avec ce petit bout d’homme qui était déjà complètement Dieu : annonciation(s) d’inattendu, naissance galère pas du tout dans la super maternité qui fait rêver tout le monde avec accompagnement de la maman et du papa mais plutôt la version système D, fuite en Égypte façon exil politique pour éviter que l’enfant soit massacré, retour peu rassuré et discret, perte de l’enfant au Temple et tout ce qui se passe après ses 30 ans et puis, plus largement, tout ce qui n’est pas raconté dans les Évangiles et qui fait pourtant la vie d’une famille, en ombres et en lumières, en creux et en bosses. 

 

‘« Ta mère et tes frères sont là dehors, qui veulent te voir. » Il leur répondit : « Ma mère et mes frères sont ceux qui écoutent la parole de Dieu et la mettent en pratique. »’ (Lc 8, 20-21) Comme Il l’affirme ainsi, la Sainte famille, c’est aussi l’Église, c’est-à-dire nous, à mesure que nous écoutons Sa Parole et que nous la mettons en pratique. La Sainte famille, ce n’est pas du tout plat, du tout cuit, du tout réussi : la Sainte famille a connu des tribulations, l’Église en connaît parce que l’écoute et la mise en pratique de Sa Parole, cela ne se vit jamais sans résistance. Mais c’est en devenant toujours davantage Sa Sainte famille, à l’écoute du Verbe fait chair que nous apprendrons à placer Sa Sainte famille et toutes nos familles sous le seul signe de ce qu’est le véritable Amour. 

 

 

samedi, décembre 28 2019

Sur quelques enquêtes journalistiques à visée ecclésiale récentes

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            Je viens enfin de prendre le temps de lire l’enquête réalisée par Nicolas Senèze, Comment l’Amérique veut changer de pape, parue chez Bayard il y a quelques mois : évidemment, un livre inconfortable à lire par tout ce qu’il révèle de scandales dans notre Église. Si l’on parle en premier lieu d’abus sexuels aux USA, tout cela se fait sur fond d’argent et de pouvoir qui dysfonctionne : en un mot, c’est écœurant, sur tous les plans, et le travail minutieux du journaliste de La Croix permet de se rendre compte des terribles rouages de ces affaires. On comprend mieux aussi, à le lire, la virulence de certains textes plutôt très conservateurs croisés sur internet : les enjeux sont plus vastes et tendus que de simples désaccords sur quelques points précis de doctrine. En ce qui concerne ces derniers, le pape François promeut, comme dans tous les domaines, le dialogue sans se lasser comme l’indique cette citation figurant d’ailleurs dans l’ouvrage : 

 

Quand les leaders des divers secteurs me demandent un conseil, ma réponse est toujours la même : dialogue, dialogue, dialogue. L’unique façon de grandir pour une personne, une famille, une société, l’unique manière pour faire progresser la vie des peuples est la culture de la rencontre, une culture dans laquelle tous ont quelque chose de bon à donner et tous peuvent recevoir quelque chose de bon en échange. L’autre a toujours quelque chose à nous donner, si nous savons nous approcher de lui avec une attitude ouverte et disponible, sans préjugés. (Discours à la classe dirigeante du Brésil, 27 juillet 2013)

 

Les lobbys américains en sont loin et cherchent à protéger en premier lieu leurs intérêts, d’où notamment la fameuse affaire Vigano en 2018 et toutes les révélations qui ont suivi, notamment sur McCarrick (d’ailleurs, pof, on vient encore d’en apprendre une belle hier). L’auteur en démonte la genèse… Le résultat est, avouons-le, assez grinçant et inquiétant puisque ces lobbys, non contents d’attaquer régulièrement actuellement, cherchent aussi à peser sur le prochain conclave afin d’élire un pape selon leurs vues. Où est notre foi, qui devrait être première, dans tout cela ? 

 

            De manière plus générale, j’ai pensé, en lisant ce livre, à Omerta de Sophie Lebrun tant les deux ouvrages ont en commun non seulement d’aborder les abus sexuels dans l’Église, à deux niveaux différents certes, mais aussi le style de l’enquête journalistique qui vient appuyer par des faits là où cela fait mal. Cela n’en fait néanmoins pas des livres de scandale, bien au contraire. Ils sont bien différents d’un autre livre de « journaliste », le fameux Sodoma de Frédéric Martel qui, là où les deux journalistes veillent au sérieux de leurs sources, connaissent bien leur Église et son fonctionnement et ne laissent pas leur subjectivité prendre le dessus, agit en personne ne connaissait pas grand-chose au fonctionnement ecclésial et ecclésiastique et tire, de faits minimes, des conséquences lourdes. Alors que certains recoupements intéressants pourraient se faire entre le livre de Senèze et le livre de Martel (notamment sur les milieux conservateurs et fortunés américains, mentionnés par les deux !) qui pourraient permettre, peut-être, une Église plus saine, nous en sommes empêchés par le manque de sérieux de ce dernier, ayant tendance à l’affabulation grandiloquente. 

 

En tout cas, en sortant de la lecture d’un livre comme celui-ci, on se rend compte combien il y a à prier :

  • Pour les victimes d’abus, de toute sorte, a fortiori les mineurs… que cette prière résonne fortement en ce jour où nous fêtons les saints Innocents et leur cri innocent tendu également vers le ciel. 
  • Pour ceux qui commettent les abus, sexuels, financiers et de pouvoir : qu’ils cessent d’adorer leurs idoles pour se tourner vers le Seigneur de miséricorde. 
  • Pour notre Église : qu’elle sache enlever toute laide excroissance la défigurant pour être, pauvre peut-être, mais vraie, rayonnante du Christ. 
  • Pour notre pape François qui doit œuvrer à cette vérité, quoiqu’attaqué. 
  • Pour nous-mêmes et tous les membres de l’Église : car c’est de notre conversion à tous, qui que nous soyons, où que nous soyons, dont il s’agit en réalité vraiment. 

 

vendredi, décembre 27 2019

La Vierge et moi

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            Il ne s’agit pas de vous narrer ici mes relations avec la sainte Vierge (non, non, désolée, toujours pas d'apparition) mais bien du dernier ouvrage de Marion Muller-Colard dont j’ai fortement apprécié les précédents (surtout L’Autre Dieu qui garde une place toute spéciale dans mon petit cœur de croyante : si vous ne l’avez jamais lu, je vous le recommande chaudement !). Jusque-là, je l’avais lue uniquement dans le style de l’essai et dans le domaine de la spiritualité. Et là, cet ouvrage est profondément déroutant puisqu’il s’agit d’une courte pièce de théâtre. 

 

            La situation initiale est simple, il s’agit d’une statue de la sainte Vierge et trois femmes qui gravitent autour : une jeune mère, une amoureuse et une clocharde. Trois femmes que tout pourrait opposer, trois femmes qui n’ont pas les mêmes vies, trois femmes qui sont pourtant réunies autour ou peut-être au pied d’une statue qui semble tant silencieuse. Autour d’elle, les trois femmes vont se chamailler puis se rencontrer, en vérité, peut-être même davantage encore en charité car ce n’est pas antinomique. 

 

            Il y a de belles répliques, des phrases parfois fulgurantes ( par exemple : "je suis sûre que si on se mettait à fouiller la vie des saints, on trouverait bien des tordus. Parce que c’est quoi l’intérêt d’être saint si on n’est pas tordu à la base ?")  et, de façon ténue, une manière de vouloir creuser le mystère du cœur d’une femme (amis pro-gender, pas frapper, elle embrasse peut-être l’homme aussi. Enfin, je n’en sais rien, vous lui demanderez) et très certainement et plus fortement, de vouloir laisser le silence de Marie dire ce qui rayonne d’elle, de sa fraîcheur et de sa liberté dans ces trois femmes. Seulement cela n’est pas toujours aussi éclatant, aussi rayonnant que dans ses ouvrages de spiritualité : on a l’impression que notre théologienne oscille entre le théâtre qu’elle a ici choisi et sa plume si gracile d’essayiste qui sait bien s’envoler, presque malgré elle et je ressors donc un peu partagée quant à cet ouvrage dont l’idée d’origine me semble pourtant réellement bien trouvée : n’est-ce pas en effet dans notre prière la plus humble, la plus humiliée, que nous osons nous montrer au plus intime et au plus juste de ce que nous sommes ? 

 

 

jeudi, décembre 26 2019

Noël de prof, Noël jusque-là

 

 

 

 

 

C’est vrai qu’il serait plus confortable d’avoir un Dieu qui se montre tout de suite tout-puissant à la manière des super-héros : 

Et pourtant, notre Dieu est le Dieu qui se fait homme ; 

Et pourtant, notre Dieu est le Dieu qui naît dans une crèche ;

Et pourtant, notre Dieu est le Dieu qui meurt en croix. 

Il est aussi, évidemment, le Dieu qui ressuscite et qui vainc la mort mais cette éclatante victoire ne peut faire oublier ce qui précède. 

 

Je crois que, parfois, même si on le sait dans notre intellect, on s’attache aussi, presque inconsciemment, à notre conception victorieuse de Dieu et on en oublie la réalité de cette naissance : 

Dieu vient naître là où on ne veut pas de Lui, pas de place parmi les hommes, avec un aubergiste probablement bien agacé de cette demande en sus ; 

Et Dieu vient naître dans une mangeoire, pleine de foin, proche d’animaux, dans une odeur probablement détestable. 

Nous avons tous une part de représentations sirupeuses de cette naissance en tête – même s’il est probable que l’émerveillement de toute naissance fut bien présent ! 

 

Pourquoi tout cela ? Parce que je pense que cela porte aussi des échos dans notre vie spirituelle : on peut parfois penser que Dieu n’est présent que dans les belles choses victorieuses de nos existences. 

 

J’y ai beaucoup pensé à Noël et dans les jours ultimes de la préparation à la fête car, sous ma casaque de prof, j’ai vécu un premier trimestre houleux : pas tant le changement d’établissement et de niveaux enseignés que, surtout, une classe dont je suis professeur principale à la concentration incroyablement élevée d’histoires problématiques. D’où une classe difficile à « gérer » certes, mais surtout de nombreux éléments annexes à mettre en place pour tenter de les accompagner, au mieux, au-delà des réactions strictement disciplinaires. Alors, à Noël, ce sont leurs vies compliquées et leurs visages qui ont énormément habité mon cœur… J’ai voulu confier ceux-ci : 

Toi qui ne sais t’exprimer que par les poings quand cela dépasse un certain seuil, 

Toi qui as probablement un problème psychique, qui es hors-sujet et ramènes tout à toi à tel point que souvent ma patience te concernant est mise à rude épreuve, 

Toi dont les paroles sont si fréquemment violentes et menaçantes et qui n’as jamais appris à te canaliser, 

Toi qui consommes très probablement des produits illicites dans une famille où tu n’es visiblement pas le seul, 

Toi qui ne sais pas gérer ta sexualité commençante et as tendance à la faire tomber dans les ornières de la pornographie et non du respect et de l’amour vrai, 

Toi qui as peur de venir en classe et sèches pas seulement un peu mais tellement que cela met ton année en péril, 

Toi dont il y a un problème d’alcool dans la famille, 

Toi qui viens d’ailleurs et ne sais pas écrire convenablement deux mots d’affilée, 

Toi qui es un chouette garçon mais qui viens de vivre tant de tribulations depuis ton pays pour arriver enfin en sécurité en France, 

… et vous tous, cette classe qui commence enfin, après plus de trois mois ensemble, à prendre forme, peut-être parce que chacun finit par accepter d’être ce qu’il est. 

 

J’ai voulu croire que Dieu était venu pour chacun de vous, pour chacun d’entre eux, dans leur pauvreté comme il l’a fait dans une mangeoire de Bethléem, et, qu’au cœur de ces ténèbres, Il est justement venu se rendre présent et apporter Sa lumière : celle de l’Espérance, la vraie, celle qui espère plus loin que toute nuit. C’est aussi cela un joyeux Noël ! 

 

 

dimanche, décembre 15 2019

Histoire d’une mouette et du chat qui lui apprit à voler

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Je ne sais même plus exactement comment il était arrivé là mais il traînait dans ma pile de livres depuis un temps certain : un conte de littérature jeunesse de Luis Sepulveda, Histoire d’une mouette et du chat qui lui apprit à voler. Je crois que je l’avais acheté, séduite par le titre mais l’occasion n’était jamais venue : là, elle était belle dans les tourments fatigués de décembre et en parallèle de quelques ouvrages plus sérieux puisque lire un seul livre en même temps m’est difficile. Un conte chilien, comment espérer meilleur exotisme ? 

 

            Bref, c’est l’histoire d’une mouette ou d’un chat, ou plutôt d’une mouette et de plusieurs chats dont l’un, Zorbas, va promettre à une mouette mourante de veiller et d’apprendre à voler à l’œuf qu’elle laisse en testament. Promesse de chat de port, promesse sacrée ! Tous les chats du port vont donc se sentir investis de cette mission d’aider à faire éclore puis à laisser grandir vers sa propre vie ce petit oisillon plein de plumes dont leurs poils ont la charge. Inutile de vous dire combien c’est décalé, drôle et charmant… mais la grande réussite de Sepulveda est aussi d’en faire un conte qui parle si bien de l’amitié, d’écologie et de différence tout en n’étant jamais moralisateur. Un petit joyau, tout simple, à mettre entre toutes les mains, sans limite supérieure d’âge ! 

 

 

P.S. : Il va falloir désormais que je réfléchisse comment le classer dans la bibliographie des livres lus de l’année pour mon dossier d’année de théologie : "littérature jeunesse", vraiment ? ;-) 

 

Pour l’acquérir : Sepúlveda, Luis, Histoire d’une mouette et du chat qui lui apprit à voler [Historia de una gaviota y del gato que le enseñó a volar ], trad. Anne-Marie Métailié, Paris, Métailié, 1996, 144 p. 

 

 

dimanche, décembre 8 2019

L'Avent en s'enguirlandant

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Je vous avais proposé, voici deux ans, d’utiliser le même calendrier de l’Avent que moi >> . Cette année, si vous souhaitez me suivre (ou plutôt me rejoindre vu la date à laquelle je prends enfin le temps d'écrire ce billet), dans mon calendrier, sachez qu’il s’agit bien de s’enguirlander ! 

 

            Non, pas ce que vous imaginez de prime abord mais bien de réaliser une guirlande lumineuse, pas avec de grandes connaissances en électricité mais bien avant tout par le cœur. 

 

            L’idée ? Puisque nous nous préparons à accueillir Celui qui est la Lumière du monde, il s’agit de noter, au quotidien, une lumière qui nous parle de Lui. Une chose, simple ou complexe, petite ou grande : qu’importe pourvu qu’elle brille de Lui ! 

 

Le tout fera ainsi une belle guirlande très lumineuse dont nous pourrons nous parer, nous enguirlander afin d’être davantage lumineux de Lui à la fin de l’Avent. Disciple missionnaire, à l'intérieur tout comme en sortie quoi ;-) 

samedi, novembre 30 2019

Réveillon liturgique

 

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            Ca y est, nous allons entrer dans une nouvelle année liturgique avec ce premier dimanche de l’Avent. Au réveillon civil, entre fin d’année et nouvelle année, on réveillonne souvent avec des amis… alors, pour un réveillon liturgique, c’est à vivre avant tout avec le Seigneur (notez bien que cela n’empêche pas de le faire aussi avec des amis : rien d’incompatible même si la posologie prévoit sans doute un peu moins de champagne mais tout autant de pétillance). 

 

            Peut-être en tout cas l’occasion de faire le point spirituel sur l’année écoulée : en quoi elle m’a rapprochée du Seigneur ou moins par moments, mes (grosses) gamelles de manques d’Amour, mes grandes joies… Et rendre grâce pour tous ces événements où Il était présent.

 

            Mon père spirituel, à l’occasion de son jubilé, avait demandé de prier pour lui un Miserere et un Magnificat. Je trouve l’idée particulièrement ajustée pour un réveillon liturgique : Pitié mon Dieu pour moi, pécheresse, selon Ta grande miséricorde, efface mon péché mais, en même temps, le Seigneur fit pour moi des merveilles et mon cœur exulte de joie ! Sans doute avons-nous à tenir ce soir ces deux prières pour relire avec Lui notre année, pour Lui confier aussi l’année à venir.  

 

Enfin, si au réveillon civil, c’est la flûte qui est parfois débordante, au réveillon liturgique, nous pouvons bien dire avec le psalmiste, pleins d’actions de grâce : « Ma coupe est débordante » (Ps. 15) et conclure en chantant alors finalement, en guise de je T’aime, un Te Deum de tout notre cœur : 

 

A toi, Dieu, notre louange !
Nous t'acclamons : tu es Seigneur !
À toi, Père éternel,
l'hymne de l'univers.

Devant toi se prosternent les archanges,
les anges et les esprits des cieux;
ils te rendent grâce ;
ils adorent et ils chantent ;

Saint, Saint, Saint, le Seigneur,
Dieu de l'univers ;
le ciel et la terre sont remplis de ta gloire.

C'est toi que les Apôtres glorifient,
toi que proclament les prophètes,
toi dont témoignent les martyrs ;
c'est toi, que par le monde entier
l'Église annonce et reconnaît.

Dieu, nous t'adorons :
Père infiniment saint,
Fils éternel et bien-aimé,
Esprit de puissance et de paix.

Christ, le Fils du Dieu vivant,
le Seigneur de la gloire,
tu n'as pas craint de prendre chair
dans le corps d'une vierge
pour libérer l'humanité captive.

Par ta victoire sur la mort,
tu as ouvert à tout croyant
les portes du Royaume ;
tu règnes à la droite du Père ;
tu viendras pour le jugement.

Montre-toi le défenseur et l'ami
des hommes sauvés par ton sang :
prends-les avec tous les saints
dans ta joie et dans ta lumière.
 

Pelletier, L'Eglise des femmes avec des hommes

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            Il n’est pas facile aujourd’hui d’écrire sur l’Église et les femmes : non parce qu’il y aurait une quelconque censure réelle mais bien parce que le caractère brûlant du sujet conduit vite parfois à ranger dans la catégorie d’extrémistes, d’un bord comme de l’autre, ceux qui osent s’y risquer. 

 

            Anne-Marie Pelletier, en fine bibliste (ah sa thèse sur le Cantique des Cantiques <3 !) me semble éviter cet écueil. Bien sûr, sa première partie sur l’état des temps présents n’est pas exempte d’une certaine vivacité de ton et de quelques piques mais n’est-ce pas plutôt la réalité qu’elle décrit en faisant mouche ? Il est bon que cela soit dit et non pas par haine mais bien plutôt par amour pour une Église qu’elle aime. 

 

C’est ensuite à une traversée de la Bible qu’elle nous convie, nous aidant à sortir de nos représentations que cela soit de la Genèse ou des figures féminines, vétérotestamentaires ou proches du Christ, mettant toute sa science exégétique au service de notre meilleure compréhension : du tout bon ! 

 

            Arrive alors la thèse majeure de l’auteur dans la partie « Le temps des femmes : quelle chance pour l’Église ? » : redécouvrir pleinement la portée et la puissance du sacerdoce baptismal. Elle n’en démord pas. Non pas comme cela s’est sans doute trop fait ces dernières décennies en opposition avec le sacerdoce ministériel mais bien en articulation avec celui-ci (sur l’articulation entre les deux, voir par ailleurs l’excellent cahier de la NRT Le Sacerdoce, humain et divin, masculin et féminin de J.-M. Hennaux) et, surtout, comme une forme de plénitude. En l’entendant en reparler encore lors d’une récente conférence, il me semble que cet appel est effectivement très important : il se situe de fait dans la modalité d’un appel efficace, enthousiasmant et fondé théologiquement bien plus que des récriminations violentes qui ne mènent à rien. C’est sous une touche plus directement spirituelle, plus méditative, que se clôt son ouvrage en nous présentant quelques grandes figures féminines inspirantes. 

 

            Si ce livre, à en croire les réseaux sociaux, a fait grincer des dents quelques-uns, sa pondération et son assise théologique me semblent constituer sa force sur ce sujet important. Puisse-t-il rencontrer son lectorat ! 

 

vendredi, novembre 22 2019

Quelques minces considérations sur la pauvreté

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        La pauvreté, conseil évangélique. Nous, vierges consacrées, ne prononçons pas ces trois vœux ou conseils mais, si nous engageons explicitement à vivre dans la chasteté (déjà tout un programme de vie quand on la considère en son sens large !), nous nous engageons aussi à « suivre le Christ » (sans doute encore davantage tout un programme !) et l’on a tendance à dire que les conseils évangéliques sont inclus dans cette sequela Christi. C’est vrai et cela est encore plus global puisqu’en réalité ces deux éléments ne font que dire, d’un simple oui : « je m’engage à apprendre à aimer tout au long de ma vie, jusqu’à la mort ».

 

         Mais considérons néanmoins la question de la pauvreté : vivant dans le monde, devant assurer notre quotidien, ses vicissitudes et ses impôts, il s’agit en gros d’une simplicité de vie qui prendra différents trains de vie selon les lieux, les circonstances diverses des unes ou des autres. Il est cependant bon de faire le point, de temps à autre, si possible avec un père spirituel, pour voir où nous en sommes dans notre rapport avec les biens matériels. À quel moment les transformons-nous en idoles qui tendraient à prendre la place d’un Dieu que nous nous sommes engagées à aimer plus que tout ? Peut-être aujourd’hui cette dimension prend-elle un sens plus brûlant dans le contexte de la crise écologique et nous invite-t-elle également à chercher à enlever de nos vies ce qui est surconsommation : c’est en tout cas une dimension qui va devenir chaque jour plus prégnante. Ces deux questions sont valables pour chacun, bien en dehors de la vie consacrée, puisqu'il s'agit bien d'un "conseil évangélique" destiné à tous. 

 

           Si cela est juste et bon, je me demande toutefois de plus en plus si la tension la plus profonde de ce conseil évangélique ne se trouve pas la réalité de notre pauvreté. Oh oui, nous sommes pécheurs et rien de neuf sous le soleil là ! Certes et c’est en plus facile à dire mais peut-être moins à réaliser pour de bon, en mettant toute la réalité de notre être face au Seigneur. Mais il y a aussi toute cette réalité existentielle de notre pauvreté : la non-maîtrise des événements ou encore le vide parfois apparent et déstabilisant de nos prières. Qu’en faisons-nous justement dans notre prière ? Restons-nous fanfaronnants de force, habitués, rodés de fidélité, ou osons-nous, simplement, venir comme nous sommes à la prière, comme une branche venant prendre sa sève vitale, dépendante intimement de la solidité qu’est le tronc, le corps du Christ ? Cela est pauvreté mais cela est aussi vérité.

          J’y pense souvent depuis la rentrée avec cette fameuse classe compliquée dont je suis professeur principale : je suis vive, j’aime l’action, j’ai un besoin certain de bouger pour changer les choses alors pour tout vous avouer je râle souvent devant le Seigneur en même temps que je Lui confie mes élèves. Des améliorations en vue ? Tellement minimes... mais et si Dieu m’appelait tout simplement à me reconnaître ainsi pauvre devant Lui venue simplement avec toute ma pauvreté ?

            C’est bien cette incroyable sève de vie de la relation avec Lui qui donne d’être une branche vivace, apte à porter des feuilles vertes, des fruits ou, même quand elle devient suffisamment solide, des oiseaux qui viennent s'y reposer. Alors embrasser la pauvreté est probablement d’accepter cette dépendance vitale intérieure.

            Peut-être alors que nos pauvretés existentielles deviennent ces deux pièces de la veuve que saint Luc faisait résonner juste avant la pericope que nous entendions dimanche dernier (Lc 21), juste avant l'annonce de la destruction du Temple. De ces pièces il ne restera probablement rien... mais il y aura été mis beaucoup d’amour et c'est cela qui importe plus que tout, et c'est cela qui transforme tout. 

          Que le Seigneur qui a pris notre chair jusque dans ce qu’elle avait de fragile nous donne chaque jour davantage de nous reconnaître pour ce que nous sommes devant lui, dans nos faiblesses et nos vulnérabilités

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