Zabou the terrible

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samedi, février 13 2016

A l'école de la sainteté avec Péguy

Incroyable diversité du peuple de Dieu, unie dans une même marche : une unique vocation à la sainteté quelle que soit l'origine, quel que soit le passé... Grandir ensemble sous Son regard, même dans l'opacité, vers la lumière, en apprenant Sa miséricorde : un enjeu de la vie, peut-être encore plus spécifique et fort en Carême. 

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"Il y a deux formations, 

Il y a deux extractions, 

Il y a deux races de saints dans le ciel. 

Les saints de Dieu sortent de deux écoles. 

De l'école du juste

et de l'école du pécheur. 

De la vacillante école du péché. 

Heureusement que c'est toujours Dieu qui est le maître d'école. 

Il y a ceux qui viennent des justes et ceux qui viennent des pécheurs. 

Et ça se reconnaît. 

Heureusement qu'il n'y a aucune jalousie dans le ciel. Au contraire. 

Puisqu'il y a la communion des saints." 

Charles Péguy, Le Porche du mystère de la deuxième vertu

jeudi, février 11 2016

Carême d'essence-ciel #2

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Quitte tes semelles de plomb ! 

Et va vers le pays que je te montrerai avec un moteur désencrassé et rugissant :
plus haut, plus vite, plus fort :
afin de connaître "avec tous les fidèles quelle est la largeur, la longueur, la hauteur, la profondeur pour connaître ce qui dépasse toute connaissance : l'Amour du Christ". (Eph 3, 18-19)

Le Carême, certifié meilleur carburant allégé de tout métal lourd et naturellement riche en Amour depuis 2000 ans ! 

 

mercredi, février 10 2016

Carême d'essentiel #1

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Croix dénudée, dépouillée de ses rameaux;
Croix dépouillée de ses oripeaux,
Aujourd'hui ne reste plus au dessus de ma porte que cette croix, nue.
Des rameaux qui l'ornaient, on a fait des cendres :
Ces cendres qui marquent désormais mon front d'une autre croix, éphémère.

Croix dont on est signé,
Croix dont on se signe nous-mêmes,
Croix : instrument de torture et signe éclatant de victoire.
Croix : signe insurpassable de l'amour de Dieu pour nous.

La croix, elle n'est pas un phénix, elle n'a pas à renaître de ses/ces cendres :
Elle a à y transparaître, pleinement, en nos vies, 
Parce qu'elle nous désigne, un chemin toujours à la fois maintenant et en au-delà : la Vie.

mardi, février 9 2016

Du paradigme de la crêpe au nutella et autres concepts gustatifs incertains

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Vous avez remarqué ? Cette année, paf, une semaine après la Chandeleur, on passe au Mardi Gras. Nous gagnons pour l’année la création d’une nouvelle octave, après celle de Noël et avant l’octave de Pâque : l’octave de crêpes. Comme une nouvelle gamme de saveurs… ou pas.

 

La crêpe au nutella, y a pas à dire, j’aime ça. Mais, il faut bien avouer que ce n’est pas super fin… C’est même méga-gras. Certes, c’est très bon, on ne s’en lasse pas vraiment mais il faut bien avouer qu’il n’y a guère d’originalité : c’est un peu toujours la même chose. Une crêpe, du Nutella : on sait que ça passera bien. Routine du gras.

 

Seulement, voilà le « problème » du mardi gras, c’est qu’il tombe avant le mercredi des Cendres. En gros, du concept de crêpes, on passe à celui du bol de riz. N’exagérons rien : ce n’est pas qu’il faille dire « de crêpes en carême, point » mais il y a une insistance sur le jeûne, le partage et la pénitence. Du gras grasseyant, confortable mais sans piment, on passe à la cure amincissante – qui n’est pas à confondre pour autant avec l’idée de régime.

 

Le Carême, c’est la recherche du goût en sa subtilité, via le passage de la quantité à la qualité. Moins de ceci, moins de cela (huile de palme ou autre chose : qu’importe ?), non pour faire un effort surhumain, pour se dépasser – quel intérêt, sinon se regarder soi ? – mais bien pour redécouvrir les saveurs dans leur essentiel, dans leur simplicité.

Dépouillement des sauces lourdes qui dégoulinent et autres cache goûts, ou pour cesser de parler métaphoriquement, dégrossissement des excès routiniers pour retrouver la force de ce qui était caché.

40 jours offerts en cadeau pour cela.

 

A Pâques, eh bien, vous savez ce qu’on obtient, du coup ? Du chocolat.

Retour à la crêpe au Nutella comme simple résultat ? Que nenni, quel piètre amateur de chocolat si vous pensez cela !

Le chocolat, ce n’est pas une saveur mais bien des milliers, du noir, du au lait, du blanc, du avec des noisettes ; le chocolat, c’est le passage de l’amertume à la douceur sucrée, de celui légèrement salé à l’acidité d’un chocolat allié avec un agrume.

Le chocolat, c’est un peu l’explosion des saveurs en bouche.

 

Certes, le chocolat, ce n’est pas Pâques et tous les mots comme tous les mets seraient bien insuffisants pour décrire la grandeur d’un mystère et d’une joie qui nous dépassent.

Et pourtant, il y a comme une justesse du chocolat à Pâques, qui célèbre la saveur retrouvée et renouvelée.

 

D’ailleurs, on dit bien qu’on n’adore que Dieu… et le chocolat : ça ne doit pas être un hasard, mais bien de la haute théologie (au moins).

 

Enfin, le royaume de Dieu ne consiste pas en des affaires de crêpes au Nutella mais il est bien « justice, paix et joie dans l’Esprit Saint » (Rom. 14, 17)…

Alors, bon carême à chacun : que celui-ci soit une vraie préparation du palais de notre vie à la joie éclatante d’un arc-en-ciel de saveurs à Pâques !

 

lundi, février 8 2016

Mystère de la prière

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Mystère de la prière ;
Des mois, parfois des années ou une vie,
En tout cas des heures, où tu donnes juste un peu de ton souffle ou de ton temps,
Devant Lui : pour lui, pour elle, pour ce prénom, pour cette raison.

Mystère de la prière :
On ne voit rien,
Ce sont des pas posés dans le noir,
Des mots susurrés à l'oreille de Celui en qui l'on croit,
Des grains de foi.

Mystère de la prière ;
Souvent humaine, bien trop humaine,
Mais que je peux confier à un Dieu incarné,
A un Dieu qui a pris chair pour me sauver :
A un Dieu à qui rien ne saurait être étranger.

Mystère de la prière,
Sera-t-elle exaucée ? Pas forcément comme je l'entends ;
A défaut, écoutée, et donc ex-haussée, devant Lui.
Je ne sais jamais ce qu'elle donnera.
Mais prier, toujours, prier amoureusement ;
 Prier avec audace, avec fougue, avec ardeur : Prier éperdument.

Mystère de la prière :
C'était jeudi, entre deux cours :
Pouvoir providentiellement venir rencontrer ce petit-là pour qui, avec tant d'autres, je prie depuis des mois ;
Ce petit gars-là sur qui des mots terribles, définitifs, qui enferment et qui tuent avaient été posés : incurable, diagnostic de vie à très courte échéance...
Selon ces mots, cela fait des mois qu'il ne devrait plus être là.

Mystère de la prière :
Mystère qui nous fera toujours dire : "je ne sais pas pourquoi"
Mais ce petit gars-là, non seulement il est encore là, mais, en plus, il y a un très léger mieux.
Force de la prière ? Je ne sais pas et j'en reste au mystère :
Je ne sais pas ce que sera l'avenir, son avenir...

Mystère de la prière :
Voir enfin ce visage pour lequel je prie,
Entendre ces quelques mots de lui,
Partager ces quelques instants d'un p'tit gars sympa,
Voir l'amour simple, juste et digne qui l'entoure.
Et entendre le prêtre que j'accompagnais proposer de bénir cet enfant, quoiqu'il ne soit pas chrétien,
Entendre la mère dire oui en écrasant une larme,
Et voir, et entendre, et prier, en même temps que les mains du prêtre se posaient avec respect et douceur sur la tête de ce petit : oui, que Dieu riche en miséricorde le bénisse.
Ecraser moi aussi une larme, devant la justesse tendre de l'instant.

Mystère de la prière,
Mystère de l'avenir,
Mais beauté de Son amour qui se révèle,
Chaque jour, toujours,
Dans les sourires des enfants, même et peut-être surtout dans les plus abimés,
Mystère de la prière adressée à un Dieu dont le nom est miséricorde, à un Dieu dont les entrailles se laissent toucher par la misère humaine...
Et continuer à poser chaque jour en mes pauvres mains, pour les poser en les Siennes, le nom de ce petit enfant.

dimanche, janvier 31 2016

Laisse-toi modeler par l'amour

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Avec quelques autres personnes, je travaille à la préparation d'un des livrets qui serviront pour les prochaines JMJ : c'est une expérience qui permet de se plonger d'une manière profondément spirituelle dans le thème "Heureux les miséricordieux", ainsi que dans son "incarnation" dans le peuple polonais. Un des rédacteurs a proposé cet extrait de la pièce de St Jean-Paul II, Frère de notre Dieu qu'il est si bon de savouer... Raison pour laquelle je vous le partage : 

« A : Comprenez-moi, mon Père. Comment puis-je aimer l’un et l’autre (l’art et la pauvreté), alors que je ne sais pas aimer à moitié ? C’est comme si je me trouvais entre deux abîmes qui m’attireraient également. Rester toujours à mi-chemin entre l’un et l’autre, c’est impossible.

C : Pourquoi le voir ainsi ? Tout peut devenir moyen d’aimer Dieu.

A : Tout le monde dit cela, en effet. Pourquoi donc cette vérité généralement admise n’arrive pas à être vérité pour moi ?

C : Je ne sais pas. L’âme connaît tant de chemins qui mènent à la pureté.

A : Et moi, j’ai commencé à trouver impur ce qui avant m’était idéal.

C : C’est possible. La purification est aussi vocation.

A : Que me conseillez-vous, mon Père ?

C : Fais confiance à l’amour. Il saura te former.

A : Comment ?

C : Je ne sais pas. Ton amour t’appartient. Il est le bien qui t’a été donné. Je ne peux pas juger ton amour jusque dans ses moindres frémissements.

A : Si pourtant vous vouliez me guider, m’ordonner ou m’interdire, rejeter ou approuver.

C : Ce sont là des choses trop graves et trop grandes. On ne peut rien ordonner à l’amour. Pense un peu. Notre Seigneur s’en sert pour faire tant de bien. Plus qu’aucune autre chose, l’amour nous unit à lui. Car tout se transforme dans l’amour… laisse-toi modeler par l’amour. » 

 Acte II, sc. 4 

mercredi, janvier 27 2016

Cesse ton bavardage !

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Tu sais, je râle souvent après eux de leurs bavardages incessants ;
Surtout eux, là, ces petits 6èmes qui commencent à prendre leurs aises :
Sans me lasser, je leur demande le silence et leur en rappelle l'intérêt,
Et ce matin encore lors d'un travail en petits groupes, en ajoutant : "C'est pour apprendre à vous écouter !"

Apprendre à écouter... j'en ai pris soudain moi-même pour mon matricule en pensant à ma prière :
 Tu sais bien, Seigneur, quand il y a des périodes où tout se superpose,
Comme je peine à prendre ces temps pour Toi : oh, je prie, je les prends ces moments, oui...
Mais, dans le fond, n'est-ce pas simple babillage intérieur dans tout les sens ? 

N'ai-je pas le coeur trop plein de préoccupations pour T'écouter ? 

Je sais bien que ce n'est pas le résultat qui fait la qualité d'une prière,
Mais je crois que le silence attentif, tendu d'attention aimante est nécessaire pour écouter,
Pour garder la saveur d'une rencontre unique
Et moi, où en suis-je ? 

Le silence dans la prière, il ressemble au blanc du fond d'une page qui rend possible de voir les mots ; 
Le silence dans la prière, il est semblablement ce qui permet aussi à ce qui est lumière de se détacher de ce qui est grisâtre, de ce qui est brouhaha du jour, de nos bavardages intérieurs qui, parfois, ne valent pas mieux que ceux de nos élèves ; 
Le silence dans la prière, on ne le voit pas mais on l'écoute, ou tout au moins on apprend à l'écouter, parce que Dieu s'y révèle souvent doucement,
Avec la délicatesse aimante de Celui qui préfère chacun. 

Trois livres en chemin d'espérance

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Au cours du mois qui vient de s'écouler, j'ai notamment lu trois livres très différents de par leur style, leur genre et leur propos. Mais en finissant le dernier il y a quelques jours, je me suis dit qu'il y avait une belle cohérence : les trois parlaient, très fortement, si fortement même, d'espérance. De cette Espérance qui brille toujours, malgré les grandes tempêtes et malgré sa fragilité : une vertu dont il me semble que le besoin est si urgent dans le monde actuel. C'est pourquoi je me suis dit que cela valait le coup de vous les présenter, même rapidement, ensemble. 

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  • Koz toujours blogueur bien connu, a publié il y a quelques mois de cela un livre. Je savais déjà qu'il ne s'agissait pas d'une compilation de ses billets ayant lu de nombreuses critiques sur celui-ci mais je ne savais pas à quoi m'attendre. J'ai eu l'heureuse surprise de trouver un livre aussi humble que vigoureusement chrétien : l'ami Koz écrit dans celui-ci comme un véritable chrétien en chemin qui, loin d'affirmer ou de défendre une "valeur" vigoureusement, s'attache à lire, à voir et, surtout et c'est le plus précieux, à s'interroger en chrétien là où il vit et dans ce qu'il fait, notamment sur les réseaux sociaux. Une manière de vouloir voir, vivre et dire le Christ dans le monde jusqu'en ses "extensions" numériques dont nous ne percevons pas encore toutes les implications : ce n'est pas novateur comme idée de fond mais c'est très bon pour s'interroger de concert avec lui. 

 

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  • J'ai déjà cité ici même un court extrait de la belle méditation de sr Anne Lécu sur l'Evangile de st Jean, qui n'est pas une étude mais bien, selon les mots mêmes de l'auteur, une "lecture vagabonde" à travers celui-ci. Une lecture en 40 étapes qui pourrait très bien accompagner un carême par exemple - penses-y si tu me lis ! - mais surtout une lecture incarnée qui rappelle toujours, toujours, toujours plus la proximité de Dieu. Une marche vers l'innocence, une marche vers notre vrai nom profond donné par et en Dieu. Un livre d'amour, en réalité, vraiment. 

 

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  • Mgr Gérard Daucourt, évêque émérite de Nanterre (le meilleur diocèse qui soit, rappelons-le au passage ;-)), nous livre un petit opuscule qui pourrait sembler, vu son titre, ne concerner que les seuls prêtres.... Si vous croyez cela, c'est raté, vous pouvez de suite aller l'acheter. Bien sûr, il y est question essentiellement de nos pasteurs mais, à travers le prisme des difficultés qui peuvent les accabler (les graves chutes ou encore  plus simplement nos parfois profondes divergences ou le grand âge), c'est un appel pour chacun d'entre nous aussi à grandir en miséricorde, tant vis-à-vis d'eux, qu'entre nous : un appel plein de finesse et qui sonne vrai à être frères en Christ. 

 

Et l'espérance alors ? 

Koz nous donne des raisons d'espérer directement à l'intérieur de la société, à l'instar du fameux levain dans la pâte, cette image biblique qui a parfois été galvaudée parce que brandie en guise d'étendard et qui dit pourtant une vérité : Dieu agit au coeur de ce monde, là où nous nous trouvons, à travers nous pour germer pleinement.  

Sr Anne Lécu, pleine de son expérience de médecin des prisons, nous invite simplement à embrasser la miséricorde : pour l'autre comme pour nous-mêmes. En quittant l'enfermement de la faute, en marchant dans et vers l'espérance. 

Le P. Daucourt nous invite à porter un regard d'espérance sur l'ensemble du peuple de Dieu, particulièrement sur nos pasteurs, mais d'une façon qui n'est pas unilatérale, enfermée... Une invitation renouvelée à vivre fraternellement la complémentarité des vocations, dans la vérité, la charité et l'espérance : dit ainsi, cela pourrait sembler voeu pieux alors qu'il s'agit d'un chemin exigeant pour apprendre à aller, à voir et à accompagner au-delà des chutes ou des énormes difficultés. "La miséricorde l'emporte sur le jugement" ! 

 

P.S. 1 : ... Oui, bon, l'espérance elle a aussi saveur de miséricorde ici... Mais vous ne m'en voudrez pas trop en cette année jubilaire de Vous-savez-quoi justement. 

 

P.S. 2 : Non, non, je n'ai pas d'actions aux éditions du Cerf, c'est pure coïncidence si ma sélection parmi les livres lus ces 30 derniers jours s'organise ainsi ! 

samedi, janvier 16 2016

Conter Cana

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Raconter, conter Cana ?

Je l’ai fait assez récemment, à l’école de prière… Je n’aurais pas très envie de le refaire de suite, sinon ce serait un peu une redite. Ou il faudrait que, au lieu de me mettre dans la peau de la très jeune cousine des mariés de la noce qui observe tout à moitié planquée comme je l’avais fait (avec force nattes sur la tête… !), je me trouve un autre personnage. Je n’ai pas très envie de le réimaginer tout de suite et pourtant, je dois avouer que c’est un exercice spirituel extrêmement enrichissant que s’entraîner à « vivre » pour « dire » une scène de l’Évangile.

 

Ce qui serait vraiment fabuleux, ce serait d’avoir un récit polyphonique d’une de ces scènes, Cana ou autre. Un peu comme un exercice de style, où toutes les voix viennent se superposer pour raconter une même histoire d’un point de vue différent. Là, ce ne serait pas un exercice de style, ce serait une actualisation de la scène : la laisser se jouer devant nous, dans toute son épaisseur.

Ce qui serait intéressant, ce serait de se glisser tour à tour dans la posture de tous les personnages, sans en oublier un seul. De nous laisser surprendre, interroger par ce qui se passe…

 

Le seul dont nous n’aurions pas le point de vue, ce serait le Christ.

Qui oserait prétendre connaître Ses pensées ?

Il y aurait presque quelque chose de blasphématoire à oser Lui prêter une pensée qui ne serait que partielle, incomplète, trop humaine.

 

Mais, à avoir les pensées des autres personnes, Il n’en ressortirait alors que plus fortement : dans Son attitude, dans Ses gestes, dans Son attention, dans Ses Paroles…

Chacun des convives de la noce nous dévoilerait un peu plus Son mystère : ce serait beau. Nous serions éveillés à Sa dimension par les regards qui se croisent, tous convergents autour de Lui.

 

Une manière comme une autre de mieux Le regarder.

Et peut-être surtout à la fin, en n’oubliant pas le regard que le Christ aura forcément posé sur nous lors de ce repas. Ce regard premier.

Car Il a fait un miracle, mais un geste somme toute dérisoire : si le vin, et encore plus le bon vin, est un élément d’un bon repas, est-il vraiment si central ?

Mais le Christ veut participer à nos soucis même les plus triviaux pour y faire résider Sa joie, une ivresse bien plus vivifiante que celle de l’alcool.

Et je crois ainsi que, quel que soit le personnage dont j’aurais cette fois choisi d’adopter le point de vue, je n’aurais vraiment pas quitté le conte sans m’être laissée regarder par Lui.

La robe de rubis du vin, c’est le prétexte de Sa tendresse dont Il nous enveloppe ;

Je ne peux que L’imaginer regardant avec un infini amour chacun des convives de ce repas où Il aura voulu rendre la joie, et nous dire que notre joie n’est jamais étrangère à la Sienne.

 

vendredi, janvier 15 2016

Ce qu'il y a d'Espérance

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Les heures de vie de classe, ces heures au contenu peu formalisé : élections de délégués, "points" à faire, préparation des conseils ou encore, comme je l'avais fait une fois, atelier philo. En 4ème, un champ s'ajoute, l'initiation à l'orientation, et nous avons mené ensemble notre première séance il y a peu avec ma classe. C'était une première pour moi. 

J'ai été agréablement surprise de voir l'intensité de l'attention de mes élèves à cette question de leur avenir : bien sûr, il y a encore une large part de rêve ou, au contraire, d'un pragmatisme un peu dommageable à leur âge ('ça gagne bien le métier x ?') mais, en tout cas, une vraie envie de penser leur avenir. Et là, en 4ème, on commence juste... 

Après un petit diaporama, leur laisser un temps pour noter sur un papier trois points : 

  • Mes envies ? 
  • Mes points forts ? 
  • Mes points faibles ? 

Ce n'était pas facile... Et je fus touchée de les entendre me dire à voix basse, tant de fois, trop de fois, apeurés : "mais moi, Madame, je n'ai pas de points forts !" ou, peut-être encore pire "je n'ai aucune qualité !". Les rassurer, tant bien que mal. Des ados, déjà, peu enclins à voir leurs qualités, mais des ados aussi venant pour beaucoup de familles dans lesquelles "c'est difficile"... Quelle confiance en eux peuvent-ils avoir ? Comment la leur donner ? 

Je restais perplexe, vraiment touchée de ce qui venait de se passer. 

Et puis il y eut alors cette élève, cette élève-là du premier rang, cette élève sans facilité mais qui se bat et qui en veut à fond, se planter en larmes, bouleversée, devant moi alors que je rangeais mes affaires : 
- Madame, vous croyez que je vais réussir ma vie ? Vraiment ?"

Me trouver désemparée, prise au dépourvu et voir ses yeux embués pleins d'attente. Il fallait que je répondre, aussi rapidement que justement. 
- Moi, je crois en toi, tu sais." Attendre un peu et compléter : "Et puis tu sais, réussir sa vie, ce n'est pas que scolairement ni professionnellement ! Il y a plein de domaines ! Sèche tes larmes, garde confiance et surtout ton habituel si beau sourire : tu es une fille pleine de qualités !".

Evidemment, c'était assez bouleversant...

Mon coeur de croyante avait envie de lui dire qu'un Autre croyait en elle, mais sur ce point, je ne puis évidemment que demeurer silencieuse.

Alors, le soir venu, j'ai confié cette élève dans le coeur-à-coeur de l'adoration et j'ai demandé au Seigneur la grâce de pouvoir toujours croire en mes élèves, même et surtout quand eux-mêmes ne croient pas en eux. 

 

mardi, janvier 12 2016

Dans ce monde où le ciel est ouvert

Plaisanterie ce soir lors de la réunion de l'équipe CdEP  à laquelle j'appartiens sur le fait qu'à un moment, j'aurais été en train de réfléchir au billet que j'allais faire sur ce qu'on disait (!!! Tss tss ;-) ). Ce n'est pas impossible du tout mais le billet suivant que j'avais prévu de poster était en l'occurrence celui-ci, un extrait d'un livre que je lis actuellement et qui porte beaucoup ma méditation ces temps-ci. 

Et pourtant, finalement, en le relisant, je me suis dit que ce n'était pas tout à fait sans lien avec ce drôle de choix d'être et d'enseigner en chrétiens dans l'enseignement public... non ? 

 

"Le Fils annonce qu'il n'est nul besoin de fuir le monde pour trouver Dieu. Le ciel n'est pas fermé. C'est dans ce monde, dans cette chair, dans ce temps, dans nos rencontres que le ciel s'invite. Cet événément infime, la vie du Christ offerte, est le gond de l'histoire du monde, le point focal de toutes nos vies, plus important que tout ce qui se passe au ciel. Ce petit réduit créateur est davantage le lieu du salut que toute galaxie d'anges. C'est à hauteur de corps, à hauteur de terre et à hauteur d'homme que tout ce qui compte advient, et Jésus nous le montre : il mange avec les siens, parle de moisson et de boisson. Il touche les corps malades, il parle et il prie. 

Le dernier mot de Dieu sur nos vies est le même que le premier : nous sommes beaux pour lui, merveilles à ses yeux, quels que soient nos travers, nos erreurs et nos fautes. Ce n'est que dans la prise de conscience de cette réalité insondable que nous trouverons la force de ressortir de nos ressentiments, de nos rétrécissements et de nos péchés. 

Plus de colère, dès lors, mais une infinie gratitude pour celui qui depuis l'origine n'attend que notre élan vers lui. Plus de honte, plus de haine. Tout est neuf pour qui s'offre au Verbe. Naître d'en haut, ce n'est pas fuir l'en bas mais y vivre renouvelés. Le ciel est ouvert, Dieu attend d'être invité dans notre conversation." 

 

Sr Anne Lécu, Marcher vers l'innocence, éd. du Cerf, 2015, p.  68-69.

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dimanche, janvier 10 2016

Chemin de Lumière

De la fête de l'Epiphanie, célébrée en France dimanche dernier, à la fête du Baptême du Christ célébrée ce dimanche qui clôt ce qu'on appelle le "temps de Noël", les oraisons liturgiques quotidiennes tracent un bel itinéraire : un véritable chemin de Lumière. 

A entendre et à écouter : comme un appel à laisser la lumière de nos "théophanies" entrer dans nos vies pour que celles-ci deviennent à leur tour théophanies pour d'autres, en fils dans la lignée du Fils. 

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"Seigneur, nous t'en prions, éclaire nos coeurs de Ta lumière souveraine : nous trouverons alors la force d'avancer dans un monde obscur pour atteindre le pays du jour sans déclin." 

"Dieu éternel, c'est dans la réalité de notre chair que Ton fils unique est apparu ; puisque nous reconnaissons que Son humanité fut semblable à la nôtre, donne-nous d'être transformé par Lui au plus intime de notre coeur". 

"Seigneur notre Dieu, soleil qui brille pour toutes les nations, accorde aux peuples de la terre de vivre en paix, et fais lever en nos coeurs l'admirable lumière qui a guidé les mages vers tin Fils." 

"Seigneur, avec ton Fils bien-aimé, l'aurore de Ton jour éternel s'est levée sur toutes les nations : accorde à Ton peuple de reconnaître la gloire de Son Rédempteur et de parvenir à la lumière qui ne s'éteint pas." 

"Dieu tout puissant, Tu as signifié par une étoile qu'un Sauveur était né pour le monde : maintiens Ta lumière en nos coeurs pour que nous entrions plus avant dans ce mystère." 

"Dieu éternel et tout-puissant, Tu as voulu que, dans Ton Fils unique, nous devenions pour Toi de nouvelles créatures ; que Ta grâce nous modèle à l'image du Christ en qui notre nature est unie à la Tienne." 

 

mardi, janvier 5 2016

Petits mots de confiance pour mal de foi

 

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Qu’aimerais-je te dire, à toi qui doutes ?

Je ne sais pas, ce n’est pas simple, c’est même redoutable.  

Il est difficile d’oser répondre à des doutes,

Il est difficile d’oser poser des mots qui pourraient sembler définitifs, certains, clairs…

Alors que la Foi n’est pas objet de savoir, et encore moins d’un savoir dont il y aurait des maîtres.

 

La foi, c’est une grâce posée au creux d’un cœur,

La foi, c’est cette confiance mystérieuse offerte en retour,

La foi, c’est ce chemin de vie entre grâce et réponse libre de l’homme.

 

La foi, c’est un peu comme cette succession de jours et de nuits qu’est le rythme de notre temps, partant celui de notre vie ;

La foi, je l’ai déjà dit ailleurs, ce n’est jamais du tout cuit :

C’est comme une graine de grâce en notre cœur, il faut tout mettre en œuvre pour l’aider à germer, à grandir… et, parfois, on a beau tout mettre en œuvre pour qu’elle pousse, cela ne marche pas bien et on ne comprend pas pourquoi.

 

La foi, parfois, souvent, c’est de nuit.

C’est ainsi.

Et, chez nous, humains, la nuit, c’est souvent le moment des luttes et des doutes…

Et il n’y a pas un doute, il y en a pleins, autant que d’êtres humains.

 

Mais la nuit n’est pas le moment pour changer de cap, y compris pour rejeter ce qui fut fait, 

Mais le doute n’est pas le moment de lâcher,

Mais le combat n’est pas le moment d’abandonner.

 

Tu as reçu ce corps : il t’est aussi donné pour lutter ;

Avec l’aide de ton cœur et de ton âme.

Tu as tout cela pour prier.

 

Tu as peut-être mal de douter, et pourtant, c’est paradoxalement le moment d’avancer, un peu plus.

La foi, quoi qu’on en dise, ce n’est pas avant tout la certitude, c’est la confiance,

La confiance de faire ce pas dans la nuit, même si tu ne vois rien, osant croire qu’Il est là, prêt à Te récupérer, tendrement, comme un Père,

L’audace de la prière quand personne ne semble là, à t’écouter, 

L’audace du cri vers Lui, quand tout semble désespéré et insoluble,

L’audace de l’agenouillement devant l’invisible quand tout paraît sombre,

L’audace du « je crois », malgré…malgré tout. Car Il est là. 

Comme un petit pas à faire, même s’il coûte bien plus parfois qu’un long périple.

 

Et peut-être que certains jours, ta foi vacillera encore plus et que rien ne te semblera plus possible :

Il restera alors la foi et la prière de tes frères : 

Leur foi qui te redira le Roc du Christ sur lequel notre vie est fondée,

La prière qui sonnera comme un cadeau de leur amitié et te redisant la plus grande Amitié sur laquelle on puisse compter, celle qui a l’unique saveur de Charité.

 

dimanche, janvier 3 2016

L’offrande, l’offertoire et l'épiphanie

 

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Quand les mages arrivent devant le Christ, ils lui offrent leurs présents.

On les connaît : l’or, l’encens et la myrrhe (non, rappelons qu’il ne s’agit pas d’une lessive ni de la station spatiale russe) ;

On connaît aussi plus ou moins leur symbolique ;

Et on connaît encore mieux les noms que la tradition a donnés à ces mages : Melchior, Gaspard et Balthazar.

On connaît aussi la tradition de la galette et…

 

Mais finalement, les mages de l’épiphanie, c’est un peu nous à la messe.

Nous sommes venus L’adorer !

Et, mieux encore, nous venons Le recevoir !

Mais nous sommes venus L’adorer… Et moi, mon présent, c’est quoi ?

 

Le problème avec Dieu, c’est qu’il n’y a certes guère autre chose à Lui offrir que des choses que Lui-même nous a déjà données :

Mais enfin, comment un père – et a fortiori un Père – ne serait-il pas fan même des petits cadeaux que son enfant lui fait ?

 

Si nous sommes comme les mages à la messe, l’offertoire, c’est un peu notre venue à la crèche à nous.

Si nous n’avons que des mains vides, peut-être pouvons-nous offrir, quand le prêtre présente le pain et le vin, tout ce qui fait et forge nos vies : de notre travail à notre famille, de nos joies à nos difficultés, de tout ce qui habite et demeure en nous,

Lui offrir un peu, voire beaucoup et si possible tout de notre vie, pour qu’Il l'emmène toujours plus en Lui.

 

mercredi, décembre 30 2015

Le peuple de ceux qui Te cherchent

J’étais assise au fond de l’église, en train de prier en attendant la troisième messe de l’événement salvateur, la messe du jour de Noël.

 

Il y eut d’abord ce jeune couple avec cet enfant, pas des habitués de la paroisse, ni, visiblement, de la messe :

- Tu veux aller voir la crèche ? Tu sais ce que c’est ? Non, tiens, regarde, on va aller voir ensemble le petit Jésus.

C’était beau.

 

Et puis il y eut ce couple de personnes plus âgées, pas des habitués eux non plus, qui allaient clopin-clopant, elle surtout qui avançait difficilement et s’appuyait sur son mari pour réussir à marcher. C’était déjà beau de les voir ainsi, tendres et faibles, venir à la messe. Peut-être par habitude à Noël, ou peut-être par grande conviction et que, ce jour-là, il fallait faire un effort spécial pour réussir à venir même si c’était difficile : je ne sais pas et il importe peu. Ce qui importe, c’est que j’entendis le mari dire à sa femme : « On va à la crèche ensemble ? Tu vas y arriver ? ».

C’était beau.

 

La messe du jour a toujours des relents de gueule de bois et sonne presque, malheureusement, comme une messe pour retardataires.

 

Mais il y a bien pourtant ce peuple, un peuple immense, si divers qu’il en rappelle les santons de la crèche… D'autres qui sont venus avant, d'autres qui viendront après... Un peuple venu L’adorer, chacun avec ce qu’il est.

 

Crèche 2015 

 

« Hier soir, juste avant de me coucher, je me suis retrouvée tout à coup agenouillée au milieu de cette grande pièce […] sur le léger tapis. Comme cela, sans l’avoir voulu. Courbée vers le sol par une volonté plus forte que la mienne. Il y a quelques temps, je me disais ‘je m’exerce à m’agenouiller’. J’avais encore trop honte de ce geste, aussi intime que ceux de l’amour, dont seuls savent parler les poètes ».

Etty Hillesum

 

 

Saint Noël à chacun !

Puissions-nous nous exercer à nous agenouiller devant le mystère de l’amour pour que chacun de nos gestes en soit imprégné.

(Oui, il est toujours temps, nous sommes dans l’Octave de la fête ;) )

 

 

mardi, décembre 22 2015

Que dirais-tu à la place ?

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« Joyeux Noël », qu’est-ce que je dis quand je dis cela ? Qu’est-ce que je dirais à la place ? Telle fut la question lancée aux paroissiens d’un ami prêtre en pleine préparation de son homélie de Noël. Et c'est une bonne méditation à faire dans ces derniers jours de préparation à cette belle et grande fête. 

 

J’ai durant longtemps assez peu aimé Noël : pour un enfant de divorcés, Noël, ce ne sont pas les doubles cadeaux qu’on nous envie qui comptent en premier, c’est avant tout un moment où la séparation apparaît plus forte que tout et le seul cadeau qu’on aimerait, l’union, on sait qu’on ne l’aura pas. J’en garde encore sans doute la trace à préférer Pâques à Noël. Je n’aimais pas vraiment dire « joyeux Noël ». Ce n’était pas juste.

 

En grandissant, j’ai découvert le sens plus spirituel de Noël : « joyeux Noël », c’est devenu « il y a une bonne nouvelle pour toi, pour moi : un sauveur est né ». C’est devenu un moment de joie… peu reçu dans mon entourage pas franchement croyant : on trouvait même parfois que je faisais du mauvais esprit à insister sur le côté religieux de Noël alors que le sens, ça devait être « la famille ». Je me suis tue, longuement, et j’ai profité des messes pour tenter de saisir cette joie du Seigneur. Je crois que mes « joyeux Noël » n’étaient surtout justes de sens que pour mes frères croyants. Ce n’était pas juste non plus.

 

Et puis il y eut la découverte de la messe de l’Aurore, moi qui préférais avant la messe de la nuit : ça a été une vraie révélation. La simplicité de cette messe m’a fait me sentir contemporaine de l’adoration des bergers, m’a fait découvrir un Dieu qui se faisait pauvre parmi les pauvres. Je crois que toute la justesse de Noël est là : Il vient habiter nos pauvretés. Il est cette joie simple qui se révèle aux cœurs non encombrés d’eux-mêmes. Il est cette aurore qui nous fait pressentir que ce jour qui naît avec Lui est neuf : jamais plus, nous ne serons seuls. Dieu est là.

 

Je sais qu’à Noël, beaucoup de gens viennent à la messe sans croire et ma famille m’a rendue sensible à cette réalité. Mais, avec le recul, je sais qu’ils viennent tous avec au cœur une envie de croire à une certaine « magie de Noël » qui prend les noms de paix et de monde meilleur. Je ne sais pas si mes « joyeux Noël » d’aujourd’hui sont plus justes que ceux d’hier mais je crois que ce que je mets derrière, c’est désormais une phrase illuminée par l’expérience de la messe de l’Aurore : « que, là où tu en es, la joie de Dieu, la plus belle des richesses, scintille et rayonne à travers toutes tes pauvretés ; qu’Il te donne Sa joie ».

 

mardi, décembre 15 2015

Il n’y avait plus de place pour Lui

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Voici le temps du long désir…

Cette première phrase d’une hymne de l’Avent me reste en tête :

J’aimerais tant désirer la venue du Messie, au moins autant que le peuple juif !

 

Voici le temps du long désir…

Et moi, je ne fais que vivoter, que chercher à mieux prendre en main mon Avent, à prévoir tel point d’attention et j’échoue, et je chute, et je me dis que c’est minable à chaque fois que je prie mais je me rappelle qu’Il m’aime…

J’aimerais tant vivre dans un désir toujours vif de Dieu !

 

Voici le temps du long désir…

Et moi, en décembre, je me fais toujours avoir par mon agenda : le temps file, les choses à faire s’accumulent, les pages sont pleines, la fatigue accrue et Sa place visible restreinte.

J’aimerais tant le désirer assez pour qu’il occupe plus que tout cet agenda où Il est toujours là !

 

Voici le temps du long désir…

Peut-être que, s’il n’y a plus beaucoup de place, c’est justement comme à Bethléem, que  l’heure s’approche où Il vient :

Il ne viendra pas dans les salles communes encombrées de ma vie,  

Il viendra discrètement, à l’écart, là où personne ne l’attendait.

 

Voici le temps du long désir…

Il viendra, Il vient,

Simplement,

Doucement,

Humblement.

 

 

« Voici le temps du long désir,

Où l’homme apprend son indigence… »

Il veut naître dans nos vies, même dans ces endroits où il semble ne plus y avoir de place pour Lui parce qu’Il sait qu’Il répond à l’attente la plus profonde et la plus secrète des cœurs.

Il viendra avec simplicité dans ce petit coin de paille pas très beau de ma vie resté disponible ;

Et je pourrais alors, tout aussi simplement, adorer à genoux un Dieu qui se fait homme pour nous sauver et tout tourner vers Lui ;

Ô viens, Seigneur Jésus.

 

samedi, décembre 12 2015

Les chiens aboient La Caravage passe

Période chargée où le temps glisse ; Période troublée où les mots peinent parfois à trouver leur chemin... Et puis cette anecote qui va bon son chemin et qu'on a envie de narrer. Brute, sans syncrétisme ni morale.  

C'est le projet d'une année avec cette classe de 6ème : croiser l'art et la religion, en mélangeant trois matières et les quelques connaissances de trois professeurs. 

Une piste d'entrée pour commencer aujourd'hui : quelques oeuvres d'art à préparer aidés par les professeur puis à présenter par groupes. Et notamment, celle-ci : 

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Le Sacrifice d'Isaac du Caravage. 

Ce n'était pas tout à fait innocent comme choix : une scène qui se retrouve dans les trois grands monothéismes.  

Le groupe commence sa présentation : l'oeuvre, les couleurs, les lignes, la spirale du regard... et puis les personnages, la scène et un essai d'interprétation. Puis vient enfin le temps des questions des autres élèves au groupe qui présente : 

- J'ai pas compris, c'est quelle scène ? 

- Bah, c'est simple en fait, c'est la naissance de l'Aïd ! 

- C'est l'islam alors ? 

Un autre élève : "Nan, c'est chrétien Isaac !".

Avec ma collègue présente, nous intervenons en nous répondant naturellement : oui la scène est commune aux trois monothéismes. Non, ce n'est ni musulman, ni chrétien, ni juif. 

Et, surtout : "oui, ce qui est beau, c'est que vous connaissez tous l'histoire selon votre foi, avec des noms de personnages différents... et que, pourtant, vous y voyez tous la même chose !"

Un beau silence régnait à ce moment-là : un peu de savoir, beaucoup de paix. 

Et je crois que cela fait partie des moments qui font du bien...
Où je ne peux qu'imaginer Dieu, devant nos efforts balbutiants de paix, en train de nous sourire avec une infinie tendresse. 

mercredi, décembre 2 2015

Au-delà des "pourquoi" ? L'Autre Dieu

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- Pourquoi ? 

- .... " 

Face à la souffrance, nos mots achoppent mais ils ne sont pas les seuls : souvent, c'est notre raison qui défaille. 

Pourquoi ?

Quel intellect normalement constitué pourrait donner une réponse qui soit et sonne juste à tous ces malheurs, à toutes ces souffrances ? Qui sait réellement parler au chevet d'un enfant entre la vie et la mort ? 

Certains prient, certains se taisent, certains lèvent un poing rageur vers le ciel : d'autres  encore font les trois. 

Cette détresse de l'homme qui souffre, Marion Muller-Colard en a fait l'expérience devant son enfant entre la vie et la mort d'une manière encore plus aigüe que celle qu'elle avait déjà côtoyée en tant qu'aumônier d'hôpital. 

Dans cette catabase jusqu'aux tripes d'elle-même, jusqu'au plus profond de son amour, elle s'est perdue...

Elle a pourtant écouté, elle a prié, elle a relu son expérience et, avec ses connaissances de théologienne protestante, elle a aussi relu le livre de Job. Alors, des échos dans sa vie se sont faits entendre et elle a pris la plume pour nous les écrire avec une légèreté qui ne perd jamais sa profondeur. 

Dans une méditation avec Job, elle-même et le Seigneur, elle nous fait passer de la plainte, à la menace jusqu'à la grâce. Oh, pas avec des simplifications, non, mais avec la simplicité de la vie et de la foi, tournée vers le don de la vie. Elle ne répond pas aux "pourquoi", elle les dépasse, faisant s'écrouler notre paradigme si bien ancré qu'on n'ose se l'avouer d'un système rétributif entre nos actes et ce qui nous arrive et nous ouvrant en douceur à la grâce et à l'accueil vivant que nous pouvons en faire. 

 

Je cite son épilogue - comme je pourrais citer tant de passages de son beau livre : 

 

"J'aimerais être cette femme de foi, enracinée dans la Parole première d'un Dieu qui me préfère à rien et m'invite avec lui à poser des limites au chaos. J'aimerais prendre le relais du Shaddaï dans mes errances intérieures, et savoir dire à mon amertume : ça suffit ! Rien n'est dû, tout est donné. Quoi qu'il arrive, réjouis-toi que le soleil, chaque matin, se lève sur le monde et nvite tous les désespérés à brandir avec lui une opposition inconditionnelle à la nuit." 

 

Voilà, cela s'appelle L'Autre Dieu, c'est écrit par Marion Muller-Colard aux éditions Labor et Fides, cela fait tout juste 112 pages et si vous voulez vous prendre un bon coup de foi qui vient ouvrir un coin de plus chez vous à la grâce, eh bien, lisez-le. Vraiment. 

 

samedi, novembre 28 2015

Et d'avent en aventures

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« Aventure, cela vient d’adventura, les choses qui vont arriver » ai-je expliqué récemment à mes 5èmes. « Ce n’est donc pas seulement l’aventure, c’est l’ouverture à l’inconnu ».

 

Avent, c’est la même racine : c’est ce qui va venir, c’est l’ouverture à un inconnu qui nous dépasse. C’est un appel à vivre une tension entre le passé, le présent et l’avenir.

 

L’avent, c’est donc un peu comme un roman d’aventures. Le 1er dimanche, c’est s’embarquer en mer, malgré le « fracas de la mer et des flots » et voir la carte de la navigation que donne la Bible.

 

Les indispensables veille et prière comme attitudes générales, pour nous qui sommes chacun pour nous-mêmes les timoniers, les « capitaines de notre âme » pour reprendre les mots du poème « Invictus », le préféré de Nelson Mandela.

 

Il y a les dangers indiqués qui risquent de nous faire tomber de Charybde en Scylla : « les soucis de la vie », « les beuveries et l’ivresse » qui sont autant d’écueils dans lesquels sombrer et s’oublier alors que le Christ nous invite à relever la tête dans la tempête et à la tourner vers Son horizon. Non pour sembler braves, mais parce qu’Il vient et, qu’avec Lui, on peut tout. C’est Lui le vrai capitaine du navire.

 

Sur la boussole, la seule direction sera l’amour.

 

Dans les tempêtes et les calmes plats de la vie où l’on n’avance pas, qu’Il rende plus forts nos cœurs car la seule île à laquelle il veut notre arrivée est la sainteté. On l’appelle parfois autrement, du nom de « bonheur », mais c’est pareil en réalité.

 

Une invitation à avancer vers l’amour qui est dans le même temps une invitation à l’accueillir. Comment préparer nos cœurs pour Le recevoir ? Nous pouvons avoir des cœurs comme des pierres dans lesquelles Il ne peut pas rentrer ; nous pouvons avoir des cœurs comme des liquides flasques dans lesquels il ne saurait prendre pleinement pieds.

 

Comment aimer ?

 

Les temps troublés dont parle l’Évangile sont là, il n’y a pas à les chercher. Mais il y a à prier et à veiller et on y revient sans cesse.

 

A quelle veille suis-je invitée durant l’Avent ? A quelle vigilance m’appelle le Seigneur ?

  • Peut-être suis-je invitée à surveiller sur une attitude en moi-même qui est contraire à l’Évangile ;
  • Peut-être suis-je invitée à veiller sur l’autre, sur celui-ci en particulier qui en a tant besoin.
  • Et dans tous les cas, je suis invitée à veiller dans la prière, à la laisser devenir chaque jour plus mon atmosphère dans laquelle je respire à l’aise.

 

Pour que vienne toujours plus en nos cœurs Celui qui doit venir : viens Seigneur Jésus, emplis nos cœurs de Ton Amour.

 

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